Chronique de Mustapha Jmahri : Disparition de l’avocat
marocain Henri Ruimy

J’ai appris avec tristesse le décès, à Paris, de l’avocat marocain Henri Ruimy à l’âge de 88 ans. C’est M. Mellul, ancien d’El Jadida, qui m’a informé qu’une hémorragie cérébrale avait emporté son beau frère, jeudi 28 décembre 2023.
J’avais rencontré Henri Ruimy à deux reprises : la première dans son bureau rue La Fayette dans la capitale française un certain été 2004, et la deuxième fois quand on a pris ensemble un petit déjeuner dans un établissement proche de chez lui à Neuilly à l’été 2012.
Très attaché à son pays le Maroc, Henri Ruimy, né à El Jadida où il y a fait ses études primaires et secondaires, peut être considéré comme quelqu’un qui a fait du chemin avec comme seule ressource, au départ, sa grande volonté pour réussir. Ainsi, d’un simple employé au bureau des PTT à El Jadida, il est monté en grade pour devenir inspecteur dans le même établissement. Il déménagea, par la suite, à Rabat pour s’inscrire à la faculté de Droit. En parallèle à ses fonctions au ministère des PTT auprès du Chef des services postaux, le mazaganais M. Gharbi, il suivait ses études de droit, alors qu’il était marié avec deux enfants à charge. Après avoir réussi ses examens, il devint avocat à Rabat avant d’immigrer en France où il s’installa à Paris. Son intégration comme nouveau avocat à Paris en 1964 fut bien difficile.
Au bureau de poste d’El Jadida, il travailla avec d’autres Marocains, anciens de Mazagan : Tibari, Breik, Rémon Faraché et son épouse Stella Oiknine, Isaac Abitbol, Zaary Acoca. Benchetrit, Bensimon, Léon El Kaim, Nezry et le facteur Chérif Kasmi. Avec ce dernier, il lia une grande amitié qu’ils continuèrent à entretenir plusieurs années après. Le militant Chérif Kasmi avait l’habitude de lui rendre visite à chaque fois qu’il se rendait Paris. Lorsque, pour ma part, j’ai rencontré Henri à Paris, il me parla avec beaucoup de respect et d’estime de Chérif Kasmi notamment pour son ouverture d’esprit et son amour pour la justice.
Depuis juin 1957, Henri était marié à Verra Mellul, native d’El Jadida. Comme lui, elle travaillait en tant qu’opératrice aux services téléphoniques des PTT de la ville. Elle demanda sa mutation au Ministère de tutelle à Rabat pour accompagner son mari.
Plus tard, en France, dans ses débuts, Henri défendit ses compatriotes marocains qui, à l’époque, étaient, en majorité, de simples ouvriers illettrés. Il m’avait expliqué que, souvent, devant certaines situations il renonçait à ses honoraires ou se faisait payer à condition seulement de remporter le procès. Ses trois enfants Elisabeth, Michèle et Philippe sont tous avocats en France, ils ont donc hérité de la même passion pour le barreau.
Henri a toujours gardé des liens forts avec le Maroc et, bien souvent, il venait se ressourcer à Marrakech pour s’imprégner des parfums de son pays.
jmahrim@yahoo.fr

Photo : La famille Ruimy devant le bureau de poste à El Jadida dans les années 80

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