Ouadi Mahdi : « Le consommateur marocain est de plus en plus vigilant ».

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Avec Ouadi Madih, Président de l’Association casablancaise de protection du consommateur Uniconso et Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Associations de Consommateurs.

– Quelle cartographie pouvez-vous faire de la situation du consommateur marocain ?

Ouadi Madih : Aujourd’hui, le consommateur marocain est de plus en plus vigilant. C’est un consommateur actif, car il commence à réclamer. C’est une chose très importante pour nous en tant que mouvement consumériste, d’autant plus qu’il nous permet de jauger l’évolution du mouvement. Il y a quatre ou cinq ans, le consommateur au Maroc était considéré comme un élément neutre et passif. Cela peut s’expliquer par le fait que le Marocain est un être conciliant à la base. Une situation qui a permis à certains fournisseurs ou prestataires de faire passer des produits ou des services qui ne respectent pas la santé du consommateur. La loi n° 31-08 édictant des mesures de protection des consommateurs a été approuvée en 2010 par le Parlement.

– Trois ans après, quelles avancées constatez-vous ?

Ouadi Madih : La loi 31-08 a été appliquée à partir du mois d’avril 2011. C’est une loi qui pourrait protéger le consommateur. Mais ce n’est qu’une loi parmi tant d’autres. Il faut dire que l’arsenal juridique marocain est très riche en termes de protection du consommateur. Il y a au moins 300 articles de lois sur le sujet et la loi 31-08 est venue étoffer cet arsenal juridique. En revanche, son application sur le terrain ne suit pas. Nous constatons que certains fournisseurs n’observent pas la loi mais attendent que le consommateur fasse des réclamations. C’est un problème épineux car ces derniers ne sont pas forcément préparés. On a l’impression que les fournisseurs ou les prestataires de services attendent qu’il y ait répression pour respecter la loi.

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-Votre association a-t-elle prévu des mesures pour une meilleure protection du consommateur ?

Ouadi Madih : Notre association travaille sur trois axes très importants. Le premier axe concerne la sensibilisation, le conseil et l’orientation du consommateur. Cet axe est dédié à toutes les associations du consommateur (il en existe au moins 84 au Maroc). Leur rôle est de protéger le consommateur par une bonne information, un bon conseil, par l’assimilation de la pratique commerciale et les dispositions légales des lois. Le deuxième axe concerne la défense du consommateur proprement dite. Il se caractérise par le règlement des litiges et la défense des droits économiques du consommateur. Pour matérialiser ce droit sur le terrain, nous avons mis en place des « guichets consommateurs ». Les guichets consommateur sont un outil de proximité de l’association auprès du consommateur. Ils permettent de conseiller, d’orienter et essaient de régler les litiges des consommateurs. Nous préconisons en premier lieu l’entente à l’amiable avec le fournisseur. Si ces derniers sont coopérants, généralement les conflits sont réglés sans avoir à aller en justice.

– Quid de la Fondation Marocaine du Consumérisme (FMC) ?

Ouadi Madih : La Fondation Marocaine du Consumérisme, créée en 2010, est dédiée au soutien du mouvement consumériste en particulier et à la consommation en général. En 2013, la Fondation a mené plusieurs actions dans les villes d’El Jadida, d’Agadir, de Meknès et Oujda. Ce sont essentiellement des actions de sensibilisation au profit d’associations de consommateurs. Force est de reconnaître que les réalisations de la Fondation sont encore timides. Nous attendons beaucoup de cette fondation qui pourra venir en aide aux nouvelles associations de consommateurs qui ne sont pas encore imprégnées des réalités du terrain.

– Quel est le secteur où vous enregistrez le plus de plaintes des consommateurs ?

Ouadi Madih : Il faut savoir qu’il y a deux sortes de plaintes dont nous jugeons utile de parler. Le premier volet de plaintes concerne l’orientation, le conseil et l’information du consommateur. Il se trouve que les consommateurs ont parfois juste besoin de s’informer et de s’orienter ou d’être conseillés. Cette partie représente 50% des réclamations des consommateurs. Et c’est l’agroalimentaire qui monopolise le plus de plaintes. Aujourd’hui les gens essaient au maximum de s’informer afin de savoir ce qui se passe dans le secteur (tous les produits sont minutieusement contrôlés). Le deuxième volet concerne les réclamations sérieuses. Il s’agit des réclamations bancaires (crédits…), immobilières, e-commerce, etc. Nous traitons aussi des plaintes sur les assurances, les mutuelles, etc. Ce sont là les familles de réclamations que nous enregistrons.

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– Observe-t-on actuellement une tendance baissière ou haussière, en termes de plaintes ?

Ouadi Madih : Les réclamations sont en hausse. D’année en année nous recevons de plus en plus de plaintes de consommateurs. C’est un bon signe car le consommateur devient de plus en plus attentif, de plus en plus regardant et de plus en plus demandeur de l’application de la loi. Notre travail aujourd’hui est d’éveiller le consommateur afin qu’il soit toujours prêt à contrôler et à poser des questions avant de se procurer un produit ou de recevoir un service. Nous mettons actuellement en place une plateforme de réclamations dédiée au consommateur, en collaboration avec la Fédération Marocaine du e-commerce. Elle sera dotée de toutes les nouvelles technologies qui existent en matière de traitement de litiges.

– La situation du consommateur peut-elle avoir un impact sur l’économie ?

Ouadi Madih : L’économie est basée sur trois piliers. Le premier pilier c’est le consommateur. Le deuxième pilier c’est l’industriel. Et le troisième pilier c’est la surveillance du marché qui est assurée par le gouvernement, l’Etat. Ces trois piliers sont indissociables. Pourtant, au Maroc, nous constatons que le consommateur n’est pas suffisamment pris en compte par les deux autres piliers. Une situation désolante qui est marquée par une économie vacillante. Car si nous avons des consommateurs exigeants et écoutés, nous aurons de plus en plus de produits compétitifs et de qualité. L’illégalité et l’informel tendront à disparaître peu à peu. En 2012 nous avons eu 10 000 réclamations, en 2013 nous souhaitons avoir entre 12 000 et 13 000 réclamations,  en 2104 pas loin de 20 000 réclamations. Les réclamations sont notre baromètre. C’est à travers elles qu’on  saura si le consommateur est  actif et s’il est  capable de se prendre en main.

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