Rachida Mahdad …Une romance à l’image de sa ville

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Par Driss Tahi

Rachida Mahdad , romancière nouvelliste, poète ; auteure du recueil  » Action Stop  »

Une jdidie, attachée jalousement à sa ville , lieu de son épanouissement, et à laquelle elle doit en grande partie sa réussite en tant qu’écrivaine… , voguant entre les beaux rivages de l’océan , les remparts imposants du Mellah, et les étendues campagnardes , verdoyantes, d’un milieu rural d’où la majorité des Jdidis tirent leur origine ; une région riche en traditions populaires ancestrales ; un patrimoine diversifié , fierté des Doukkalis.
Autant d’atouts qui représentent une source inépuisable d’inspiration pour les esprits créatifs , ce qui a nourri chez Rachida Mahdad un sens remarquable de la description , et aiguisé son style de la narration, chose que le lecteur décèle de prime abord , et aux premiers contacts de ses récits.
Issue d’un milieu modeste , elle a vécu son enfance au cœur de l’ancienne médina , le Mellah , dans ses ruelles qui serpentent infiniment , ses labyrinthes enivrants , et le côté populaire, humain, et chaleureux de ses habitants .
Ses maisons exiguës, serrées les unes contre les autres , dans un enchevêtrement qui a contribué avec le temps, à rendre les relations entre les gens aussi étroites, que l’espace où ils évoluent ; une convivialité, et un vivre ensemble qu’on a perdu ailleurs.
On entend les mamans crier par les fenêtres pour échanger les dernières nouvelles avec les voisines ; des scènes qui rappellent celles des films de Fellini. Quand au même moment le défilé des marchands ambulants et leurs appels se mêlaient à ceux des gosses qui jouent en faisant un boucan sous les porches d’entrée des maisons, un manège qui passe en boucle , sans jamais déranger quiconque …
Les odeurs provenant du four public , ou émanant de l’étalage du poissonnier, et celles alléchantes qui s’échappent des cuisines aux fenêtres toujours ouvertes, lorsque tout se mêle au parfum de la mer;
des scènes , et des ambiances qui eurent leurs empreintes sur Rachida Mahdad , qui l’avaient marquées profondément depuis son enfance , et l’avaient inspirées , jusqu’à en faire ce qu’elle est devenue ; une écrivaine engagée, qui se sent investie d’une mission , à l’écoute de la rue , et tout le temps aux aguets ; sensible à tout ce qui l’entoure, et aux préoccupations de son entourage .
Un tempérament sociable , bonifié par l’air marin d’une ville ancrée dans l’océan, et qui puise son souffle dans son histoire, avec ses soubresauts tellement riches et passionnants.
Une chance pour Rachida Mahdad qui tient tout de sa cité , comme si received_453836538511943elles n’en font qu’une ; elle aussi pleine d’énergie, une plume incisive , qui ose aller à travers ses écrits à l’origine des choses , et d’une façon spontanée , loin de toutes subjectivités , au devant de la vie , au devant des gens, et des vérités souvent percutantes qui jalonnent notre existence, qui nous gênent parfois , à tel point que nous préférons les taire, par pudeur …ou parce que nous essayons tout simplement de les ignorer, dans une totale indifférence, et avec une complicité manifeste .

Rachida Mahdad , armée de son courage d’intellectuelle , déterminée à saisir toute opportunité ayant à ses yeux un intérêt pour ses lecteurs, à travers les situations qui se présentent à elle , tel un défi , ou une épreuve nécessitant une réflexion , et sollicitant résolument son engagement .

« Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie.  »
Blaise Cendrars

Elle dépeint ainsi les scènes dont elle est témoin , comme elle les perçoit ; retient l’instant, dans son état, le temps de décortiquer les faits , qu’elle s’évertue ensuite à nous retracer à sa manière de romancière talentueuse, et avec les détails les plus infimes , levant au passage le voile sur certains tabous; des choses que nous connaissons déjà, et que nous redécouvrons , grâce à Rachida Mahdad , sous des angles jusqu’ici inexplorés.
Aussi , le lecteur se trouve au bout des premières lignes ,embarqué dans des d’histoires vécues , où il se reconnaît, et ce, à travers un récit passionnant, qui le tient en haleine du début à la fin.

Rachida Mahdad construit ses récits suivant ce qu’elle détecte dans la réalité quotidienne. Elle écrit dans un style littéraire, empreint d’une certaine subtilité, beau , élégant .
Une écrivaine au comportement ,en apparence discret , voire réservé ; néanmoins , il y a derrière cette façon simple, réaliste , et sans fioritures d’aborder les sujets qui l’interpellent au quotidien, et dont nous sommes à notre insu les acteurs , une énergie qui nous surprend, et nous entraîne dans des voyages brefs, et nous guide au fond de nous même, dans les dédales de notre propre société, nous révélant ainsi à nous même, au sein de notre monde , et ses côtés rocambolesques, parfois avec des individus aux comportements
imprévisibles , étonnants, scabreux , et irresponsables.
Ainsi , la rue dans son agitation, ou son calme , sous le soleil , ou plongée dans le noir des nuits blanches , sous le regard de l’auteure qui s’attarde devant les faits , comme dans un « arrêt sur images », l’exemple de « Stop Action » pour décrire avec lucidité ,et une précision inouïe, les personnages réels qui animent cet espace public , grouillant de vie , et théâtre de tant de péripéties , avec leurs humeurs , leurs sourires , et les expressions de leurs visages , qu’elle arrive à lire , à travers certains de leurs actes et leurs comportements , ce qui témoigne du talent incontestable , et du souci de Rachida Mahdad de nous transmettre un tant soit peu , la ferveur qui la hante , tout ce qu’elle a décelé, avec son âme et son cœur , et qui fait d’elle la romancière qu’elle est devenue aujourd’hui.
Rachida Mahdad écrit pour son plaisir ,mais elle a été surprise de constater un jour l’effet réussi , qu’elle a pu produire à travers ses écrits, sur ses lecteurs , dont le nombre augmente de jour en jour.
 » je me suis réveillée un matin en apprenant que j’ai été sélectionnée comme meilleure écrivaine arabe émergente durant les mois de mai et juin 2018 par “مشاهير الساعة العربية » « .

« J’ai eu aussi l’honneur au Caire ,en 2017 lors du festival  » Hamsa » édition Farid Chawki , de recevoir le prix de la meilleure nouvelle. »
« D’autres prix de divers médias locaux et étrangers m’ont été décernés, pour mon recueil « Action Stop » ».

« Depuis lors , j’ai multiplié les efforts afin de produire d’avantage ».
« Quant à la poésie, elle est mon premier amour, et j’ai toujours l’impression de poétiser en écrivant une nouvelle, et vice versa « .

Pourquoi la nouvelle et pas le roman ?
« Plusieurs de mes lecteurs, surtout étrangers, me demandent d’écrire des romans, parce que selon eux , mes nouvelles les laissent sur leur faim.
J’ai commencé par la nouvelle qui offre à mon avis, la possibilité d’aborder plusieurs sujets et diverses histoires en peu de pages , ce qui est divertissant pour le lecteur. Mais cela ne m’empêche pas de me lancer dans le genre roman; d’ailleurs j’ai déjà un projet en cours dans ce sens. »

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