Par: Alain Degans    degans

 

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Mes lecteurs l’auront bien compris : j’ai une admiration sans borne pour M. Mustapha Jmarhi, l’historien chercheur qui, patiemment, reconstitue la trame de l’histoire de notre ville. On pourrait s’étonner que ses recherches portent sur un passé plutôt récent mais on comprend bien sa démarche : faire en sorte de recueillir un fond documentaire qui existe encore, celui de la mémoire orale de ceux qui ont vécu les événements avant que celle-ci ne s’éteigne à jamais. C’est une grande responsabilité qu’il assume en sa qualité d’auteur et d’éditeur des « cahiers d’El Jadida », passant en revue tous les aspects d’une société qui constituait le « Deauville marocain ».

Avec la modestie que nous lui connaissons, il avait répondu à l’invitation de la société des auteures marocaines, bien que frappé par un récent et cruel deuil. C’est donc entouré de Khatiba Moundib, la présidente de la section locale et de quelques unes des 24 femmes qui ont témoigné dans le livre « El Jadida 1949-1969 : Paroles de femmes » qu’il décortiqua pour le public venu nombreux dans la médiathèque Tachfini, la genèse de son ouvrage.

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Il dit les difficultés pour recueillir les témoignages d’un panel qu’il voulait représentatif de la diversité de cette ville cosmopolite. 24 femmes sur la soixantaine contactées ont donc raconté une bribe de leur histoire personnelle : petites histoires qui ont fait l’histoire de cette ville. Pour Mustapha Jmarhi, il était hors de question de laisser dans l’ombre le vécu de ces femmes dont le naturel est finalement la discrétion : là où les hommes sont exubérants, les femmes sont réservées. On parle de héros de l’indépendance : ce sont toujours des hommes, jamais des femmes. Le livre et les photos nous plongent dans un autre monde… on est surpris par les tenues vestimentaires de l’époque qui nous rapprochent de notre XXIème siècle… Les majorettes de Colette Moret auraient-elles encore leur place à El Jadida, aujourd’hui ?

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Cette ville a connu des femmes hors du commun sortis d’un monde où le fait pour une fille d’aller à l’école, était encore exceptionnel. Mustapha Jmarhi raconte, à ce propos, les documents retrouvés et qui prouvent que l’admission des jeunes filles dans les établissements scolaires était un combat de tous les instants : les autorités du protectorat veillaient au grain. Pourtant, cette ville, encore modeste dans ses dimensions, a connu quelques succès : parmi les dix premières bachelières figurent trois jeunes jdidies, faisant la « pige » à des villes plus importantes comme Rabat ou Casablanca…

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Des jdidies parties à la conquête du monde ? Des noms connus à commencer par celui de Nouzha Skalli, la féministe, députée et ancienne ministre du développement social et de la famille qui aurait pu témoigner dans ce livre mais qui en est la préfacière…

Toutes ces femmes témoins d’une époque, même si elles ne renient pas le développement actuel de la ville, regrettent le temps de la convivialité, du « vivre ensemble », des valeurs que le monde des égoïsmes a considérablement dénaturées… Un temps où l’on rangeait sa foi et ses pratiques religieuses dans le domaine de la sphère privée…

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Allez, je ne relaterai pas dans le détail cette passionnante après midi à la médiathèque Tachfini mais ce que j’en ai ressenti, mon sentiment que cette ville a une âme, et qu’un beau matin de 2007, j’avais eu raison de croire en elle, j’avais eu raison d’avoir ressenti cette âme et d’avoir déposé mes valises dans ce coin des Doukkala… fortement convaincu que cette âme-là est le résultat de l’action discrète, raisonnée et tempérée des femmes de cette époque où chacun se côtoyait, musulman, juif ou chrétien, chacun vivait en harmonie avec l’autre, fêtait les joies ou les peines des uns et des autres. Une communion qui devrait faire réfléchir des grands de ce monde.

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