Palestine: Après la mobilisation, la lassitude s’installe

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Par : Ismail H

Face à la menace que représente l’État islamique en Irak et au Levant ainsi qu’Al Qaida, la guerre civile syrienne, la menace des Houthi au Yémen… le conflit israélo-palestinien, l’une des rares causes faisant consensus entre les pays arabes a pratiquement été relégué au second plan. Au fil des années et face à la quasi impossibilité de trouver un terrain d’entente en vue d’un règlement global qui satisfasse les deux parties, la question palestinienne ne mobilise plus autant la rue arabe que jadis. Sauf en cas d’événement majeur à l’instar de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006 ou la campagne menée contre le Hamas entre juillet et août 2014. Une certaine lassitude s’est installée et les médias de même que l’opinion publique sont passés à autre chose.

La question palestinienne achoppe sur deux points essentiels qu’aucun gouvernement israélien et encore moins celui de Benyamin Netanyahu n’aura le courage de surmonter. D’abord, il y a la question d’Al Qods, considérée comme « capitale indivisible d’Israël » depuis 1967, date de la guerre des six jours. Entre messianisme et expansionnisme, il y a un certain consensus au sein de la classe politique israélienne quant au caractère indiscutable du statut de la ville sainte. Là où les Palestiniens considèrent la ville arabe conquise en 1967 par Israël comme capitale de leur futur état, l’état hébreu refuse catégoriquement d’entendre parler d’un quelconque partage de la ville. Certains esprits éclairés avaient évoqué l’idée de faire d’Al Qods une ville internationale ouverte aux trois religions monothéistes, mais la partie israélienne refuse obstinément d’en entendre parler.

Un processus otage des extrêmes

Le deuxième obstacle majeur qui se dresse face à la relance du processus de paix, c’est la question du droit de retour des réfugiés. Pour Israël, une telle perspective menacerait le caractère juif de l’État d’Israël, principe fondateur de ce pays qui a vu le jour en 1948 grâce au bon vouloir de l’Angleterre et des États-Unis. L’état hébreu estime qu’advenant la signature d’un plan de paix global qui permettrait à la diaspora palestinienne de regagner Gaza et la Cisjordanie, l’équilibre démographique pencherait alors en faveur des palestiniens. Argument très discutable car on imagine mal les enfants de la deuxième ou même de la troisième génération de réfugiés regagner massivement la mère-patrie alors qu’ils ne connaissent de la Palestine que les récits nostalgiques des parents. On voit vraiment mal ceux qui sont bien intégrés dans la société jordanienne ou libanaise répondre comme un seul homme à un cri de ralliement. Dans tous les cas de figure, le scénario selon lequel deux ou trois millions de palestiniens répondraient à l’appel de la patrie en cas de plan de paix global est une vue de l’esprit. Déjà l’Autorité palestinienne, confinée à l’intérieur d’une superficie de 5600 km² qu’elle ne contrôle même pas aujourd’hui, a toute les difficultés du monde à répondre aux besoins de sa population. Alors si en plus elle doit faire face à un raz-de-marée humain…

Curieusement, alors que la cause palestinienne semble ne plus constituer une priorité pour les médias, elle s’érige en fonds de commerce pour la mouvance terroriste. Aussi bien l’État islamique en Irak et au Levant qu’Al Qaida ou la mouvance salafiste engagée dans le conflit syrien en font un fonds de commerce tenant compte de la charge symbolique que représente cette question. On se souvient ainsi qu’Oussama Ben Laden promettait à ses combattants une victoire finale qui permettrait aux fidèles de prier à Al Qods. Al Baghdadi fait de même et tous les spécialistes du lavage de cerveau que compte la mouvance extrémiste font de même. Prier à al Qods est devenu une sorte de vœu pieux qu’on formule à voix haute même si la réalité sur le terrain indique clairement que rien ne se fera sans le bon vouloir d’Israël. Le problème, c’est que l’extrémisme touche aussi la partie israélienne et lors des dernières élections législatives Netanyahu a promis que l’État Palestinien ne verra pas le jour sous son mandat, une façon de dire que le processus de paix ne fait nullement partie de ses priorités. Ayant misé sur l’extrême droite, il doit donc rendre des comptes à sa famille politique naturelle. La paix, elle, attendra.

Le climat est donc peu propice à une véritable relance du processus de paix et le fait que l’attention de l’opinion publique internationale soit concentrée sur l’Irak, la Syrie et le Yémen permet au permet ministre israélien d’enterrer non pas le processus de paix qui est bel et bien relégué au second plan mais son esprit auquel croit toujours une gauche égarée et malmenée.

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