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 R’himou en compagnie de feu Allal Al Fassi

Par : Abdellah HANBALI

Lorsque Ellabbouê convola en justes noces avec la belle R’himou, il n’avait pas flashé que sur sa beauté, son élégance, sa façon d’être et de s’exprimer mais, parcequ’en plus de ces qualités, R’himou et lui partageaient une grande passion : la photographie.

A cette époque, le monde fêtait la fin de la seconde guerre mondiale et des milliers d’espagnols ayant fui, quelques années auparavant une Europe en guerre, avaient choisi de  vivre au Maroc.

Parmi eux,  un certain Garcia Cortes, photographe professionnel. Très vite, ce dernier remarqua  la grande passion du couple  pour la photo et décida de  le prendre sous son aile et l’aider à  peaufiner son talent.

Nous étions à la fin des années quarante, une époque où la femme  sortait rarement. Quant à se mêler à l’homme, cela relevait presque de l’irréel !

Aux plages, aux écoles, aux fêtes… chaque sexe avait son périmètre et/ou ses propres horaires.

R’himou était l’une des rares femmes émancipées qui travaillaient dehors (auprès de son mari, bien sûr et avec sa bénédiction). Elle était la première et la seule femme-photographe dans tout le Royaume à s’adonner à ce métier. Une aubaine pour les femmes de sa région (Tétouan), qui virent en elle la personne adéquate et habilitée à pénétrer leurs foyers et à immortaliser la célébration de leurs diverses fêtes : mariages, baptêmes, circoncisions….Un pas que ne tardèrent guère à franchir quelques  familles aristocrates de la région et à leur tête la famille Bennouna.

Bien que  continuant à travailler dans l’ombre de son mari, la réputation de R’himou se propagea, comme un feu de paille, si bien que la province de Tétouan fit  appel à ses services pour la couverture de tous ses événements officiels.

Elle côtoya  les gouverneurs : El Yaâkoubi Ben Amar, Ayachi, El Amrani, Tiamani, Lakhtib…Ce fut là, le début de sa  propulsion aux sommets de la gloire.

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R’himou à droite, en compagnie de feu Hassan II

– Elle a ainsi  assuré la couverture de la visite du Ministre de l’Intérieur, à l’époque, Bekkay Ben M’barek Lahbil au barrage Bin Al Widane dans la région de Ksar El Kébir. Par ailleurs,  le 9 avril 1956 lors de la visite historique du père de la nation, feu SM le Roi Mohammed V à Tétouan, une visite restée gravée dans la mémoire des Marocains, R’himou était encore fidèle au rendez-vous.

Ses albums photos ont été offerts aussi bien à feu Mohammed V, qu’à Feu Hassan II, lors de leurs visites officielles au nord du pays.

Aujourd’hui, R’himou regrette  de ne plus posséder la force nécessaire, pour en faire de même avec SM Mohamed VI, qu’elle est, tout de même, parvenue à photographier en tant que Prince Héritier,  lors de sa  visite à Tétouan le 22 septembre 1967.

Mais l’Hajja n’était pas que la photographe attitrée des hautes sphères, elle savait aussi être militante. Elle passa plusieurs mois à sillonner de long en large, les montagnes de  Jbala en Jeep, photographiant  femmes et hommes pour le besoin des cartes d’identité. Une opération  qui permettait le recensement des villageois et  leur facilite  l’accès aux diverses aides de l’Etat.

Une campagne couronnée de succès, grâce en grande partie à R’himou, puisqu’à travers sa présence, plusieurs femmes qui n’auraient jamais osé montrer leur visage à un homme, le firent volontiers devant l’appareil d’une femme.

Lors du tremblement de terre d’Agadir, R’himou faisait aussi partie de l’équipe envoyée sur place, pour la couverture du triste événement.

Mais aujourd’hui, cette femme d’exception, qui a contribué, à sa manière, à l’émancipation de la femme marocaine, avoisine  les 84 ans.

A cette pionnière, à cette photographe d’un temps, où une simple photo, était  en soi une œuvre d’Art, à cette femme qui concurrença, avec  succès les hommes, dans un milieu que ces derniers ont taillé pourtant, à leur juste mesure ; à cette tétouanaise pur jus, tout hommage  émanant d’une  ONG, un organisme de l’Etat ou de la province de Tétouan, mettra du baume au cœur de R’himou.

Un hommage qui ne manquera pas de faire   connaitre  son histoire auprès des générations montantes, maintenant qu’elle est au crépuscule de sa vie.

 

 

 

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