Hommage…Ramasseuses d’algues …Ces femmes qui triment.

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Par: Driss TAHI     tahi

De Sid Daoui à Sidi Abed, en passant par Sidi Bouzid et Moulay Abdellah, sur une trentaine de kilomètres, le long du littoral ; une bande qui abrite une population composée essentiellement de paysans, sur six communes rurales, en plus de la ville d’El Jadida. Ce tronçon de la cote atlantique renferme de magnifiques plages ,toutes aussi belles les unes que les autres ,une véritable richesse naturelle ; un atout parmi d’autres certes ,qui expose cette partie de la région de Doukkala à une forte pression humaine, et fait d’elle sous le soleil brûlant d’été, la destination privilégiée des visiteurs en quête de fraicheur et de lieux de villégiature .

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Touristes, estivants locaux, visiteurs de tous bords ,amateurs de sports nautiques, habitués de festivals de musiques ,d’expositions culturelles et de moussems ,et autres divertissements, tout ce beau monde s’éparpille dans cette nature hospitalière, aux habitants très accueillants, et où règne une ambiance conviviale .

Il y a aussi ces pêcheurs de poisson convertis en plongeurs sous marin qui, avec des moyens précaires, font la cueillette d’algues marines (algue rouge appelée scientifiquement Giledium ) très demandée dans l’industrie de transformation.

Mais il y a surtout ces centaines de femmes qui se ruent vers le bord de mer dés l’annonce de l’ouverture de la saison algale, on les voit investir aux premières lueurs du jour les plages où généreusement les vagues rejettent des quantités énormes d’algues. Elles ramassent, trient jusqu’a la fin de la journée puis transportent en ballots leur récolte à la terre ferme, là où les attendent les acheteurs avec leurs camionnettes. Durant plusieurs mois, elles ont rêvé de l’argent qu’elles allaient gagner, certaines pour rembourser un prêt, d’autres pour payer les études a leurs enfants …

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Au fur et à mesure que la marée baisse, la foule de ramasseuses s’avance les pieds dans l’eau, chaussée de sandales en plastique et chaussettes pour ne pas se faire mal au contact des rochers rugueux et des oursins.

Leur position dos courbé les mains plongées tour à tour dans l’eau, me rappelle les ouvrières des rizières dans leur besogne. De temps en temps elles se relèvent dans un mouvement simultané et brusque, de peur de se faire renverser par une vague qui vient se briser sur leur corps frêles, les balançant légèrement en arrière, puis se penchent aussitôt pour reprendre leur tache.

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Quand la marée se retire complètement, elles reprennent le ramassage mais cette fois dans les creux des rochers, là, j’ai pu sans me faire remarquer observer de prés leurs silhouettes, habillées de vieux vêtements, trempées jusqu’aux os, le visage et la tête couverts par un foulard et un sombrero pour se protéger du soleil.

Impossible de différencier les unes des autres, elles se ressemblent toutes, seuls certains de leurs mouvements trahissent parfois leur âge.

L’une d’elles attire mon attention lorsqu’elle se redresse dans un mouvement lent et pénible qui en dit long sur la douleur qu’elle doit ressentir, cette scène qui me ramène à mes souvenirs d’enfance ,quand ma mère penchée sur le baquet ,le dos courbé ,et après avoir frotté le linge pendant un bon moment sur la planche, se releva pour reprendre ses forces, le visage crispé par la douleur et le geste semblable à celui de la ramasseuse d’algues ,s’essuya les mains couvertes de mousse sur son tablier et les posa sur ses hanches comme pour calmer ses douleurs lombaires en marmonnant des mots incompréhensibles pour l’enfant que je fus.

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En fin de journée les algues humides mises en ballots dans des filets de corde sont transportées jusqu’a l’endroit réservé a la pesée.

ce dernier effort pénible en plus du fait du frottement des vêtements trempés d’eau de mer contre leur peau, les maux aux pieds et au dos , tout cela met ces pauvres créatures au bout de leur forces, et lorsque la douleur atteint son paroxysme ,seule la pensée d’encaisser le fruit d’une journée de dur labeur leur procure encore l’énergie nécessaire pour rester debout, marcher jusqu’au douar ,se défaire de leurs vêtements mouillés pour enfin sombrer dans un profond sommeil réparateur afin de pouvoir remettre ça le lendemain ,et encore ,et encore ,jusqu’a la fin de la saison.

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