JDI.SOUK

 

« Comment se peut-il qu’avec un taux aussi élevé d’analphabétisme au Maroc, il y ait autant de gens qui prétendent nous expliquer ce que veut dire le Coran? »

Par: Rabiâ Franoux Moukhlesse, Artiste plasticienne engagée, auteure du livre « Marine Présidente et alors? »…pour EL JADIDA SCOOP

 

La question n’est pas censée être posée, et pourtant. Le principe de base est simple: tout enfant né d’un père musulman est lui-même musulman.

Dans un pays comme le Maroc où la quasi-totalité de la population est d’obédience musulmane, il est difficile de se tromper.

Je ne parle pas ici des Marocains d’autres confessions, juives, chrétiennes ou autres, ni des touristes et des expatriés qui sont bien identifiables au sein de notre communauté.

Mais pourquoi une telle question alors?

Eh bien parce que je ne reconnais pas les musulmans.

Petite, il y avait les hommes doctes qui connaissaient la religion et en parlaient avec sagesse à ceux qui venaient prendre conseil sur tel ou tel point. Il y avait ceux qui étaient très pieux, ne ratant pas une prière, un jeûne ou l’occasion de partir en pèlerinage. Ils vivaient leur foi intensément, pour eux.

L’immense majorité croyait, simplement, sans se poser de questions, car cela leur semblait naturel. Ils faisaient leurs prières aux moments opportuns, respectaient les fêtes et les attendaient avec impatience mais, le reste du temps, avaient une vie que je qualifierais avec le recul de “normale”. Ils travaillaient, se mariaient, avaient des enfants, allaient au café ou jouaient aux boules, partaient en vacances…

Ces messieurs-tout-le-monde ne faisaient pas d’histoires, étaient respectueux de la religion sans être forcément obsédés par elle, car la vie suivait son cours et, ma foi, ils assumaient de se soumettre au jugement de leur Créateur le jour où ils auraient à avouer qu’ils n’avaient pas été très assidus sur un plan religieux, mais qu’ils s’étaient rattrapés en étant de bons pères, de bon maris ou de bonnes épouses, de bons collègues, de bons voisins, de bons amis, n’ayant jamais, ou si peu, triché, volé, menti etc. Après tout, seul Dieu est en capacité de les juger et de décider de leur sort dans l’au-delà!

« Je vois des gens qui prient de façon assidue à l’heure dite, au mépris de l’hygiène sur de petits cartons sales, dans la rue. »

Aujourd’hui, ces gens semblent avoir disparu. Ils sont certainement encore là, mais ils rasent les murs pour ne pas avoir d’ennuis.

Et à la place, qu’avons-nous?

Des femmes portant des burqas venant d’un islam inconnu au Maroc et incarnant les interprétations les plus rétrogrades. De plus en plus de femmes qui portent le voile non par respect de Dieu mais par soumission à la populace, afin de répondre à un standard dicté par ceux qui souhaitent avant tout la soumission de la femme à l’homme et prennent prétexte de leur compréhension du texte sans admettre que plusieurs interprétations sont possibles.

Je vois des gens qui prient de façon assidue à l’heure dite, au mépris de l’hygiène sur de petits cartons sales, dans la rue, ou au mépris de leur emploi, dans le privé comme le public, alors que l’on peut faire normalement et correctement son travail et rattraper ses prières si on le souhaite au moment opportun.

Cette forme de religiosité servirait-elle de prétexte pour ne plus faire correctement son travail?

Ces mêmes personnes accepteraient-elles qu’un médecin urgentiste les laisse mourir sur un brancard au prétexte de la prière?

Comment peut-on être passé des savants musulmans qui ont fait la grandeur de la civilisation arabe en étudiant les mathématiques, l’algèbre, l’astronomie, la médecine etc., aux inepties que l’on peut entendre aujourd’hui, tentant de nous convaincre que la terre est plate ou que l’adultère donne le cancer aux femmes?

