Érigée au tout début du XVIe siècle, la cité portugaise d’El Jadida se raconte encore aujourd’hui à travers ses vestiges et ses remparts d’un passé lointain. La citadelle restera européenne jusqu’au départ des Portugais en 1769.

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La ville portugaise de Mazagan est un exemple exceptionnel de l’échange d’influences entre les cultures européennes et la culture marocaine, et l’un des tout premiers peuplements des explorateurs portugais en Afrique de l’Ouest, sur la route de l’Inde. Ces influences se reflètent clairement dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme de la ville ». Cet extrait est celui de l’argumentaire de l’UNESCO qui date de l’année 2004. Il énumère des éléments qui ont fait que Mazagan a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial. Il reprend aussi la synthèse des trois siècles de vie portugaise de Mazagan. Pour trouver l’origine des premières pierres de Mazagan, il faut donc remonter au début des années 1500. À ce propos, l’ouvrage de Romeo Carabelli, intitulé L’héritage portugais au Maroc. Un patrimoine d’actualité, précise le rapport entre l’évolution des villes occupées par le Portugal et les différentes périodes d’intervention des occupants : « La première, de 1415 à 1541, vise à instaurer un contrôle territorial par le biais de deux protectorats, un dans la péninsule tingitane et l’autre, plus au sud et dont le noyau sera la ville de Safi. Au cours de la seconde, de 1542 à 1769, le périmètre d’action se réduit et finit par se limiter aux dépendances directes des remparts d’El Jadida ».
Désenclaver Oum Rabiî
Il existe bien un Mazagan depuis 1514, comme le cite le livre de Christian Feucher, Mazagan (1514 – 1956). Mais l’année 1542 reste une des plus marquantes. Elle représente un tournant dans la vie de la citadelle. C’est à ce moment-là qu’elle s’est dotée d’une muraille tout autour pour se protéger. Jusqu’à aujourd’hui, cet espace intra-muros est appelé « Mazagan », afin de différencier l’espace de la cité autrefois portugaise du reste d’El Jadida, en mutation continue.
La mutation, Mazagan l’a bien connue durant ses siècles d’occupation portugaise. La description de Christian Feucher plante le décor dans ce sens. Les Portugais ont alors les yeux rivés sur Azemmour, prise en 1513. Pendant ce temps, la cité portugaise de Mazagan n’est encore qu’« un épi de rochers plats, long de cinq kilomètres, qui émerge, à marée basse, à proximité du rivage et n’atteint, au plus loin, qu’une profondeur de cinq à dix mètres par rapport aux plus basses eaux (…) ». Pourtant, des navigateurs portugais comme Duarte Pacheco Pereira (1460-1533) y voient déjà un « récif à l’abri duquel vont les caravelles ». En d’autres termes, Christian Feucher cite Duarte Pacheco Pereira, pour qui la future citadelle constituerait « un bon port pour les grands navires ».
Le navigateur devient de plus en plus convaincu de la nécessité de mettre en place une forteresse à Mazagan, afin de désenclaver Oued Oum Rabiî. L’accès à la rivière à partir d’Azemmour s’avère effectivement difficile pour les bateaux, voire quasi-impossible. De son côté, le roi Dom Manuel Ier de Portugal (1495 – 1521) tend l’oreille à ses combattants. C’est ainsi qu’en 1514, il retient le projet du duc de Bragance. Il fait appel aux frères architectes Francisco et Diego d’Arruda pour travailler dessus : le chantier de Mazagan commence la même année. Il est grandiose et continuera à évoluer au fil des ans. Sur le terrain, l’ingénieur militaire du royaume portugais, Miguel de Arruda, se charge de superviser les travaux.
La cité est née
Le projet de la forteresse à Mazagan inclut plusieurs tours de contrôle. Il prévoit même une grande citerne, encore présente à ce jour et fortement visitée. Avant de constituer un lieu de tournage de films internationaux après l’indépendance du Maroc, celle-ci aurait servi de cache d’armes aux soldats portugais. Christian Feucher rappelle également qu’elle a servi à protéger les réserves d’eau des habitants en intra-muros. Composée de six salles, elle fait partie du château fort qui a été érigé dès 1514.
Au centre de la grande citerne qui dépasse les 300m², un large puits stocke l’eau et reflète la lumière du soleil à partir de l’ouverture au dessus. Le plafond se distingue par un travail sur pierre voûtée, terminant sur des arcs dont les extrémités reposent sur de gros piliers. On reconnait ici les principes de construction des grandes bâtisses européennes à la période de la Renaissance (XIIIe-XIVe siècle). Cette période a connu l’apogée de la colonisation portugaise sur les côtes marocaines. L’armée ibérique s’est approprié les points les plus stratégiques le long de l’Atlantique, jusqu’aux portes du Sahara. Elle s’est arrêtée au niveau de Santa Cruz de la Mar Pequeña (Sidi Ifni). Romeo Crabelli, lui, précise l’ampleur du renforcement de l’armée portugaise au Maroc avec des faits : « L’année 1515 connut la plus forte expansion : les capitaines alliés de Safi, Azemmour et Mazagan arrivèrent même à attaquer la ville de Marrakech ; ils l’assiégèrent, mais n’arrivèrent ni à la conquérir ni, comme ils en avaient probablement l’intention, à la saccager ».
À cette époque-là, les habitants sont de plus en plus nombreux à s’installer à Mazagan. La citadelle s’élargit de plus en plus et se dote de différents espaces qui font partie de la vie courante des Portugais. Ainsi, l’église de l’Assomption est érigée dans un style mêlant architecture gothique tardive et aspects manuélins. Les Ibériques venus de Lisbonne et du reste des régions portugaises posent pied à Mazagan et installent leurs activités, liées surtout au port de la cité. Mais en 1541, l’étau commence à se resserrer sur l’empire portugais. Avec les Saâdiens, le Portugal perd le contrôle des côtes d’Agadir, d’Essaouira, de Safi et même d’Azemmour. Mazagan n’est donc plus loin du danger. D’où la mise en place d’une muraille fortifiée et de remparts pour mieux protéger l’enceinte d’un espace encore stratégique. À partir de 1542, les Portugais n’ont plus d’autre choix que de se retrancher à Mazagan.
La chute
Finalement, même après trois siècles d’hégémonie d’un pouvoir aussi puissant que l’a été l’empire portugais, celui-ci s’avérera faillible. Dans ce sens, Romeo Crabelli relate comment l’armée portugaise a du faire marche arrière, face aux assauts répétitifs des Saâdiens : « La nouvelle fortification subit un très violent siège en 1562 et de nombreux assauts tout au long de la présence lusitanienne en territoire marocain ».
Les Saâdiens entreprennent des offensives de plus en plus destructrices pour l’armée portugaise. Même les enclaves maritimes du Nord, comme Asilah, Tanger et Ksar Sghir, échappent au contrôle des Portugais. Mazagan devient ainsi un des derniers bastions portugais au Maroc et en Afrique du Nord. En 1769, le Portugal cède au long siège du sultan alaouite Mohammed Ben Abdellah sur Mazagan.

