Lettre ouverte au président Macron…

Par Mohammed CHRAIBI

Monsieur le président de la République

Je me permets de m’adresser à vous pour une affaire qui pourrait paraître triviale, encouragé en cela par le président Sarkozy qui avait pris la peine de  répondre, via son directeur de cabinet, à une lettre dont l’objet s’apparente à celui de la présente qui traite des obstacles dressés par vos consulats au Maroc et leurs sous traitants pour décourager les démarchées d’obtention d’un visa court séjour.

Mais permettez-moi tout d’abord de me présenter brièvement. Je suis marocain, octogénaire  ayant étudié 15 ans,  depuis le CEP jusqu’a l’obtention du titre d’ingénieur,  dans des établissements français dont 5 à Paris à l’Institut Agronomique et à l’Ecole  du Génie Rural, des Eaux et Forêts.

Depuis mon retour au Maroc en 1969, je me suis rendu en France à plusieurs reprises d’abord sans visa d’entrée ensuite avec un visa dont l’obtention ne nécessitait que des formalités tellement simples que j’en étais arrivé à considérer ledit visa comme un droit. Cette erreur d’appréciation est à l’origine de l’incident (je m’abstiens de le décrire de crainte d’abuser de votre patience) qui m’avait conduit à écrire au président Sarkozy et à M. Hollande alors président du groupe socialiste à l’Assemblée, lesquels avaient  pris la peine de me répondre et d’intercéder en ma faveur. Bien que cela ne servit à rien, leurs réponses m’honorèrent et je les ai gardées longtemps  comme de précieux témoignages d’une époque au jourd’hui révolue. Celle d’une France accueillante et surtout respectueuse des ressortissants étrangers.

J’en arrive à l’objet précis de cette lettre.

Comme je l’ai dit, le visa, sans être un droit, n’était, au départ et pendant plusieurs années,  qu’une simple  démarche administrative auprès de vos consulats, qui se soldait toujours, du moins pour moi et ceux de mon entourage, par l’attribution du permis d’entrer en France valable pour une durée graduellement allongée. Le dernier me fut accordé en 2017 pour 4 ans. Les droits acquittés au régisseur du consulat s’élevaient alors à 60€. Les choses ont commencé à se compliquer avec l’introduction de deux intermédiaires de droit privé entre le requérant et le consulat: un organisme  chargé  de recevoir les demandes (TLS) et une banque pour l’acquittement des droits. Donc trois intervenants en trois emplacements différents pour un acte auparavant effectué en un seul lieu auprès d’un seul guichet. En même temps, le coût de l’opération a été porté à 110 € (Je souligne ce détail en cette période où tout en vous inquiétant  de l’impact sur vos concitoyens d’une inflation de 5% vous nous  imposez une augmentation du coût du seul service que nous attendons de vous, de prés de 100%).  C’est désagréable mais tout à fait supportable pour une personne habituée aux décisions arbitraires de l’administration de son pays. Mais là où le supportable a cessé de l’être c’est depuis que votre gouvernement a décidé de réduire de moitié le nombre de visas accordés aux marocains. N’ayant pas compétence à juger de la légitimité de cette sanction, permettez moi seulement d’attirer votre attention sur la façon dont elle est mise en œuvre qui consiste à transformer une procédure compliquée en parcours de combattant ubuesque que je vais tenter de décrire le plus succinctement possible ci après.

La demande de visa se déroule en plusieurs étapes et sous étapes:

Étape 1: connexion, via internet, au site de TLS pour demander un rendez vous. Quand on y arrive (pas toujours) on est requis « d’ouvrir un compte » (pour demander rendez vous!).

Etape 2: Connexion  au site dédié aux demandes de visa pour remplir le formulaire ad hoc.  Quand on y arrive (très difficile) on est requis « d’ouvrir un compte ». Encore un. Qui eût pu être utile s’il permettait de dispenser de cette formalité pour demander le visa pour  un conjoint ou des enfants. Absolument pas. A chaque demande on est requis d’ouvrir un nouveau compte. Un autre parcours du combattant semé d’embuches par une main invisible et malveillante.

Etape 3: Déplacement  au siège de TLS, pour le RDV accordé à l’étape 1. pour y déposer, au format papier,  la demande de visa  faite en ligne à l’étape 2 accompagnée du passeport (sur lequel sera apposé ou non le visa tant désiré́) et des nombreux documents exigés dont l’obtention aura nécessité de se rendre dans autant d’établissements différents. L’acquittement des droits se fait sur place et non plus à la banque. Ce qui est à saluer.

Etape 4: retour au siège de TLS  pour retirer le passeport revêtu ou non du visa.

