Point de vue : La réforme de l’éducation (1)

Par: Ahmed Benhima     benhima

Notre pays a attendu trop longtemps  pour promettre, enfin,  de réformer son système éducatif malmené par des décennies d’improvisations malencontreuses, d’incohérences graves, d’apports inappropriés et de réformes avortées. Les décisions contradictoires et souvent incompréhensibles dans ce domaine très sensible ont évidemment coûté trop cher en temps et en argent mais surtout, elles ont créé un énorme clivage entre une masse qui a subi puis dérivé  et une élite qui a profité puis avancé.

ecole2Aujourd’hui, mise à part la levée de l’obstacle  sur la langue d’enseignement des matières scientifiques grâce à une intervention royale, ce système n’en est  encore, pour  le reste,  qu’au stade des intentions et des projets. Ce sont certes des préalables nécessaires mais, compte tenu de la dégradation avancée de l’état de notre éducation, les préalables et les projets ne  doivent pas s’éterniser. Le chantier doit démarrer et le plus tôt sera le mieux.  De plus, chaque clan a parfaitement compris et mesuré ce qu’il a perdu ou ce qu’il a gagné et notre but, dans ce point de vue synthétique et global, n’est pas de retourner le couteau dans la plaie mais de dire  simplement ce que nous  entendons par une  vraie réforme et ce que nous en attendons.

Ainsi, si nous décidons, par exemple,  que notre enseignement devra cibler en priorité  l’accès au savoir à l’ensemble de la population scolarisable ou la promotion du bon sens et de l’intelligence des apprenants  ou la stimulation de leur imagination et de leur créativité, nous devons adopter un mode nouveau de fonctionnement et de gestion de l’affaire éducative parce que celui qui est en place ne favorise point la réalisation de tels objectifs. Ceux-ci ne sont pas du tout compatibles avec la prédétermination de ses hommes et de ses moyens.

De notre point de vue, pour parvenir à chacun des buts précités, il faudra auparavantecol soustraire l’enseignement à des catégories déterminées de responsables. Non qu’ils soient inaptes à assumer de hautes charges mais leurs intérêts personnels et ceux  de la pédagogie sont de natures entièrement opposés. Leur tourner le dos équivaut pour eux, au mieux, à un sacrifice improductif, au pire, à une aventure périlleuse.

Dans le tas, nous dénombrons principalement les politiciens parce que leur priorité c’est la conquête du pouvoir, leur outil de travail c’est  la démagogie,  leur souci, c’est l’intérêt de leurs partisans dont le profil et le nombre varient d’échéance électorale à une autre. Dans l’enseignement, par contre, la priorité c’est l’acquisition des connaissances établies, l’outil ce sont les méthodologies qui font preuve d’efficacité, le souci c’est l’ensemble de la population scolarisée. Que de différences !

Nous dénombrons  aussi les commerçants parce que leur vocation naturelle  c’est de gagner l’argent et non pas de favoriser l’apprentissage. Pour parvenir à cette fin, ils alternent  séduction, harcèlement et chantage. Libérés de tout suivi et de tout contrôle, ils soumettent parents et personnel à leur tyrannie implacable et détournent la pédagogie de sa vocation normale. Il semble que l’Etat qui a opté pour la privatisation  de ce secteur vital n’a pas mesuré les dangers de cette décision. Cette option est aussi dangereuse et aussi aberrante que de privatiser, par exemple, la sécurité, la justice ou l’émission de la monnaie dans le pays. Il en a découlé des conséquences d’une haute gravité. La qualification ne se mérite plus, elle se vend aux plus offrants. Tout l’environnement économique et socioculturel  s’en trouve endommagé. Par conséquent, le retour à l’école publique obligatoire pour tous est, à notre avis, un choix indispensable et une solution incontournable. C’est un acte civique  urgent et nécessaire.

ecole6De notre point de vue, l’élaboration des programmes d’éducation et  d’enseignement  et la détermination de leurs contenus doit être  une affaire de professionnels  qui établissent avec les vérités scientifiques et historiques, avec le rationalisme, la culture nationale et la  culture universelle des rapports sereins, de confiance et de respect. Leurs travaux et leurs propositions doivent être soumis au jugement et à l’appréciation d’acteurs politiques (Parlement), économiques (Finances), sociaux (Associations et ONG) et médiatiques (Journalistes). Cet ordre  nous paraît juste. Cette complémentarité nous paraît utile et nécessaire pour l’assainissement et la survie de notre enseignement.

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