À El Jadida, certaines nuits sont plus longues que d’autres pour les familles endeuillées. Celles qui, en soirée ou en plein week-end, se présentent à la morgue de l’hôpital provincial Mohammed V pour récupérer la dépouille d’un proche, se heurtent trop souvent à un mur : celui des procédures et des absences.
Le scénario est tristement répétitif. Un décès soudain survient, à domicile, dans la rue, provoqué par une crise cardiaque ou une cause naturelle. La loi impose alors un examen médical avant toute inhumation. Le corps est transféré à l’hôpital… mais là, tout s’arrête. Les médecins de garde, surtout la nuit et les jours fériés, refusent de procéder à l’examen, arguant que cette mission incombe exclusivement au médecin légiste.
Problème : en dehors des heures ouvrables, cette dernière est absente. Résultat, la dépouille reste confinée dans la chambre froide, parfois des heures, parfois plusieurs jours, jusqu’à son retour. Pour les familles, c’est un supplice supplémentaire, surtout pour celles venues de loin, contraintes de retarder l’enterrement au-delà du délai religieux et moralement acceptable.
Face à cette situation, des voix s’élèvent. Elles demandent à la direction de l’hôpital, et à sa responsable, d’assurer la continuité d’un service jugé vital, et d’instruire les médecins de garde à pratiquer eux-mêmes les examens lorsque les causes du décès semblent naturelles et sans lien avec une affaire criminelle. Le délégué provincial du ministère de la Santé est également appelé à agir pour garantir une permanence médicale au sein du service de médecine légale.
Ce blocage, qui dure depuis des années, questionne la responsabilité des autorités dans la gestion de ce service public et dans le respect de la dignité des familles. En attendant que les procédures s’humanisent, à El Jadida, même les morts doivent… patienter.
Abdellah Hanbali
