Chronique de Mustapha Jmahri : Pierre Azam, conseiller du gouverneur d’El Jadida

Pierre Azam est né à Rodez (Aveyron), le 19 mai 1912, et il est décédé à Cahuzac-sur-Vère dans le Tarn le 29 avril 1998. Après des études secondaires à Rodez, puis ses classes préparatoires à Paris et Versailles, il a intégré l’Ecole supérieure militaire de Saint-Cyr en 1932. Appartenant à la promotion Bournazel, il sortit sous-lieutenant en 1934 pour rejoindre son poste dans le grand Sud marocain, après un passage par Taza. Devenu officier des Affaires indigènes, comme on le disait alors, il a appris l’arabe classique et le berbère, deux langues qu’il maîtrisait parfaitement. Pierre a occupé des postes à Goulimine, au début de sa carrière, puis à Tagounite de 1944 à 1946. Il était méhariste, c’est-à-dire que son mode de locomotion était le chameau, parfois le cheval. Pendant la guerre il a passé deux ans au Togo entre 1942 et 1944.
Rentré à Paris, deux ans plus tard, il est devenu Directeur adjoint du Centre des hautes études d’administration musulmane (CHEAM) à Sciences-po. Il a rédigé beaucoup d’articles sur le Maroc dans la revue l’Afrique et l’Asie sous le nom de plume de Jean de Recoules. Il fonda un foyer et s’est marié en 1946 dans le Tarn. Sa fille Anne-Marie est née à Albi (Tarn) en 1947 et son fils en 1951 à Oujda.
Pierre est retourné au Maroc au printemps 1948 où il a été successivement chef de poste à Mokrisset, près de Ouezzane, puis a occupé divers postes de commandement à Oujda, Rabat et enfin Mazagan-El Jadida. Entre 1952 et 1954, il a fait avec son tabor (bataillon) de goumiers marocains la guerre d’Indochine. Comme la langue de communication entre les différents tabors se faisait en arabe ou en berbère, ceci perturbait beaucoup le renseignement des Vietnamiens, francophones.
Regagnant la France au début de 1960, il a fini sa carrière comme lieutenant-colonel et a pris à Toulouse la direction d’une société d’HLM au moment où il fallait loger tous les rapatriés d’Algérie. Il a pris sa retraite militaire en 1962 et il s’est retiré dans le Tarn en 1972 tout en continuant d’écrire : il s’est intéressé de façon très approfondie à la généalogie de sa famille.
Pierre Azam a dû prendre ses fonctions de conseiller technique du gouverneur de la province d’El Jadida, en septembre 1956. Ces fonctions ont dû se terminer en septembre 1959 lorsque son épouse et ses enfants sont rentrés en France à ce moment-là. Lui est resté au Maroc encore quelques mois comme conseiller technique auprès du ministre de la Défense à Rabat.
De confession catholique, il s’est toujours intéressé aux religions, et afin de ne pas perdre la maîtrise de la langue arabe, il lisait tous les jours quelques versets du Coran à voix haute pour en garder la tonalité dans l’oreille.


Anne-Marie Azam-Pradeilles, sa fille aînée, arrivée au Maroc en 1948 à neuf mois avec ses parents, garde dans les archives de son père quelques photos jaunies mais si vivantes qui rappellent ce temps où il était méhariste aux confins du désert, puis jeune lieutenant qui pédalait à vélo dans les régions non encore répertoriés sur des cartes pour faire des relevés topographiques. Anne-Marie témoigne : « C’était le temps où l’armée française faisait oeuvre d’administrateur et nouait, avec le peuple marocain des liens d’amitié qui demeurent à ce jour. En application de l’article 1 du traité du Protectorat signé par le sultan du Royaume Chérifien et le général Lyautey pour la République française et publié dans le numéro 1 du Bulletin officiel de l’Empire Chérifien en date du 1er novembre 1912, l’administration française venant en soutien à l’administration marocaine du Makhzen, toute une structure administrative se mettait en place au sein de ce que la terminologie de l’époque appelait les « Affaires indigènes ».
À Mazagan, Anne-Marie Azam a fait le CM1 et le CM2 en même temps à l’école Notre-Dame des flots avant de rentrer au lycée – aujourdhui Lycée Ibn Khaldoun – en octobre 1957 pour faire la sixième et la cinquième. En fin 1957, les élèves étaient sortis sur le boulevard pour saluer le passage du retour du roi Mohammed V. À l’époque, le siège de la province était l’ancien Bureau Arabe où Pierre était au rez-de-chaussée et le gouverneur dont il était le conseiller, était à l’étage. Les jours de grandes marées, il avait les pieds dans leau.
La famille habita d’abord sur lavenue Mohammed Rafy non loin de l’hôtel de Provence, à quelques mètres de la place principale, avant de déménager au quartier Plateau juste en face de l’hôpital régional.
Pierre Azam était arabisant et berbérisant, il a écrit un mémoire au CHEAM (Centre des Hautes études d’administration musulmane), intitulé « La structure politique et social de l’Oued Draa » qui fut présenté en avril 1947 alors qu’il était capitaine. Après sa retraite, il a aussi beaucoup publié dans la revue périodique de l’association La koumia fondée par Lyautey dans les années 1930, association à laquelle également sa fille Anne-Marie Azam- Pradeilles, Experte internationale en administration publique et gouvernance territoriale, appartient depuis une cinquantaine dannées.
jmahrim@yahoo.fr

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