De plus, une nouvelle règle a été introduite: toute demande de renouvellement de visa non faite dans les cinq ans suivant la date du début de validité du visa à renouveler est considérée comme première demande. Cette mesure est moins anodine qu’il n’y paraît car si le visa à renouveler a une durée de quatre ans (C’est mon cas), cela vous laisse espérer un visa de durée supérieure ou égale en vertu du « principe » d’allongement graduel sus évoqué. Par contre pour toute nouvelle demande il est admis que la durée de validité́ du visa éventuellement accordé est , tout au plus, d’un an. Cette ruse pousse au parjure, car elle oblige à nier avoir obtenu des visas antérieurs alors que cela est faux. Ce que votre consulat sait parfaitement et qui pourrait constituer prétexte au rejet de la demande.  Ce serait machiavélique mais, somme toute, élémentaire comme disait le célèbre Holmes.

Ayant eu vent de cette nouvelle disposition j’ai tenté en Janvier dernier de renouveler mon visa avant l’expiration du délai de cinq ans sus mentionné,  il m’avait fallu des heures pour accéder au site de TLS pour « ouvrir mon compte » et une fois cette sous étape franchie, j’ai attaqué la demande de RDV que j’ai dû abandonner après de nombreux essais infructueux et acquis la conviction que l’application était  manipulée de sorte à la rendre inutilisable. Au même moment, ont commencé à circuler des rumeurs sur des combines permettant de surmonter les difficultés rencontrées dans l’utilisation de l’application. Sans que l’on sache s’il s’agit simplement de la persévérance du demandeur stipendié et de son aptitude à contourner les obstacles ou à tenter sa chance dans l’obscurité épaisse de la nuit quand le cyber trafic est plus fluide. En tous les cas le recours à un intermédiaire patient ou noctambule avisé pour le franchissement de la sous étape de l’étape 1 sus décrite est devenue pratique courante sinon unique. Récemment, le principal journal francophone du Maroc a confirmé (dans un article intitulé: Visa Schengen : les rendez-vous au marché noir) l’existence de pratiques illicites chez votre prestataire TLS.

Alors que j’avais fait mon deuil du visa après la tentative de janvier, j’ai dû me résigner à tenter de nouveau ma chance récemment. Après le passage obligé par un intermédiaire pour l’obtention du rendez vous, J’ai pu, grâce à l’assistance d’un ami, ingénieur, et à beaucoup de patience de la part des deux à faire ma demande de visa et exécuter le parcours sus décrit.

La décision de votre consulat ne s’est pas fait attendre, puisque elle me fut notifiée après 3 jours ouvrables seulement : Refus. Sous des prétextes, cochés au hasard dans un imprimé, tellement absurdes que j’ai la certitude que ma demande (et celle de mon épouse) qui « cochent toutes les cases »  sans exception n’ont même pas été examinées.

Cette décision, dit on, est sans appel. Ce qui m’amène à poser la question suivante: tout citoyen européen peut faire appel de toute décision administrative mais ce droit est nié aux ressortissants non européens. Pourquoi? En seraient-ils indignes? Sachant que la plupart des demandeurs de visa pour la France sont majoritairement issus de ses anciennes colonies, cela soulève des interrogations sur leur statut post colonial.

Ce n’est pas votre droit de nous interdire l’accès  à votre pays que je conteste mais la façon de procéder de vos services pour y parvenir . Pourquoi n’affichent ils  pas courageusement et loyalement les conditions particulières (telles que raisons médicales ou voyage d’affaires par exemple) hors desquelles aucun visa ne serait délivré. Ce qui nous éviterait des démarches humiliantes et des dépenses importantes (429€ dans notre cas)  pour rien. Pourquoi tenez vous à susciter en nous fureur  et ressentiment à l’égard d’un pays que naïvement certains comme moi considéraient un peu comme le leur? N’y voyez vous pas le danger que vous faites courir à une francophonie en difficulté et au rayonnement de la France?

Je vous écris cette lettre ouverte, monsieur le président, non pour solliciter que ma prochaine demande de visa soit prise en considération car IL N’Y EN AURA PAS. Mais pour dénoncer les abus commis dans la mise en oeuvre de directives données par votre gouvernement qui affectent les citoyens d’un pays étranger  et aussi pour attirer votre attention sur les conséquences néfastes qu’elles pourraient avoir pour votre pays. L’expérience récente ayant montré que toute sanction (car c’est bien de cela qu’il s’agit), impacte celui qui l’applique autant que celui qui la subit. 

Veuillez agréer,  monsieur le président, mes respectueuses salutations.

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