L’ouvrage « La belle époque du Théâtre Municipal de Mazagan / El Jadida (1946-1954), de Hadj Abdelmajid Nejdi, Elmostafa Lekhiar et Moulay Ahmed Sdaïki, vient d’être éditée avec le soutien de la fondation Chouaïb Sdaïki Doukkali.

Le lecteur de cet ouvrage sur la belle époque du Théâtre Municipal de Mazagan (1946-1953), qui est publié à l’occasion du centenaire du Théâtre Municipal de Mazagan(actuel Théâtre Mohammed Saïd Afifi), s’attend sans doute à y découvrir les grands traits de l’évolution de la culture et des arts à El Jadida durant la période concernée… Il les trouvera… Les grandes rencontres entre des artistes renommés et le public Mazaganais, les spécificités de la judicieuse programmation de meilleures créations par la direction du Théâtre Municipal de Mazagan, assurée par Henri DEGUY. De même, les grandes orientations culturelles et artistique de cette époque y sont évoquées et retracées.

Mais par-delà les formes des arts et d’une culture que l’on pourrait qualifier de nobles, d’autres pratiques culturelles et artistiques s’imposaient : les concerts, le cinéma, la formation de jeunes artistes, la mode même ainsi que d’autres activités parallèles,  apportaient leur contribution à l’édifice du Théâtre Municipal de Mazagan.

Parallèlement, grâce à ce temple de l’art, qui était à son apogée et où se produisaient des grandes stars, Mazagan occupait le devant de la scène marocaine. Quant aux réseaux qui unissaient les représentants du monde culturel et artistique et aux liens noués, ils permettaient de préciser les contours d’une sociabilité toute particulière chez les Mazaganais.

Enfin, la belle époque du Théâtre Municipal de Mazagan voyait se mettre en place une politique de la culture et de l’art, précoce et cohérente, qui apparaissait spécifique à Mazagan, ce Deauville Marocain.

Ainsi, cet ouvrage, intitulé « La belle époque du Théâtre Municipal de Mazagan  (1946-1954) », de 378 pages, apparaît comme un précieux outil pour le lecteur en quête de repères touchant à la culture et l’art à Mazagan qui en était berceau.

Ce livre ne porte pas seulement l’histoire d’une institution théâtrale qui est la deuxième du Maroc après celle de Casablanca, qui la précède d’une année

Ce livre ne porte pas seulement l’histoire d’une institution théâtrale qui est la deuxième du Maroc après celle de Casablanca, qui la précède d’une année

D’autre part, les auteurs de cet nouvel ouvrage précisent que ce livre n’est pas non plus une simple commémoration du centenaire du Théâtre d’El Jadida, pour rappeler aux Jdidis, aux Marocains et au monde ses heures de gloire, hélas oubliées dans les méandres du temps, et le déclin culturel et intellectuel que nous connaissons depuis un certain temps. Il porte aussi un regard aimant, plein de tendresse, mais aussi de colère, il faut le dire, de trois Jdidis, envers toute une ville, à travers un monument qui garde par ses lignes et reliefs, par sa touche néo-mauresque et son aspiration art-déco, la mémoire Jdidie qui disparait en silence au rythme des démolitions des monuments d’El Jadida, les uns après les autres. Cet acharnement contre la beauté, et cette assiduité à la remplacer par le laid et l’inqualifiable, prend des allures de vindicte dont les Jdidis ont du mal à distinguer la cause.  Une volonté d’en découdre avec une ville qui jadis rayonnait dans tout le pays par son charme et par ses activités culturelles et artistiques. Le Deauville du Maroc se meurt dans une indifférence coupable. Le cinéma Marhaba n’est plus, à l’instar du Rif et Le Paris, qui par leurs disparitions ont privé El Jadida de toutes activités cinématographiques. La maison Rikita qui a été démolie il y a peu, l’Hôtel Maghreb-France et l’immeuble Cohen, siège de la première poste du pays, attendent à leurs tours, leurs bourreaux, tapis dans l’obscurité, guettant une nuit sans lune, pour exécuter leurs basses œuvres. C’est donc une institution, mais aussi un monument que nous célébrons, à qui il faut rendre son rôle, ainsi que quelques détails architecturaux qu’il a perdu en salle, au cours des derniers travaux, et qui ont eu un effet dévastateur sur son acoustique. Le Théâtre d’El Jadida est notre Globe et notre Odéon, le préserver, comme les quelques témoins de la grandeur du Deauville Marocain, qui subsistent encore tant bien que mal, est notre honneur, à nous Jdidis.  Il en va de notre conscience et de notre mémoire collective. Ces planches qui ont un jour porté les plus grandes stars arabes et internationales, nous obligent autant qu’ils nous offrent les plus agréables souvenirs d’un passé que nous avons toujours l’espoir de revoir revivre. ».

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