Pause café avec Driss Tahi, autour de son nouveau roman, Du haut du balcon.

EL Jadida Scoop : Driss, comment vous est venue l’idée d’écrire votre premier roman ?

Driss Tahi : J’avoue que j’ai du mal à me le préciser avec exactitude. Toujours est-il que l’idée a germé dans mon esprit, pendant « un bon moment ».

j’ai tenté à différentes occasions de le commencer en griffonnant de temps à autre, quelques notes. J’ai fini par dresser un plan de travail. Lequel plan, a été modifié, ainsi que le titre, à maintes reprises.

Je dois dire que mes occupations ne me permettaient pas de m’y mettre de façon assidue et régulière.

L’entreprise que j’ai gérée durant ma vie professionnelle, avec ses nombreuses contraintes et… la littérature, ca faisait deux choses qui n’allaient pas facilement ensemble. J’écrivais et lisais plus de rapports et revues professionnelles que de prose.

Ce n’est qu’après 2012, lorsque mon activité avait baissé et plus tard , confinement oblige, que je me suis décidé d’écrire de façon assidue et avec l’intention de me faire publier.

Au début, j’avançais lentement dans mes écrits, mais depuis le début du confinement et au fur et à mesure que je progressais dans mon recit, mon désir d’aller jusqu’au bout de cette aventure et par extension, le temps que j’y consacrais, grandissaient.

A noter aussi, que j’écrivais en parallèle, un article par semaine dans L’opinion, Libération ou un journal électronique, sur des manifestations artistiques et culturelles (rencontres littéraires et expositions d’art plastique auxquelles j’assistais).

– Quelles sont les grandes lignes de votre roman, Du haut du balcon ?

Il faut préciser que depuis mon enfance, j’ai toujours été sensible aux souffrances des femmes qui se retrouvent seules et parfois dans la précarité, à un âge avancé. D’ailleurs, il y en avait eu beaucoup, aussi bien parmi nos voisins du quartier que dans la famille lointaine de mes parents.

Ce phénomène social m’avait marqué à vie, car j’ai toujours trouvé injuste, que les personnes âgées en général, connaissent une fin de vie difficile.

Dans mon roman, Du haut du balcon, je parle aussi bien de ce phénomène injuste et inacceptable, il faut le préciser, comme je parle d’autres points encore.

Il y a des décennies, bien avant l’existence de la télé, j’ai été marqué à vie par toutes ces histoires dramatiques racontées, presque chaque soir à la maison.

La lecture qui est devenue ma passion après, m’avait permis de découvrir d’autres réalités et des réponses à la plupart des questions qui me préoccupaient à ce propos.

Quant aux événements récents, à savoir le soulèvement des lycéens en 1965 ( j’avais 11 ans ) , les émeutes de 1981 et tout les drames, que cela avait engendrés, ainsi que l’avènement de la création de l’association des droits humains au Maroc et celle de l’instance équité et réconciliation, je les ai vécu et suivi en direct , à Casablanca qui est ma ville natale.

– Comment avez-vous agencé les repères chronologiques et le cadre spatio-temporel de votre roman ?

Les événements historiques sur lesquels j’ai fondé mon roman sont réels. Les lieux le sont aussi. A part quelques endroits comme la rue khatibi, que j’ai inventée en hommage au grand écrivain jdidi. Mais elle ressemble d’ailleurs à n’importe qu’elle rue commerçante de la capitale.

Les personnages, principaux et secondaires, sont fictifs, imaginaires. Mais pas totalement, car au dedans et à travers chacun d’eux, il ya le souvenir de personnes que j’ai croisé quelque part .

Je suis moi même dans celui d’Ali Zagora. Je reconnais aussi, que je me suis senti sans l’avoir voulu et à divers moments, dans la peau de Saâdia .

Lalla Zahra, elle, a bel et bien existé. Je l’ai connue. C’est l’unique tante à ma mère. Une femme impressionnante, décédée en 2007 à plus de 90 ans.

J’ai encore et toujours, plein d’histoires bouleversantes, à son sujet, qui méritent un roman à part entière.

Il est évident aussi, que réalité et fiction s’enchevêtrent tout au long du récit.

Cependant, tout le roman est une succession de souvenirs déclenchés et servis dans le désordre, ( par exemple l’histoire de Ali Zagora depuis les années 1930 qui n’intervient qu’après celle des événements de 1965 et 1981). Lequel désordre est imposé par le mouvement de la rue ; les repères et les lieux qui se présentent ; les visages qui émergent du décor ; qui défilent à l’improviste devant les yeux de Saâdia et dont chacun lève un bout du léger voile qui couvre son passé et qui l’oblige à y replonger, encore et encore.

Une chose importante que j’ai tenue à ce que le lecteur ne découvre qu’à la fin, c’est que le tout se passe en une seule journée. La dernière dans la vie de Saâdia. Sur le balcon de son appartement.

Par ailleurs, d’autres personnages, tout aussi fictifs, traversent le récit, mais sont pourtant marquants, comme Hasna et Ilyas , qui représentent l’espoir ,ou Sardi ami de la famille …

– Votre dernier mot sur ce roman, qui parait, à priori, engagé…

– Oui je considère « du haut du balcon⁰ » comme un roman engagé, dans la mesure où il évoque certaines injustices commises et dénonce le silence sur la condition difficile que vivent en général les femmes après la mort ou la disparition d’un proche dans les circonstances comme celles que le Maroc a connues.

Engagé aussi, puisqu’il met l’accent et pose des questions sur les libertés individuelles et le problème des fosses communes, qui auraient contenu les dépouilles de plusieurs opposants disparus. Leur nombre demeure inconnu. L’identité des corps exhumés aussi…et l’impossibilité de leur restitution à leurs familles…

El Jadida Scoop

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