Et si le mouton au kilo devenait la norme ?

Chaque année, c’est le même scénario. À l’approche de l’Aïd, des terrains vagues aux allures de zones de non-droit se transforment en souks improvisés, parfois à des kilomètres des habitations. Familles entières, enfants en remorque, s’y rendent dans l’espoir de trouver la bête idéale. Mais entre l’odeur âcre, la poussière, les cris des vendeurs et les négociations interminables, ce qui devrait être un moment de fête vire trop souvent au calvaire.
Durant près de deux semaines, notre quotidien se retrouve suspendu au bon vouloir de quelques « chennaqa » et à la spéculation effrénée autour du mouton. Tout tourne autour de l’animal sacré, où la règle du plus malin prime, et où l’absence de régulation laisse la porte grande ouverte à tous les abus.
Même poids, prix différent. Même race, double tarif. Il suffit de tendre l’oreille sur les lieux de vente ou de faire le tour des familles pour entendre les plaintes : « On s’est fait avoir », « Mon voisin a payé 2000 DH de moins pour le même mouton ». Le marchandage, censé faire partie du folklore, finit par gâcher la fête à bien des ménages.
Et si la solution était tout simplement de vendre le mouton au kilo ? Une balance, un tarif fixé par kilo selon la race et la région, et le tour est joué. Un prix juste, transparent, régulé. Ce système couperait court à l’arbitraire des négociations et réduirait le rôle des intermédiaires. Finis les prix à la tête du client, les surprises de dernière minute, les disputes stériles. Mieux encore, cela pourrait redonner à cette fête sa vraie valeur : celle du partage, de la solidarité et de la spiritualité. Le mouton serait enfin à sa juste place, non plus comme objet de tractations, mais comme symbole d’un rituel respecté et apaisé.

Abdellah Hanbali

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