À El Jadida, les autorités locales ont annoncé la saisie de deux camions utilisés pour le creusement illégal de puits. L’opération, menée par la Gendarmerie Royale le 7 septembre dernier, s’inscrit officiellement dans la lutte contre l’exploitation anarchique des nappes phréatiques.
Sur le papier, l’action semble exemplaire : un camion Renault intercepté à Sidi Ahmed Akhdim, un autre, de type sondeuse Volvo, arrêté à Oulad Ghanem. Les véhicules ont été placés en fourrière, les contrevenants poursuivis, et l’Agence du bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia a été saisie du dossier.
Mais derrière ce coup de filet, une réalité bien plus vaste interroge. Car pour deux camions saisis, combien de dizaines, de centaines, voire de milliers de forages clandestins échappent chaque jour au contrôle ? La province d’El Jadida, comme tant d’autres régions du Maroc، est littéralement criblée de puits creusés dans l’illégalité la plus totale.
Le paradoxe est saisissant : pour l’agriculteur ou le particulier qui souhaite creuser un puits légalement, la démarche relève du parcours du combattant. Les autorisations sont rares, le processus administratif interminable, parfois dissuasif. Il faut multiplier les dossiers, affronter une bureaucratie étouffante, et souvent se heurter à un mur de refus implicites. Résultat : ce qui devrait relever d’un simple droit d’accès à l’eau se transforme en mission quasi impossible.
Dans le même temps, un marché parallèle prospère, alimenté par des réseaux qui opèrent sous l’œil complice de certains responsables. L’argent circule, les règles s’évaporent, et l’eau ، ressource vitale et rare، devient l’otage d’intérêts privés.
La saisie de deux camions peut faire illusion, mais elle ne masque pas la réalité d’un système où la loi est appliquée de manière sélective, et où la corruption mine toute tentative de gestion rationnelle de l’eau. Tant que creuser un puits légalement restera un privilège inaccessible, les forages clandestins continueront de fleurir, asséchant un peu plus les nappes phréatiques et mettant en péril l’avenir hydraulique du pays.
Abdellah Hanbali
