Taxi blanc… Taxi hors la loi… Taxi de malheur.

TAXI7

Par: Driss TAHI

Ce n’est pas  Taxi Al Gharam,  film classique égyptien qui relate une histoire d’amour avec les plus belles chansons des années 50,  joué par les deux grands  comédiens et chanteurs : Abdelaziz Mahmoud et Houda Sultane.

Ce n’est pas non plus  Taxi brousse, le fameux bus Africain de transport en commun où s’engouffrent une vingtaine de voyageurs avec leurs bagages pour des pérégrinations à travers  villages  enclavés au fin fonds d’Afrique.

     Il s’agit bien du Taxi blanc, connu de tous les marocains. Au fait, il n’est pas tout a fait blanc, parce qu’il est tout le temps sale, ou plutôt, il a les mains sales. Taxi  criminel, hors la loi. Il a du être blanc dans un autre monde peut être même blanc comme neige, mais, sous d’autres cieux, il s’appelait limousine.

Limousine  était d’une autre couleur, jaune, peut être bleu ciel, séduisante, propre bien astiquée l’intérieur confortable, elle avait même un chauffeur a la tenue impeccable et chaussures bien cirées, au sourire accueillant, respectueux du code de la route, Il avait de bonnes manières et ne fumait jamais a bord.

TAXI6

    Limousine ne prenait jamais plus de deux a trois personnes a la fois, des gens bien vêtus, des couples d’amoureux. Les routes qu’elle a du courir étaient surement bien asphaltées. Tout allait bien dans les meilleurs des mondes.

Mais qu’est ce qui a bien pu se passer, quel crime a-t-elle bien pu commettre pour s’être vu conduire manu militari loin de son pays d’origine ? A l’issu  d’un procès ou la sentence a du être sans appel : une vie de taxi à perpétuité au Maroc?

Triste sort pour une aussi belle voiture privée de la sorte d’une retraite paisible au sein  des plus belles casses automobiles d’Europe.

Encore plus triste cette sentence dont l’exécution avait été confiée d’office a un bourreau impitoyable nommé chauffeur de taxi.

C’est comme ça que taxi blanc a atterri sur les routes marocaines. Il a été obligé de  déployer des efforts considérables pour s’acclimater à un environnement étranger hostile, à l’état désastreux des routes, et au traitement sauvage du chauffeur.

Aujourd’hui, et après avoir purgé plusieurs années de travaux forcés, il est aguerri, habitué, mieux encore, il s’impose comme étant un moyen de transport incontournable, dictant sa loi sur les routes, ses victimes sont nombreuses et ne se comptent plus, obligeant du coup les responsables à  trouver des solutions de remplacement pour l’envoyer enfin au cimetière : la fourrière .en attendant, taxi blanc continue de sévir dans une impunité totale.

Lorsque vous êtes au volant sur une route nationale, et qu’un taxi apparaît dans votre rétroviseur central, et se rapproche a une vitesse  vertigineuse, vous avez sûrement peur, vous vous  enfoncez dans votre siège,  et vous priez pour que ses freins ne lâchent pas. Une fois derrière, il vous colle au pare choc, puis commence un vacillement de droite à gauche apparaissant et disparaissant  ainsi de vos rétroviseurs, comme dans un jeu d’enfants, essayant de vous dépasser,  ce qui vous fait perdre votre concentration. Votre poursuivant s’impatiente et commence alors  une symphonie de klaxons, c’est une sommation avant de passer a la phase décisive. Soudain il surgit à gauche, à votre hauteur, vous ne voyez que ses vitres teintées, il ne vous laisse pas plusieurs choix, en quelques secondes vous devez vous décider, soit vous lui cédez votre place pour qu’il s’y introduise en ralentissant la vitesse de votre véhicule et en le serrant à droite, soit vous tentez un acte héroïque et là c’est le désastre garanti.

Une fois que , la vache folle, pardon, taxi blanc est devant vous, soyez sur que vous n’êtes pas encore au bout de vos peines, car, il ne tardera pas à vous surprendre, alors, prudence.  Lorsqu’il roule a une petite vitesse, faites très attention, et surtout n’essayez pas de le doubler, même s’il vous invite à le faire par un geste de la main, ça n’a rien d’innocent, vous le découvrirez quelques moments après  quand  vous verrez que  les gendarmes n’étaient pas loin.

       Vous êtes toujours sur une nationale, taxi kamikaze arrive en sens inverse roulant a 150 km/h essayant de doubler une file longue de plusieurs véhicules, alors la, détrompez vous, il ne rigole pas, et débrouillez vous pour lui laisser un passage au cas où il est coincé, dites vous bien que l’humanité entière compte sur vous pour éviter l’hécatombe.

Un taxi blanc, ou le corbillard à tombeau grand ouvert, finit souvent ses folles tribulations sous un camion citerne, ou dans un ravin à 200 mètres de la chaussée, le bilan dans ces cas, est malheureusement connu d’avance : zéro survivant.

