C’est une affaire incroyable, révoltante même : celle de ces malades mentaux et personnes vulnérables qu’un bus a littéralement “déversés” dans les rues d’El-Jadida, comme un simple colis encombrant qu’on voudrait cacher ailleurs.
Un acte d’une gravité exceptionnelle, un acte qui devrait valoir à ses auteurs non seulement une démission immédiate mais également une comparution devant la justice pour répondre d’une telle dérive inhumaine.
Car ces citoyens marocains souffrants, déplacés comme du bétail d’une ville à une autre, abandonnés en plein froid hivernal, ont droit, autant que n’importe quel autre citoyen, à des soins, à de l’écoute, et à un accompagnement digne.ls méritent l’humanité, pas l’humiliation.Ils méritent une prise en charge, pas une déportation administrative. Ils méritent qu’on les protège, pas qu’on s’en débarrasse comme d’un problème embarrassant.
Et pourquoi cette opération honteuse ?
Au nom d’une Coupe d’Afrique qui approche, et dont certaines villes hôtes, Casablanca en tête, veulent offrir une image “propre” à moins d’un mois du coup d’envoi.
Pour ne pas déranger les caméras, on évacue les plus fragiles et pour soigner le décor, on sacrifie des vies humaines.
La plupart de ces personnes souffrent de troubles psychiques traitables, souvent d’une simple dépression. Leur seul “tort” est de ne pas avoir les moyens financiers pour suivre des consultations régulières ou acheter des médicaments, trop chers et non remboursés par l’État, un scandale dans le scandale. Et donc faute de soins, elles errent. Faute d’accompagnement, elles sombrent… et faute de compassion, elles finissent dans la rue.
Les représentants de l’État qui ont ordonné, ou toléré, cette opération donnent un message clair : la valeur du citoyen marocain, pour eux, est proche du néant.
Un peuple que l’on traite comme quantité négligeable…Une humanité que l’on piétine pour polir une façade.
À ce stade, c’est la nation elle-même qu’on abandonne, au point qu’on pourrait presque réciter la prière de l’absent pour un pays qui se renie et s’effrite moralement. Car ce qui s’est passé n’est pas une simple faute administrative. C’est un échec moral absolu.
Un scandale humain. Un affront direct aux valeurs de dignité, de solidarité et de justice que ce pays prétend incarner.
Et si personne ne répond de cet acte, alors le message sera encore plus terrible :
dans ce pays, on peut disposer des plus vulnérables comme on jette un déchet…
et continuer à prétendre servir l’État.
Abdellah Hanbali
