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Par: Abdellah HANBALI

Ce sont les non-dits, les dénis et les grandes zones de silence qui font des ravages dans la société, qui ont poussé Maria Zaki à écrire. C’est pourquoi, son premier recueil de poèmes s’intitule « Voici défait le silence ». Elle pense que la voix des femmes de notre pays, émerge à peine et qu’elle sort doucement des silences accumulés depuis des siècles.

Dans tous ses écrits, Maria Zaki essaye de délier  les liens fermés des traditions et ce, par un ouvrage poétique et dans lequel l’humain est remis au centre.

Maria Zaki a publié une dizaine de livres. Dans ses deux premiers recueils de nouvelles : « Histoires courtes du Maroc » et « Maktoub » où elle dénonce les problèmes et les souffrances que vivent les femmes, les dégâts provoqués par l’autorité excessive et le nombre considérable d’interdits qui jonchent le chemin des jeunes filles, l’exploitation des petites filles employées comme des bonnes à tout faire dans les maisons, le crime légitimé de marier une jeune fille violée à son violeur pour une question « d’honneur » et l’amalgame toujours présent dans les sociétés arabes entre femme non soumise et femme sans vertu.

Dans son premier roman « Triptyque fantastique », elle se livre à une activité mentale particulière en s’intéressant à la science-fiction et au monde virtuel d’Internet, en explorant d’autres univers et en créant des ponts entre le réel et l’imaginaire. Dans ce roman la forme est empruntée à la fiction mais le fond découle de la philosophie.

Dans son  roman « La fable du deuxième sexe », en faisant un clin d’œil à Simone de Beauvoir, elle traite la question des droits de la femme d’une manière plus inventive, plus philosophique. Elle dénonce encore et toujours les problèmes dont souffrent les femmes et qui se sont malheureusement multipliés malgré les ratifications de la constitution, malgré les voix des féministes, les efforts des associations d’aide aux femmes…

Dans « Et un ciel dans un pétale de rose » nous avons des poèmes entrecroisés avec ceux de Jacques Herman un poète belgo-suisse. Les poèmes sont  mélangés sans signature et le lecteur peut procéder à l’identification des auteurs en consultant le sommaire. Il s’agit d’une expérience littéraire nouvelle susceptible d’intéresser les amateurs de poésie. Ce recueil lui d’ailleurs valu le prix de  créativité Naji Naaman 2013 à Beyrouth (Un prix littéraire international  auquel ont participé 56 pays, avec 26 langues et dialectes), ainsi que celui  des Ecrivains Valaisans 2013, le 28 Septembre 2013  à Sion (Suisse).

Mais aujourd’hui, Maria Zaki nous surprend encore une nouvelle fois, avec un autre genre littéraire : le Théâtre et la pièce « Malgré la lumière du phare ».

Nous avons profité de son passage en coup de vent à El-Jadida, pour lui poser quelques questions et en savoir plus, sur les tenants et  aboutissants de cette pièce de théâtre.

-Vous avez publié des poèmes, des romans et des nouvelles, cette année vous vous êtes attelée à un autre genre littéraire, le théâtre, « Malgré la lumière du phare » constitue votre première pièce, pouvez-vous nous dire ce qui a motivé ce choix ?

– A chaque fois que j’écrivais des textes, je constatais que l’écriture des dialogues entre les personnages me procurait un certain bonheur, mais j’ai toujours pensé que l’on n’écrivait pas une pièce de théâtre sans avoir pour objectif le fait qu’elle soit interprétée sur scène. Puis un jour, par un heureux hasard, j’ai rencontré le Professeur Abdelmajid Nejdi. Celui-ci m’a vivement incitée à rédiger une pièce de théâtre à l’intention de la troupe d’acteurs amateurs « Ärouss Achaouatiê », qu’il dirige à El-Jadida. D’autres amis l’ont rejoint dans son idée et m’ont aussi encouragée dans ce sens. Je tiens à les remercier tous d’ailleurs.

-Pouvez-vous nous parlez un peu de la pièce et nous dire s’il s’agit bien du phare de Sidi Bouafi dans le titre ?

– En effet, il s’agit de ce magnifique phare qui donne à El-Jadida son air d’île en plein océan Atlantique. Mais dans la pièce, il joue un rôle surtout symbolique, désignant la lumière de l’esprit et l’intelligence dont aucun être humain ne peut se passer. Quant au contenu de la pièce, je n’aimerais pas le dévoiler pour préserver les surprises qui s’y trouvent, dont la chute d’ailleurs. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle se déroule entre Jorf Lasfar et El-Jadida, parfois en mer et parfois sur la terre ferme et qu’elle se base sur la rencontre entre deux frères que la vie avait séparés. J’ai voulu pousser l’idée du semblable qui est différent, du double qui semble opposé, jusqu’à l’exemple des frères, des deux hommes qui ne savaient pas qu’ils avaient la même mère.

-Je me permets de revenir sur le mot symbolique, il me semble que vous avez souvent recours aux symboles pour étayer votre écriture, pouvez-vous développer ce point ?

– Si j’ai tendance à utiliser le symbole, c’est pour deux raisons principales :

Premièrement, c’est ma manière d’interpeller la mémoire collective.

Ensuite, c’est parce que j’accorde beaucoup d’intérêt à l’intelligence des lecteurs et dans le cas de la pièce, au public.

Je m’explique, je regrette que notre société veuille substituer à l’intelligence, à la réflexion, une espèce de mélasse bâtie à grands coups de campagnes qui noie ce qui fait sens par ce qui fait du formatage des cerveaux ou ce qui « brasse de l’air » comme on dit. Dans toute la pièce, vous ne trouverez aucune idée que j’aurais aimé imposer ni par la force, ni par la manipulation. Il n’y a qu’une espèce d’invitation à observer, à écouter et à réfléchir librement.

-A votre avis, quel rôle doit jouer le  théâtre ?

– J’ai toujours considéré que le théâtre était nécessaire à toutes les sociétés du monde. En plus de son rôle de divertissement, c’est un lieu où s’expriment les pensées, les opinions et les émotions. Un lieu d’échange et de collaboration permanente. Bref, une aventure de vie.

Mais je ne peux pas parler du théâtre sans évoquer le grand artiste, feu Mohamed Said Afifi, paix et miséricorde de Dieu sur son âme. Cet homme de théâtre remarquable qui a tant donné pour cet art au niveau du pays entier et plus particulièrement sa ville natale El-Jadida où il a dirigé le Théâtre municipal de 1969 à 1974, théâtre que l’on a baptisé dernièrement de son nom. Salut à toi l’artiste !

 

Maria Zaki est une poétesse et écrivaine d’expression française, née en 1964 à El Jadida au Maroc. Docteur d’Etat es-Sciences ancienne et enseignante universitaire, elle est actuellement directrice de recherche et de développement dans l’industrie chimique.

Cette belgo-marocaine se consacre parallèlement à l’écriture et a participé à des anthologies et des revues littéraires et obtenu plusieurs prix.

Elle est membre de P.E.N. (Poètes, Essayistes, Nouvellistes) International et de son Women Writers Committee, de l’Association Vaudoise des Ecrivains, et de la Société des Écrivains des Nations Unies.

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