RETOUR À L’ARTICLE « un certain 20 AOÛT 1955″D’AZZEDINE HNYEN.

 

BEDDARI66

 

Par: M’Hammed Beddari  beddari1

J’ai lu avec intérêt  votre article, et je n’ai pas de remarque particulière à faire sur la trame événementielle, comme je ne veux pas m’engager dans une discussion théorique sur la différence qui existe entre l’Histoire journalistique, et l’Histoire des historiens, et Dieu sait qu’ il y’en a , mais je

me permets, quand même de faire certaines  remarques, en vue d’ouvrir  un débat, susceptible d’enrichir votre article.

Les témoignages Marocains sont irremplaçables, dans des événements pareils, comme vous  en avez d’ailleurs conscience, car ils auraient permis d’avoir un autre angle de vue, corriger certaines affirmations, et enrichir le contenu de l’article.

Concernant les attaques contre les juifs de la ville, malgré les efforts  consentis  par le parti de l’istiqlal, pour empêcher les débordements, je crois que le contexte de la création de l’Etat d’Israël en 1948 y était pour quelque chose.  Les sentiments d’injustice dus à la coalition de l’impérialisme occidentale en défaveur des Palestiniens, et les émotions fortes qui n’étaient pas encore estompées, étaient difficiles à juguler.

Quant à votre affirmation que l’Histoire ne fait pas le présent, ni l’avenir, je vous renvoie à la révolution culturelle Chinoise. Car, comme vous le savez, c’était une révolution contre des pratiques et des façons de penser ancestrales, incompatibles, avec les nouvelles valeurs du socialisme, à la Mao Tsé-toung.

La démarche de la révolution culturelle déclenchée par le grand timonier   était de revisiter l’Histoire pour élucider certains de ses points, en vue de les dépasser et  bâtir l’avenir.

L’article comprend des indices très révélateurs, comme l’indignation des notables de la ville face aux événements, et le rapport de  police qui croyait ferme que plusieurs révoltés venaient de Casa, et la phrase « la gentille ville de Mazagan » etc.

D’ailleurs, à aucun moment, l’article n’a évoqué le nom d’un grand meneur de ces mouvements, ou un père spirituel de la résistance locale, susceptible  d’inspirer et d’enthousiasmer les  foules.

D’ailleurs, depuis ma jeunesse, où j’ai commencé à m’initier à certaines questions historiques, je me suis posé la question, et je me la pose toujours, pourquoi El Jadida ne possède- elle pas, à l’instar des autres villes, comme Casa Marrakech, entre autres, un grand nom de la résistance Marocaine?

Et si on procède à une recherche, basée sur la statistique, sur les résistants et les collaborateurs de la colonisation dans la ville, de quel côté la balance penchera- t-elle?

Sûrement, ces derniers ne représentent pas la majorité, mais quel pourcentage représentent-ils?

Je ne tire pas des conclusions hâtives, mais cela, ne m’empêche pas de poser certaines questions, qui paraissent offensantes pour les uns, nécessaires pour d’autres. Est  ce qu’on est en face d’une région où prédominait une culture de l’obéissance ?

Est-ce que cela est due à des causes naturelles, incarnées par un relief de plateaux et des plaines faciles à maîtriser par n’importe quelle force politique?

Peut-être aussi la proximité géographique des centres de décision, est-elle responsable de cet état de fait? Est ce que la raison réside dans le fait, que la ville n’a pas connu de brassage de la population, dû à  l’exode rural, et par conséquent, il n’y  pas eu une naissance d’une classe ouvrière susceptible d’être un levier de la lutte sociale et politique! Ou la cause en incombe aux facteurs historiques, car la région a été makhzénisée très tôt, par son occupation par des tribus Arabes » guiches :Béni Hilal et Béni Selim  »  entrées au service de certaines dynasties régnantes telles que les Almohades !

Un tas de questions à élucider, et je remercie vivement monsieur Hnyen, de nous avoir donné l’occasion de les poser.

El Jadida, un certain 20 août 1955

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