SUR LA DÉMOCRATIE

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Par : Ahmed BENHIMA

La démocratie n’est totale et parfaite que dans les dictionnaires et dans les manuels. Jamais sa réalité ne correspond parfaitement aux descriptions qui en sont données. Elle est une chose ici, elle est une autre ailleurs, mais elle n’est point commutable. Surtout pas.

Les livres disent qu’en Occident, elle découle d’une tradition, qu’elle émane des urnes, qu’elle détermine des gouvernants et des responsables respectueux des missions, des hommes, des principes. Et, égoïstement, des intérêts.

La réalité enseigne qu’en Afrique, la démocratie arrive sur les chars, qu’elle proclame des changements qui ne se justifient pas et qui ne se produisent jamais. Elle est si répétitive et si éphémère qu’on se demande si elle a une existence, si elle a une consistance.

Dans certains pays du continent, le défilé des généraux richement décorés est tel qu’on n’a pas le temps de les connaître et encore moins de se souvenir d’eux.

Dans les pays de l’Orient arabe, c’est encore plus spécial. Mises à part dans les monarchies légitimes, la démocratie n’est pas, à proprement parler, un phénomène politique. Elle est un phénomène lexical magique. Elle se dilue, avec une extrême aisance, dans les discours auxquels elle donne la saveur et le tonus. Une sorte de « viagra politicien ».

Elle met en extase, elle teinte en rose, elle apaise, elle nourrit, elle procure du travail et des soins, elle se chante uniformément dans la peine et dans la joie, dans la victoire et dans la défaite. Elle résulte d’élections programmées à volonté, à souhait, jusqu’au jour où les vents printaniers si rares mais si forts et si ravageurs soufflent et emportent tout, dans l’euphorie.

L’histoire raconte qu’un président américain a voulu instaurer sa démocratie dans un pays arabe qu’un dictateur avait auparavant pacifié, rendu riche et prospère. Justement, la démocratie n’était pas son mode de gouvernance préféré. Mais la réussite, sans la démocratie, irritait l’américain qui, selon certaines rumeurs, présentait un déficit grave en neurones et délirait autant dans son éveil que dans son sommeil.

Une institution mondiale lui a demandé un motif valable pour son aventure. Incapable de le lui fournir, il lui a tourné le dos et l’a reniée. Jugeant son propre arsenal militaire, pourtant impressionnant, insuffisant, il a rallié à lui tous les puissants du monde.

Sa démocratie était son obsession. Il l’a larguée sur ce pays et l’a, depuis, rendu impropre à la vie. Conscient qu’il n’a réussi qu’un désastre titanesque, il s’est félicité d’avoir débarrassé le monde d’un dictateur. Grâce à lui donc, ce monde est, aujourd’hui, infesté par une horde de sanguinaires qui menacent indistinctement démocrates et despotes, croyants et païens, riches et pauvres, alliés et ennemis, selon une illogique qu’aucun expert ou diable ne parvient à rendre perceptible et intelligible.

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