Utilisation abusive des véhicules de service

A El jadida comme partout chez nous, on remarque qu’une grande partie des véhicules de l’État est déployée pour servir les intérêts personnels. Constat qui nous pousse à poser cette question : avons-nous le droit d’utiliser le véhicule de service à des fins strictement personnelles ?

 On a beau chercher, on aboutit à la conclusion  que rouler aux frais de la princesse est un sport national très prisé des élus et des fonctionnaires , et que bénéficier d’un véhicule de service  reste un signe extérieur de pouvoir très apprécié de ces derniers.

 Tout le monde sait pertinemment que le véhicule de service est mis à la disposition du fonctionnaire pour ses déplacements professionnels, il doit donc être remisé lors de chaque repos hebdomadaire et durant les périodes de congé.

Or, le phénomène s’amplifie, comme en témoignent les nombreuses images et vidéos sur les réseaux sociaux, qui montrent de luxueuses voitures de service , accommodées à toutes les sauces : circulant en dehors des journées ouvrables, stationnant sur les plages ou d’autres lieux de loisirs, accompagnant des progénitures à l’école, emmenant les épouses faire du shopping ou se faire une beauté chez les esthéticiennes ou au hammam, ou escortant des cortèges de nuptiaux ou autre.

Si l’utilisation d’une voiture de service est tolérée pour les trajets domicile/travail,

son exploitation  à des fins individuelles, et qui plus est en dehors du périmètre de l’activité de l’attributaire du véhicule, est une forme de dissipation des fonds publics, de corruption et de mal gouvernance.  Et ce qui prête à la cocasserie, c’est que certains présidents de communes rurales très pauvres, s’acharnent à acquérir des voitures somptueuses, non pas pour être au service de l’intérêt public, mais pour partir en voyage avec leur famille et leurs amis, pour en mettre plein la vue aux proches , aux voisins et renvoyer  l’image de personnalités ayant un certain statut social, qu’ils pourraient d’ailleurs exploiter à certaines fins qu’on connait;faisant fi du bon sens et de la pudeur publique, car on pourrait comprendre qu’un haut fonctionnaire de l’État puisse vouloir rouler dans le confort d’une voiture rutilante, mais un simple président d’une commune qui vit dans la précarité ? Allez comprendre…

Par ailleurs,  la voiture de service ne peut prendre la route qu’après l’établissement d’un ordre de mission et une autorisation écrite, dûment enregistrée pour pouvoir bénéficier d’un bon d’essence, dont la quantité est calculée en fonction du nombre de kilomètres à parcourir, un carburant qui n’est ni acheté ni payé par le bénéficiaire de la voiture de service. Cette utilisation illégale et abusive constitue une infraction, un délit qui doit être réprimandé, pour protéger les biens publics de l’Etat et réduire les dépenses inutiles.

 Austérité dites-vous? La question mérite d’être posée lorsqu’on sait que l’acquisition d’un véhicule de service entraîne un chapelet de dépenses très élevées dont il faut tenir compte : Coût du véhicule, assurance, carburant, entretien, réparations, salaire du chauffeur , autant d’éléments qui doivent être pris au sérieux , en prenant en considération le poids lourd de la flotte automobile sur la balance budgétaire de l’État , avec une enveloppe de 4 milliards de DH alloués entre 2018 et 2019.  Ce qui est considéré très important comparativement avec d’autres pays. Ce parc automobile comprend 152.000 voitures à fin 2019, sans compter les véhicules de police et de gendarmerie, soit une augmentation de 33% par rapport à 2014, malgré les engagements du gouvernement pour le diminuer et en maîtriser les charges, qui ont atteint 2 milliards de DH en carburant entre 2018 et 2019, et 960 MDH comme dépenses d’entretien. A signaler que parallèlement à ces dépenses et contrairement à ce qu’on pourrait attendre, les dépenses de frais de transport ont atteint 560 MDH.

 Une telle gabegie est-elle nécessaire?

 N’est-il pas temps de mettre fin à cette hémorragie des finances publiques, et les affecter à d’autres secteurs qui en ont besoin ?

Et dire que ce sont les contribuables qui paient pour cet énorme gâchis public.

Khadija Benerhziel

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