L’histoire de l’assassinat de la première pilote, femme marocaine, arabe …

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Touria Chaoui en compagnie du prince Hassan II

Par: Latif Jarir

Le 1er mars 1956, la veille du jour de la signature de l’acte d’indépendance du Maroc, Touria Chaoui est assassinée. Aujourd’hui encore, le mobile de ce crime n’est pas déterminé.

Est-ce un crime passionnel ?

Est-ce un crime politique, en raison de son engagement personnel dans la vie de son pays en cette phase tellement délicate ?

Mais, Touria Chaoui était aussi une jeune femme instruite, cultivée, émancipée. Une autre hypothèse, peut-être, n’est pas à écarter : est-ce cette image qui annonce la femme marocaine de la deuxième moitié du XXe siècle, qu’on a voulu assassiner?

T ouria Chaoui est la pionnière du ciel marocain. Le 1er mars, la veille de l’indépendance du Maroc, vers 18 heures 20, la jeune femme, qui venait de fêter son dix-neuvième anniversaire au mois de décembre précédent, est abattue, devant le domicile de ses parents, rue de Bergerac, à Casablanca, et sous les yeux de son frère âgé de 11 ans, d’une balle tirée à bout portant dans la tête.

La mort de la jeune femme suscita une émotion considérable à Casablanca où elle résidait. Une foule de plusieurs milliers de Marocains accompagnera sa dépouille lors de son inhumation.

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Elle revenait de l’Association Lalla Amina pour les œuvres sociales, récemment créée, où elle avait passé l’après-midi, et elle comptait, après avoir déposé son jeune frère, se rendre dans sa voiture au club de l’aviation.

Quels peuvent bien avoir été les motifs de ce crime ?

Aujourd’hui encore, l’on se perd en conjectures.

Une enfant passionnée

Touria Chaoui est née en 1936, à Fès. Son père, Abdelouahed Chaoui, est un homme de théâtre. Elle jouera, à l’âge de dix ans un petit rôle (Maria Casarès enfant) dans le film du cinéaste français André Zwobada, la Septième Porte, dans lequel son père donnait la réplique à André Maréchal.

Son père lui fait prendre des cours de grammaire, d’histoire et de rédaction à domicile. En 1944, elle s’inscrit à l’école an-Najah, tenue par les nationalistes. Elle obtient son Certificat d’études primaires en 1946. Elle commence alors des cours de sténographie arabe, et va même, en 1949, pour six mois se perfectionner à Tunis. Elle en revient au mois d’août.

La pionnière du ciel

Elle est engagée, à Casablanca, comme secrétaire à l’Agence marocaine d’information et de publicité. Au cours du mois de novembre suivant, à l’occasion de la Fête du Trône, l’Agence organise un concours littéraire. Elle y participe à la condition, au cas où elle serait primée, que son père l’inscrive à l’école de formation des pilotes les Ailes Chérifiennes, de Tit Mellil. Son père tiendra parole, en dépit des frais d’inscription élevés. Elle obtient alors son brevet de capacité, puis, ensuite, sa licence de pilote.

Elle fut donc, la première femme pilote marocaine, arabe, musulmane, et pas seulement, puisqu’elle fut aussi la 3ème   femme pilote au monde.

Touria Chaoui va devenir célèbre, sa photo est dans tous les journaux.

Après le retour d’exil de Sidi Mohamed ben Youssef, en novembre 1955, la jeune aviatrice survole le quartier des Touarga et lâche des tracts de bienvenue de son avion monoplace. « C’était non seulement un acte courageux, mais aussi d’une grande valeur symbolique, explique Abdellatif Jebrou. Pour des Marocains très croyants, voir des tracts tomber du ciel marque forcément les esprits ». Le Sultan l’invite, en compagnie de son père, au palais royal. Il la reçoit en présence des princesses Lalla Aïcha et Lalla Malika.

Quels étaient les mobiles des assassins ? Qui étaient-ils ? Le nom qui revient est celui d’Ahmed Touil, considéré comme résistant et sur le compte duquel on a mis, à tort ou à raison, un grand nombre d’assassinats de cette si sensible période de notre histoire. Lui-même sera abattu quelques mois plus tard par une main mystérieuse. Il a été le chauffeur de « Charjane », un instructeur qui entraînait les résistants au maniement des armes.

On impute également à Ahmed Touil l’enlèvement de la première sage-femme marocaine, très populaire auprès du public, Fatéma Thami. Cet enlèvement aurait été commis par erreur, car c’est Touria Chaoui qui était visée. Lorsqu’ils se rendent compte de leur méprise, les ravisseurs décident de garder la jeune sage-femme. Ils la relâcheront après le 2 mars.

L’une des thèses avancées, c’est que, amoureux de la jeune Touria Chaoui, il aurait été offusqué qu’elle repousse ses avances. Dans son ouvrage sur Aix-les Bains, Jebrou écrit que certains résistants estimaient, alors, que les filles des familles fortunées devaient leur être présentées sur un plateau d’argent. Mais, la vérité n’a jamais été établie, ou, du moins, publiée.

Le Petit Marocain raconte : « L’assassin et un complice, après avoir perpétré leur forfait, prennent la fuite, tirant un deuxième coup de feu pour stopper les passants qui voulaient les prendre en chasse. Ils se perdirent dans les rues de la médina proche ».

Quelques jours plus tard, les journaux ont annoncé que des suspects avaient été arrêtés en relation avec cet assassinat et qu’ils étaient interrogés au siège de la province. Information démentie, peu après.

Foxtrot Aviation, entreprise française spécialisée dans la formation au pilotage et les vols publicitaires, a, en 2007, annoncé son intention de donner à l’une de ses escadrilles le nom de Touria Chaoui.

Mais à quand le nom de Touria Touil sera-t-il donné à l’aéroport de Fès ?

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