Arsalan_El_Jadidi

Par : Bahi Mohamed Ahmed

Sacré Mohamed Arsalane El Jadidi. Le doukkali militant et syndicaliste de la première heure au sein de l’UMT et président de la fédération des ouvriers des phosphates. Le grand orateur des années soixante, devenu ministre de l’Emploi et des affaires sociales dès l’aube des années 70, puis co-fondateur du RNI en 1977, avec Ahmed Osmane, est aussi le principal artisan de la rébellion qui a conduit à la scission de 1981, puis à la création du PND, le parti des «Arroubias» et du monde rural . Un parcours qui sort des sentiers battus.

On l’a d’abord connu en tant que syndicaliste et surtout en tant que représentant des ouvriers des phosphates au sein de l’Union Marocaine du Travail (UMT). Après un long parcours dans le syndicalisme actif, puis en tant que rédacteur au sein du journal «Attaliâ», l’organe officiel de l’UMT, Mohamed Arsalane El Jadidi entre pour la première fois au Parlement en 1970.

Le représentant des «Arroubias»

Une année plus tard, et suite au coup d’Etat avorté de Skhirat, le Maroc connaît de profonds changements politiques. Alors que les ministres étaient en grande partie issus des familles bourgeoises et aristocratiques des grandes villes, Fès et Meknès, Rabat et Salé, Tanger, Tétouan et Marrakech, Mohamed Arsalane El Jadidi est l’un des premiers «Arroubis» à siéger au sein du gouvernement. Ce «doukkali» originaire de la balançoire d’El Jadida et qui a vécu longtemps à Khouribga est ainsi nommé ministre de l’Emploi, des affaires sociales et de la Jeunesse et des sports dans le gouvernement dirigé, alors, par Mohamed Karim El Amrani.

Quelques années plus tard, il sera épaulé par un secrétaire d’Etat spécialement de la Jeunesse et des sports, feu Mohamed Mounir Doukkali, lui aussi originaire d’El Jadida et petit fils du célèbre Cheikh Chouaib Doukkali, mort dans un accident d’avion en Italie.

J’ai fait la connaissance de feu Mohamed Arsalane El Jadidi dès qu’il a été nommé à la tête de ce grand département de l’Emploi et des affaires sociales. L’agitateur politico-syndical devient alors défenseur du patronat et des grandes firmes publiques et privées.

Tout au long des années 70, j’ai pu attester que contrairement aux allégations de ses nombreux détracteurs, il était d’abord un homme d’action, un pragmatique qui se souciait peu des règles du protocole. Il est ainsi resté égal à lui même, attaché à la classe ouvrière, négociant sans relâche, personnellement et directement, avec ses amis syndicalistes. Un ministre omniprésent, du social à la jeunesse et les sports et même président de la Fédération Royale Marocaine de Football.

«L’université de la vie»

Certes, il n’est pas lauréat d’une grande école. Il affirmait volontiers, cependant, qu’il était issu de «l’université de la vie». Un authentique autodidacte qui a appris très tôt à militer et à lutter pour la dignité, pour la liberté et le bien-être des couches sociales les plus défavorisées. Sa modestie et son populisme forçaient le respect des gens qui l’avaient connu. Au syndicat, au Parlement et même au ministère. Il était un constant partisan du dialogue. Il négociait sans relâche et tentait à chaque fois de trouver des compromis dynamiques à tous les dossiers complexes qu’il était censé traiter.

En 1977, on retrouve l’ancien syndicaliste de l’UMT parmi les co-fondateurs du Rassemblement National des Indépendants (RNI), le nouveau parti politique qui venait de naître sous la présidence de l’ancien Premier ministre, Ahmed Osmane. Il était membre du comité exécutif (Bureau politique) du parti où il tenait avant tout à défendre la cause des «Arroubias» face à l’hégémonie des grandes familles bourgeoises et aristocratiques. Cinq années plus tard, plus précisément en 1981, on retrouve Mohamed Arsalane El Jadidi conduisant une insurrection contre la dictature du président Osmane. Il sera suivi par toute une légion de ténors du RNI, représentant généralement le monde rural et le Sahara, notamment Abdallah Kadiri (Berrechid), Mohamed Jalal Essaid (Oued Zem), Abdelkader Benslimane (Rommani), Khelli Henna Ould Rachid (Sahara), sans oublier le Moussa Saâdi et le professeur Ahmed Belhadj, Mohamed Tahiri ou encore Abdelhamid El Fassi. Il sera élu secrétaire général du nouveau parti qu’il venait de fonder : le Parti National Démocrate (PND). Toute la doctrine de ce nouveau parti sera axée sur la promotion du monde rural et sur l’urgence d’une authentique régionalisation. Il militait sincèrement pour un meilleur équilibre entre rural et urbain. Arsalane El Jadid sera en première ligne dans la lutte pour les grandes questions nationales. Pour la récupération des provinces sahariennes du colonialisme espagnol, pour Sebta et Mellilia.

L’homme de personne

On disait qu’il était l’homme du Général Dlimi, d’autres affirmeront qu’il était soutenu par le conseiller de feu Hassan II, Ahmed Réda Guédira ou encore le super ministre d’Etat à l’Intérieur Driss Basri. En réalité, il n’était l’homme de personne. Même le parti, le PND, qu’il allait fonder était contre la volonté d’Ahmed Osmane et des maîtres du pouvoir de l’époque, il affirmait haut et fort que c’était de sa propre initiative et que le pouvoir ne pouvait lui dicter de provoquer une scission au sein du parti disposant de la majorité absolue au sein du Parlement. Il affirmait qu’il n’était «l’homme de personne», mais seulement de lui même. Le général Dlimi, le Conseiller Réda Guédira sont décédés, Driss Basri était évincé, mais le PND va rester. C’est lui qui décida de léguer le parti à son compagnon de route, le représentant des Oulad Harriz, Abdallah Kadiri. A El Jadida, il se présenta aux élections législatives contre l’un des hauts dignitaires de la capitale des Doukkalas, le docteur Abdelkrim El Khatib, et éliminant l’ancien leader du Mouvement Populaire Démocratique et Constitutionnel, aujourd’hui président d’honneur du Parti islamiste de la Justice et du Développement (PJD). Il disait qu’Abdelkrim El Khatib, comme naguère Ahmed Osmane ou encore Driss Basri, n’étaient pas inamovibles. Qu’ils n’étaient pas des personnages sacrés. Egal à lui même, Mohamed Arsalane el Jadidi affirmait que «le pluralisme politique était nécessaire. Qu’il signifiait, avant tout, le changement et la diversité, le dynamisme et la vivacité, mais que le pluralisme syndical était dangereux. Il signifiait tout simplement la dispersion et l’affaiblissement de la classe ouvrière.» .

Traduit de l’arabe par Omar El Anouari

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