Ce matin, pour une raison quelconque, vous décidez de vous rendre à votre travail en taxi, rien de surprenant, vous arrivez a la station, vous vous installez a l’arrière du taxi blanc ou déjà deux places sont occupées, jusque là tout est normal, vous êtes décontracté, vous avez pris une douche avant de sortir, vos vêtements sont impeccables, vous êtes plein de fraîcheur, votre moral est au beau fixe,  prêt à aborder votre journée de travail. Cependant, tout change au moment ou deux nouveaux passagers  prennent place à votre droite  vous obligeant à vous pousser pour pouvoir fermer la portière, vous êtes déjà cinq sur la banquette arrière,  au même moment et avant que vous ayez le temps de réagir, le  chauffeur avait déjà démarré sans même se soucier des deux occupants du siège avant qui peinaient pour fermer leur portière. C’est à cet instant  que vous réalisez dans  quelle galère vous venez de vous embarquer. Vous êtes déjà bras dessus bras dessous avec votre voisin de gauche, vous sentez déjà la chaleur sur votre côté droit, c’est les hanches larges de la voisine qui à chacun de ses mouvements vous envoie vous blottir d’avantage dans les bras de votre voisin. Vous êtes comme qui dirait, coincé, immobilisé, voire neutralisé. Pendant ce temps, Najat Atabou entonne déjà les premiers airs de sa chanson « j’en ai marre ».Le chauffeur augmente le volume, et la fumée de sa cigarette  envahit tout l’habitacle. L’ambiance est de plus en plus malsaine.

TAXI5

Votre voisin tourne la tête pour vous regarder, et jauger votre réaction sur ce qui se passe. Vous évitez d’en faire autant, de peur de vous retrouver nez a nez ou plutôt bouche a bouche avec lui. Vous avez raison, le moment n’est pas au fricotage. Heureusement que votre partenaire, c’est le cas de le dire,  n’est pas plus grand que vous, autrement votre tête se serait posée forcement sur son épaule et là, la situation aurait pris un air  romantique.  Les deux passagers sur le siège avant, sont collés l’un a l’autre, on aurait dit une seule personne avec de larges épaules, ils semblent faire contre mauvaise fortune bon cœur, la situation oblige à la cohésion.

Le chauffeur était à sa énième clope, quand soudain, une série de coups de klaxon retentissent à l’extérieur, il se met dans tous ses  états. Tel un coq de combat, il s’étire comme il peut, les yeux hors de la tête ; la moitié de son corps bondit hors de son taxi, une main sur le volant et  gesticulant de l’autre, il ouvre grand sa gueule pour cracher plusieurs salves d’injures toutes aussi obscènes les unes que les autres.

L’adversaire est déjà loin,  L’énergumène revient à son poste. L’altercation n’a duré que quelques secondes, il ajuste sur ses épaules, ce qui ressemble a une veste, allume une cigarette,  tire une bouffée et jette un coup d’œil au rétroviseur pour s’assurer que la scène a eue l’effet escompté sur les passagers, en marmonnant ce qui lui restait dans son répertoire d’injures ,sans oublier de maudire tous les chauffeurs de la planète en les traitant de chauffards, de fils de.. Et de… .

Il doit penser dans son fond intérieur que si son engin était équipé d’un canon 9 m/m et d’un Gyrophare, les autres l’auraient certainement craint et respecté.

La cacophonie qui s’amplifie et une odeur nauséabonde, rendent l’atmosphère invivable, et seul  un coup de frein d’une rare brutalité annonce la fin du calvaire. Vous vous extirpez un à un de la maudite navette, vous évitez de regarder du côté de votre partenaire, la séance d’entrelacement  étant terminée. Une mauvaise expérience qu’il va falloir oublier très vite.

Vous essayez de marcher pour vous éloigner de ce taxi de malheur, vous êtes tout engourdis, lessivé, vos vêtements sont froissés, vous sortez d’un lave linge, une jambe de votre pantalon est plus courte que l’autre, les deux plis ont disparus pour laisser place a plusieurs cannelures qui vont dans tous les sens  lui donnant ainsi l’aspect d’un parapluie, vos chaussures ont le bout cabossé .Alors vous vous réfugiez dans le premier café sur votre chemin, vous êtes déjà devant le miroir des toilettes ,la surprise est plus grande encore ,le col de votre chemise pointe vers le haut ,vous essayez de le remettre en place rien a faire, il s’obstine ,quant a la cravate de soie que vous avez choisie avec soin ce matin, elle n’est plus qu’un bout de chiffon tordu.Elle était prisonnière sous l’aisselle de votre compagnon, ,son nœud s’est tellement resserré qu’elle ressemble plus a une corde de potence dont il faut se désengager illico. Vous remarquez que votre épaule gauche penche un peu, c’est seulement la veste qui a perdu une épaulette.

Le constat est dramatique, votre moral a certainement pris un sacré  coup, il n’est pas question d’aller à votre travail dans cet état. Vous êtes bon pour aller voir un médecin ou un psy.

Pour votre défroque et vos chaussures, faites en cadeau au gardien de l’immeuble.

 

Related posts

One Thought to “Taxi blanc… Taxi hors la loi… Taxi de malheur.”

  1. carle

    Très beau tableau:dites, si les flics et les parfumés(es)de l’assemblée sifflaient la fin de parti pour ces criminels ce serait quand même un p’tit bonheur….

Leave a Comment