Salon du Cheval d’El Jadida : bilan critique après quinze éditions

Le rideau s’apprête à se lever, du 30 septembre au 5 octobre 2025, sur la 16ᵉ édition du Salon du Cheval d’El Jadida, un rendez-vous désormais incontournable du calendrier culturel et sportif marocain. Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’événement promet encore une fois de conjuguer spectacles équestres, compétitions internationales et conférences spécialisées. Mais au-delà du prestige et de la beauté des présentations, une question essentielle demeure : quelle valeur ajoutée ce Salon a-t-il réellement générée en quinze ans d’existence pour les principaux acteurs de la filière équine ?

Depuis 2008, le Salon s’est imposé comme une vitrine de l’art équestre marocain et un espace de dialogue avec les grands acteurs internationaux. Les cavaliers marocains ont bénéficié d’une scène où s’exprimer, en particulier grâce aux compétitions de saut d’obstacles et aux épreuves de Tbourida, qui ont gagné en visibilité et en reconnaissance. Toutefois, pour de nombreux cavaliers, la question centrale reste celle de l’accompagnement au-delà de l’événement : formation continue, encadrement technique, infrastructures adaptées… Autant de chantiers qui avancent lentement. Le Salon a certes permis de sensibiliser l’opinion à l’importance de la discipline, mais ses retombées concrètes pour le quotidien des cavaliers marocains restent limitées.

Le Salon a joué un rôle majeur dans la mise en lumière des races locales – Barbe, Arabe-Barbe, Pur-Sang Arabe – et dans leur valorisation à travers des concours de modèles et allures. Cette vitrine internationale a contribué à renforcer la notoriété du cheval marocain et à stimuler la fierté patrimoniale. Cependant, beaucoup d’éleveurs soulignent que cette mise en avant peine encore à se traduire en mécanismes de soutien durables : subventions mieux ciblées, accompagnement sanitaire, accès facilité aux marchés internationaux. Si la reconnaissance symbolique est indéniable, l’impact économique reste inégal selon les régions et la taille des exploitations.

Un des atouts du Salon réside dans son espace consacré à l’artisanat équestre : selles, harnachements, costumes traditionnels. Ces métiers, porteurs d’un savoir-faire ancestral, trouvent à El Jadida une scène rare pour exposer leur travail. Mais là encore, la visibilité offerte une semaine par an ne suffit pas à garantir une véritable structuration de la filière. Beaucoup d’artisans se heurtent à des difficultés d’écoulement de leurs produits, à l’absence de formation modernisée et à la concurrence des productions industrielles importées. Le Salon joue le rôle de vitrine, mais peine à devenir un levier durable pour la transmission et la pérennisation de ces métiers.

En quinze éditions, le Salon du Cheval a réussi à faire rayonner l’image du Maroc comme terre équestre, à attirer des troupes et des visiteurs du monde entier, et à inscrire El Jadida sur la carte des grandes capitales du cheval. L’impact touristique est indéniable, mais l’effet d’entraînement économique pour les acteurs locaux de la filière reste à nuancer. Les éleveurs ruraux, les artisans ou encore les petites coopératives peinent encore à ressentir pleinement les bénéfices de cette exposition internationale.

Le thème choisi cette année, « Le bien-être du cheval, trait d’union entre les pratiques équestres », ouvre une piste nouvelle et essentielle. Car le bien-être équin ne se limite pas aux spectacles de prestige, mais interroge directement les conditions d’élevage, de soins, de travail et de valorisation du cheval au quotidien. Le véritable enjeu de ce Salon est désormais de passer de la mise en scène symbolique à un engagement concret : programmes de soutien aux cavaliers, mécanismes d’accompagnement aux éleveurs, formation et structuration des artisans.

En somme, le Salon du Cheval d’El Jadida a été en quinze ans un formidable outil de communication et de valorisation culturelle. Mais pour devenir un véritable catalyseur de développement, il lui reste à transformer l’éclat des tribunes en retombées tangibles pour celles et ceux qui vivent du cheval, loin des projecteurs.

Abdellah Hanbali

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