Comment se peut-il qu’avec un taux aussi élevé d’analphabétisme au Maroc, il y ait autant de gens qui prétendent nous expliquer ce que veut dire le Coran, alors que leur seule connaissance du texte est de l’avoir appris en le répétant sans cesse, et que sa compréhension ne s’est pas faite à l’école mais à travers des explications fournies par des gens qui n’ont pas été formés pour cela?

 

« Les gens croient-ils davantage en Dieu? C’est ce qu’ils disent haut et fort. Sont-ils pour autant devenus de meilleures personnes et de bons croyants? Certainement pas! »

Je pourrais continuer ainsi avec mille exemples auxquels on peut malheureusement assister quasiment tous les jours. Et cela nous donne une religion que je ne comprends pas.

Les gens croient-ils davantage en Dieu?

C’est ce qu’ils disent haut et fort. Sont-ils pour autant devenus de meilleures personnes et de bons croyants?

Certainement pas!

Ils nous imposent de nouvelles règles sans en connaître la provenance exacte, ni la véracité! Cela confine presque au sacrilège lorsque l’on érige en parole divine ce qui pourrait plutôt s’apparenter à de la superstition.

Ils suivent scrupuleusement le jeûne non pas par conviction mais par obligation sociale et ce qui devait être un mois de respect, d’humilité et de recueillement devient l’occasion de bagarres de rues pour des prétextes futiles. C’est le temps béni pour les mendiants occasionnels de toute sorte qui apparaissent à cette période en voulant profiter de la mansuétude des bons musulmans. C’est un moment où certains organisent des repas de rupture qui ne sont que le reflet de leur statut social mais en aucun cas pensés dans un esprit de partage et d’humilité. C’est le moment où les prix des denrées explosent sous prétexte de la loi de l’offre et de la demande, au mépris de l’idée même du ramadan qui voudrait que l’on accepte de gagner un peu moins pour que tous puissent passer un mois sacré débarrassé des tracas du coût de la vie.

Et le pire dans tout cela, c’est que cette religion de tolérance et d’ouverture d’esprit est devenue l’exutoire des frustrations de personnes manipulées par des soi-disant religieux n’ayant qu’une vision au mieux archaïque, lorsqu’ils veulent nous imposer un islam rigoureux, au pire mortifère, lorsqu’ils incitent au meurtre de tous ceux qui n’ont pas la même vision qu’eux.

« Toute attitude réelle ou supposée qui n’est pas conforme à ce que ces gens-là croient, pensent et exigent peut vous mettre en danger »

Cela nous donne des scènes d’une violence incroyable lorsque l’on s’auto-érige en police religieuse et que l’on agresse tous ceux qui ne correspondent pas à leur vision de la religion  sans même évoquer ceux qui ne suivent pas précisément les règles au nom de leur liberté de conscience ou leur simple liberté de faire ou de ne pas faire. Femme qui se promène sans voile, personne que l’on soupçonne d’avoir fumé une cigarette à l’odeur qu’elle porte sur elle, tenue non conforme car trop courte ou trop échancrée, personne qui ose boire une gorgée d’eau au motif qu’elle est déshydratée et qu’elle ne souhaite pas mettre sa santé en danger, comme le prescrit pourtant le texte d’ailleurs…

Enfin bref, toute attitude réelle ou supposée qui n’est pas conforme à ce que ces gens-là croient, pensent et exigent peut vous mettre en danger et risque de vous amener à subir une agression physique.

Est-ce bien là la religion de la tolérance ou, du moins de la paix?

Alors nous pouvons bien faire croire que tout le Maroc est croyant et pieux. Nous pouvons continuer à construire des mosquées au lieu d’écoles et d’hôpitaux. Nous pouvons continuer à pénaliser le manque de pratique du jeûne et les relations hors mariage. Nous pouvons continuer à permettre la polygamie et à interdire l’avortement. Nous pouvons continuer à croire que le petit peuple, s’il est respectueux et craintif de la loi divine édictée par certains, continuera à accepter son sort et ne rien revendiquer. Nous pouvons continuer tout cela, continuer à faire semblant. Mais dans l’esprit du vivre ensemble, de la tolérance et du respect mutuel, de la paix, nous pouvons aussi nous demander si nous sommes encore un pays musulman?

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