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Par : Ismail Harakate

Comment analyser objectivement les dysfonctionnements qui rongent la société marocaine sans passer pour un esprit ultralibéral et insensible aux maux du petit peuple?

C’est d’un véritable dilemme qu’il s’agit. Et pourtant, à une époque où les exclus de l’Ère Nouvelle se comptent par millions, il urge d’aborder les sujets qui fâchent pour trouver les solutions appropriées dans le cadre d’un plan d’action global intégré.

Le fait qu’il y ait au Maroc des dizaines de milliers de gardiens de voitures, de marchands ambulants, de cireurs, de chauffeurs, de porteurs de bagages, de vendeurs de cigarettes au détail, de petites bonnes et même de chaouchs dans notre administration avec pour seule mission de vous préparer un café et de porter un dossier d’un bureau à un autre est tout simplement l’illustration de la faillite du système.

Au fil des années, ces laissés pour compte de l’évolution significative que connait le Maroc et qui se traduit par la mise en place de plusieurs chantiers d’envergure sont devenus un très sérieux problème qui peut dégénérer à tout moment face à l’incapacité des autorités à y faire face.

Pire encore, certains partis politiques font de la misère humaine un véritable fonds de commerce électoraliste à l’instar du leader moustachu d’un parti nationaliste qui a fait des gardiens de voitures notamment un cheval de bataille et un argument « dissuasif » utilisé contre ses adversaires.

D’autres ont pris le parti des marchands ambulants à qui on a fait comprendre qu’ils ont des « droits », quitte à squatter la chaussée et à faire de la concurrence déloyale aux commerçants qui payent leurs impôts et qui sont tondus à sec par le fisc.

Quant à certaines ONG, à force de défendre les droits des bonnes, elles finissent tout simplement par sombrer dans la généralisation en véhiculant l’image selon laquelle une bonne a raison par principe même si elle est reconnue coupable de vol.

Et que dire de l’approche marocaine vis-à-vis de l’immigration clandestine et qui nage tout simplement à contre-courant d’une tendance internationale voulant que l’on donne un tour de vis à cette question plutôt que de stimuler l’effet d’entrainement?

La politique de l’autruche

Evidemment, ce discours est politiquement suicidaire même s’il est d’une implacable évidence. Faute de pouvoir apporter les solutions appropriées, on finit par se rabattre sur une approche humanitariste opportuniste qui revient à mettre en veille les maux de la société au lieu de couper le mal à la racine. Or, au fil des années, le phénomène de la pauvreté au Maroc a pris des proportions telles qu’il apparaît évident aujourd’hui que l’État n’a pas les moyens d’y faire face dans le cadre d’un plan d’action concerté. Sauf que le Printemps arabe est passé par là et la colère – très légitime- est un monstre qui sommeille. Le coût de la vie, sans être une particularité marocaine est devenu insupportable et tant et aussi longtemps que notre pays n’aura pas accédé à son autonomie énergétique, on continuera à déshabiller H’mad pour habiller Mohammad, léguant ainsi aux gouvernements suivants un très lourd fardeau fiscal. C’est ça la fuite en avant!

Aucun parti politique n’aura le courage d’admettre que son soutien de façade aux couches sociales défavorisées n’apporte pas de solutions à long terme et ne fait qu’empirer la situation. Et c’est là où réside tout le problème. C’est un peu comme si la période sombre de la mise en place des programmes d’ajustement structurel au cours des années 1980 et 1990 ne nous avait servi à rien. Nous avons certes agi en bons élèves du FMI en privatisant tout ce qui était « humainement » possible de privatiser à travers la mise en place d’un département ministériel à cet effet, en « allégeant » notre administration y inclus dans des secteurs aussi cruciaux que la Santé et l’Éducation nationale, mais force est de constater que ça n’a pas servi à grand-chose. Il y a toujours des milliers et des milliers de fonctionnaires dont on se demande en quoi consiste au juste leur mission, alors qu’une formation adéquate aurait pu en faire une valeur ajoutée au profit de notre administration.

Quant à la privatisation, synonyme de débarquement massif des compagnies étrangères sous couvert d’amélioration des services, on se demande ce qu’elles nous ont apporté de concret hormis des factures salées et indéchiffrables.

Une approche qui se veut sociale peut apporter quelques solutions à brève échéance mais ça ne fait pas un programme. Ce dont les Marocains ont besoin ces temps ci, c’est d’un plan d’action d’envergure nationale qui inscrirait l’emploi au cœur des priorités. Et parallèlement à l’emploi, il y a la lutte contre l’illettrisme et la formation. Tel est le passage obligé pour retrouver le chemin de la dignité. Certes le Maroc évolue et les chantiers fleurissent, ce qui ne peut que nous réjouir, mais dans bien des cas, les maîtres d’œuvre desdits chantiers éprouvent des difficultés considérables à mettre la main sur la bonne personne faute de qualification. C’est dire l’ampleur de la tâche qui nous attend.

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