Et si l’on tirait les choses au clair ?

El-Jadida n’a pas seulement été meurtrie dans son âme, trahie par le mirage de ses cabines et le saccage de ses aquariums à ciel ouvert. La célèbre passerelle de l’hôtel Marhaba, qui donnait à l’édifice des airs de paquebot échoué face à l’Atlantique, clin d’œil au Titanic disparu peu de temps auparavant, n’est que l’un des symboles d’un naufrage bien plus profond.
La cité, autrefois fière de son patrimoine et de son histoire, a été lentement mais sûrement dépouillée. De ses biens. De sa mémoire. De son identité. Par qui ? Nul ne le sait. Ou plutôt, personne n’ose le dire. Aucune enquête sérieuse n’a été menée. Pourquoi ? Il faudrait poser la question à ceux qui avaient, et ont toujours, les clés de la ville. Responsables ? Ou complices ?
Prenons quelques exemples. L’horloge de la poste, repère incontournable pour tous les Jdidis : disparue. L’effigie en bronze du roi Mohammed V, qui trônait fièrement au parc éponyme : envolée. Les deux canons de la Cité portugaise ? Volés dans un premier temps, puis miraculeusement retrouvés au fond des eaux du port et remis en place, après le tollé médiatique soulevé par feu Michel Amengal.
Et ce n’est pas tout. Même la morgue n’a pas été épargnée. Ses moteurs de refroidissement ont disparu du jour au lendemain, comme par enchantement. Pourtant, leur déplacement nécessitait une expertise et une logistique que seuls des professionnels aguerris pouvaient mobiliser. Résultat : une morgue hors service. Certains, dans un élan de cynisme désabusé, vont jusqu’à affirmer que c’est à cause de cette panne que la Coupe du monde a été attribuée à une Afrique du Sud, mieux dotée en domaine de santé publique.
Alors on s’interroge : qu’a donc fait El-Jadida pour mériter un tel sort ? Et surtout, que faut-il pour que justice lui soit enfin rendue ?
Abdellah Hanbali

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