KOUMIRA 2


Le but que s’assigne ce travail est, d’une part de présenter le dernier ouvrage de Monsieur Ahmed LAMIHI paru en 2022 dans la collection PDP sous le titre « KOUMIRA 2, un enfant de la rue » puis d’autre part, de soumettre à l’appréciation des auditeurs ou des lecteurs les réflexions qui m’ont été inspirées par sa lecture.
Le livre se compose de 24 contes (ou nouvelles ou récits). Chacun d’eux raconte, sur un ton pathétique, un épisode particulier de la triste vie du héros.
Celui-ci est un garçon de 15/16 ans. Il a réellement vécu à Safi dans les années 70/80 dans le rue de Lisbonne, entre le cinéma ROXY et la librairie de l’aiglon. Il se prénommait ABDELHALIM mais il répondait, sans jamais paraître offusqué, au surnom manifestement dépréciatif de KOUMIRA. En effet, bien qu’il ait eu d’indéniables qualités physiques : grand, svelte et parfait si seulement sa figure n’était pas trop étirée et ressemblait à une baguette de boulanger. Il était d’autre part aimable et serviable. En revanche, il n’avait ni père ni mère, ni logement, à part un misérable cagibi dans un terrain vague, ni ressources à part quelques sous que lui rapportait le lavage des voitures avec l’eau que lui offraient le patron et le personnel du café TOUBKAL. Il faisait quelques remplacements au cinéma ROXY dans le nettoyage des sanitaires et il améliorait son quotidien avec un repas offert par le photographe Ssi TAYEBI par ci, un vêtement offert par Feu Ssi Moussa El Hajji par là.
Alors, que peut-on dire de ces contes ? Sont-ils une simple transposition de la réalité ou bien sont-ils plus que cela, une vraie fiction ?
De toute évidence, l’auteur ne s’est pas contenté de transposer des faits observés. Il a fait beaucoup mieux que cela. Il a reconstitué cette histoire à sa manière jusqu’à en faire, non pas une histoire banale d’un individu mais un cas social de toute une population de déshérités. Il a choisi un style, celui de la langue normative, propre à l’écriture littéraire qui assure avec sobriété la communication avec le lecteur. Il a choisi une technique narrative qui est celle d’un père conteur, affectueux et attentionné, qui rapporte une histoire à son fils. Il a, enfin, exploité les ressources de la langue pour créer des effets, pour captiver, pour réjouir, pour suscite des émotions et des réflexions.
En somme, voilà ce que révèle le dit et l’apparent dans l’histoire de KOUMIRA mais en parallèle, il y a le non-dit, le dissimulé, tout aussi important. Il y a les éléments pour un débat complexe qui suscite les susceptibilités autour de l’avortement, des mères-célibataires et des enfants abandonnés.
Si la mère de KOUMIRA pouvait interrompre sa grossesse indésirable, pour quelque motif que ce soit, elle aurait épargné à ce garçon un passage au monde fait seulement de misères, de frustrations et de peines dont il se serait bien passé.
Si notre société s’abstenait de culpabiliser sans raison logique des enfants innocents et acceptait de leur accorder un soutien matériel et moral, de la compréhension et de la considération en place du mépris et du rejet, leurs peines s’adouciraient. C’est un problème d’éducation qui interpelle toutes les intelligences et toutes les sensibilités de la nation. C’est, à mon avis, un message fort et nécessaire qui se dégage d’une simple histoire.
Ahmed BENHIMA

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