Par Ghita Zine

« Malheureusement, les autorités locales à El Jadida n’ont pas trouvé mieux que de domicilier les marchands ambulants directement au pieds des remparts de la Cité portuaise, en creusant même dans la zone non edificanti, alors que la citadelle portugaise a bénéficié du statut de Patrimoine Universel de l’Humanité octroyé par l’Unesco et qu’en vertu de ce statut auquel les élus ont adhéré par leur propre volonté, il est formellement interdit de le faire, puisqu’une convention librement contractée à été signée en bonne et du forme.

jdi.cité.port.gLes élus, de par leurs fonctions ont accouru dans le temps pour se vanter d’avoir obtenu ce statut pour la citadelle, pour notre pays et pour la préservation d’un patrimoine qui se trouve bafoué aujourd’hui et qui revêt un caractère émotionnel très marqué pour la population locale et de la région, particulièrement Laâbabda, Oulad Bouaâziz, Oulad Fraj et autres tribus valeureuses des Doukkala, du fait que Mazagan a été libérée par le Grand Sultan Al Moujahid Sidi Mohammed Ben Abdallah que Dieu Ait Son Âme auquel, toutes ces populations et la ville sont très attachés.

Pourquoi ce choix de lieu pour fixer les marchands ambulants sur un espace où il n’est pas autorisé de construire en vertu de l’accord signé avec l’Unesco et à proximité immédiate d’un cimetière qui fait partie intégrante de l’histoire et de la mémoire de la ville.

Quelle tristesse, quel gâchis et quelle improvisation pour un Conseil de la ville et une Région qui commence déjà mal son action, au moment où des associations de la société civile et l’opinion locale de manière générale attendent la publication de l’étude sur le patrimoine matériel et immatériel ordonnée par Sa Majesté. »…Par: M. Najib K

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