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Par: Abdellah Hanbali

« Le chant de l’aimance » est le nouveau recueil de poèmes de Maria Zaki, préfacé par Hassan Wahbi, qui vient de paraitre chez L’Harmattan.

Quelle est la place du concept de l’aimance dans votre poésie ?

J’ai adhéré au concept de l’aimance, comme à un legs précieux de mon mentor Abdelkébir Khatibi ; un don et une trace à la fois. L’aimance, telle qu’il l’a définie et développée, ne m’a jamais semblé abstraite mais il m’a fallu des années pour la comprendre de l’intérieur. Il m’importe donc de citer, en premier lieu, un extrait de son livre « Poésie de l’Aimance » : « J’appelle aimance cette autre langue d’amour qui affirme une affinité plus active entre les êtres, qui puisse donner forme à leur désir et à leur affection mutuelle, en son inachèvement même. Je pense qu’une telle affinité peut libérer entre les aimants un certain espace inhibé de leur jouissance. En cela, elle réclame le droit à l’art et à la pensée dans l’univers si complexe et si paradoxal des sentiments. C’est donc un art de vie, telle qu’elle est et telle qu’elle advient… »

L’aimance rejoint ma propre sensibilité et à mon avis, il n’y a rien de mieux que le langage poétique pour la dépeindre avec son lot d’alchimie et ses nuances étonnantes. Je considère l’aimance comme une langue singulière, une notion inventive et une démarche exigeante ayant pour but de guider les personnes dans le jeu complexe et délicat des attirances humaines, sans renier leur altérité. Dans le mot « aimance », il y a la notion d’alliance mais aussi celles de la mouvance et du renouvellement qui permettent de transformer l’amitié ou l’amour en un art de vivre la rencontre.

J’aimerais également citer un passage de la préface du présent recueil « Le chant de l’aimance » par Hassan Wahbi, le professeur émérite, et également poète, dont vous connaissez le travail d’étude remarquable réalisé sur l’œuvre d’Abdelkébir Khatibi :« L’aimance, faut-il le dire, n’est pas un vain mot qui lustre et illustre le langage ou un faux-fuyant pour masquer l’impasse de l’altérité amoureuse ; il est véritablement le nom d’un pacte d’exigence impérieuse quant à la qualité de la relation au monde. C’est un pacte renaissant dans les mots mêmes qui le font advenir à travers les divers moments et éléments de la nature, de ce qui nous entoure, de ce qui nous arrive. L’enjeu, on le devine, n’est pas seulement pour Maria Zaki de traduire les formes de l’aimance, ses faits et ses effets, mais de révéler le mouvement de vie qui lui est rattaché. »

Qu’apporte la notion de l’aimance de plus que l’amour ou l’amitié ?zaki 1

Depuis toujours, l’être humain cherche à aimer et à être aimé pour combler un manque qu’il ressent au fond de son être. C’est ce qu’il voudrait que l’amour ou l’amitié lui apportent.

L’amitié repose normalement sur un choix et les amis sont censés rester séparés. Ces deux critères, la distinguant d’une relation d’amour, la rendent sensiblement moins compliquée mais le risque de faire du mal à l’Autre de manière involontaire subsiste et aucune amitié n’est complètement assurée contre un conflit ou même une rupture. Dans l’aimance, on ne se repose pas sur ses acquis, on continue à prendre soin de la relation d’amitié et à se remettre en question car l’aimance se réalise dans la dynamique et le renouvellement.

Quant à l’amour, les préjugés que nous en avons comme le désir fou, la perte de contrôle, la souffrance et l’aveuglement, pourraient être dépassés, ou du moins atténués, par l’aimance, car celle-ci repose sur l’affection sans confusion, l’écoute de l’Autre, la sollicitude en gardant une distance appropriée et la loyauté, tout en respectant la singularité et la différence de l’Autre.

Pour conclure, pourriez-vous nous résumer les bénéfices de l’aimance ?

L’aimance permet de transformer l’attraction affective, le désir et la charge passionnelle que « le fait amoureux » engendre, en un champ matériel, ou immatériel, où l’on libère sa force créative, sachant que « le manque à être » ne peut être comblé que par le passage vers le champ de l’art et de la navigation symbolique. Dès lors, on s’inscrit dans la volonté de penser la rencontre afin de supporter l’écart entre le désirant et l’objet de son désir. Cet écart étant de toute façon inéluctable, il vaut mieux l’apprivoiser que chercher à le supprimer.

 

Ces derniers mots de Maria Zaki m’ont fait penser à quelques vers de l’un de ses beaux poèmes qui se trouvent sur Youtube :

Tu me demandes :

Que veux-tu ?

Je réponds :

Vivifier ton aimance

Au cœur de mes poèmes

Pour consoler

Sans les guérir

Les roses de sable

Qui errent dans mes veines. 

 

A la fin de cet entretien, Maria Zaki m’a confié qu’elle venait de finir un nouveau roman intitulé « La funambule » qui paraîtra prochainement chez Le Scribe-l’Harmattan à Paris. Elle ne m’en a pas dit plus, pour ne pas dévoiler la trame de cette nouvelle fiction.

 

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