Les trottoirs, c’est fait pour qui?

Par: Driss TAHI    tahi

Autrefois, il n’y avait pas de trottoir, ou du moins, il ne s’imposait pas encore en tant que partie utile dans l’infrastructure urbaine. En ce temps là, la chaussée, revêtue de pavés d’un bout à l’autre de la rue appartenait à tout le monde.Et malgré l’embouteillage, une parfaite symbiose régnait de fait, et durant longtemps entre charrettes et calèches à chevaux ; piétons et vélos ; marchands ambulants, et autres artistes de rue (halqas , musiciens…).

Tous circulaient à la même vitesse, évoluaient, et se partageaient sans anicroches cet occupationespace grouillant de vie et d’où s’élevait, et s’entremêlait toutes sortes de bruits, d’odeurs et de couleurs, dans une ambiance somme toute, festive.

Le fameux cri du cocher, et le claquement de son fouet dans un bruit connu des passants, lui permettaient facilement de se frayer avec sa calèche ou son » carrot « un chemin au milieu de la foule, aussi dense pouvait-elle être.

Ainsi, le cheval fut durant longtemps le roi de la rue, où il avait la priorité sans partage, et même un service d’éboueurs chargés de débarrasser le pavé de son crottin.

Cependant, tout changea avec l’apparition des voitures à moteur,…décidément, « on n’arrête pas le progrès ».Et du coup, on décida par souci d’équité, et pour préserver la sécurité des piétons, de leur céder une partie de la chaussée. C’est ainsi que le trottoir vit le jour, et le trotteur se vit acculé à quitter l’espace urbain, pour se convertir en cheval de salon, de démonstration, ou de Tbaourida, et pour les moins chanceux, en bête de somme.

jdi.rot.occupatrionBien qu’il leur fut destiné, et leur revenait de droit, les piétons n’en furent à aucun moment les seuls utilisateurs du trottoir, loin s’en faut. Et manifestement, plusieurs parties entrèrent en scène depuis, et se livrèrent une lutte acharnée, chacun essayant à sa manière, à tort ou à raison, de grignoter ce qu’il pouvait de cette partie de la rue tant convoitée, à commencer par la municipalité, qui très tôt, s’en tailla et pour l’éternité, une portion importante, en y plantant des arbres sur toute sa longueur.

Ensuite vinrent les kiosques à journaux, les mendiants debout ,ou en chaises roulantes, et ceux assis par terre .les vendeurs à l’étalage, en plus des bistrots dont les tables sur la terrasse empiètent sur une bonne partie du domaine public ,devant l’indignation des citoyens, et l’indifférence des responsables.

OCCUPAT1Le trottoir, un espace censé être un refuge sécurisé pour les piétons, vit alors, après son morcellement, son aspect défiguré, et son périmètre réduit, rongé… et se transforma avec le temps, en un endroit jonché de toutes sortes d’obstacles, obligeant souvent les piétons surtout lorsqu’il s’agit d’enfants non accompagnés, ou de personnes âgées ,à emprunter la chaussée, malgré les risques que cela engendrait.

Aujourd’hui, dans certains endroits sur le trottoir, on avance en jouant des coudes ,et les passants sont obligés de cheminer sur ce qui ressemble à un sentier ; un passage étroit ,voire étriqué ,entre la bordure du trottoir et la limite des terrasses de cafés, sous le regard scrutateur et malicieux des clients ,dont certains logés aux premiers rangs ;à coup sûr des habitués ,qui prennent un véritable plaisir en sirotant leur boisson ,à voir défiler à travers une vitre, et au ralenti, comme à l’écran de cinéma, une file humaine compacte et sans fin, en lorgnant les filles aux formes pleines .

il y’a aussi ceux qui profitent du bouchon, et y trouvent même leur terrain de prédilection, pour se coller aux femmes, et s’y frotter un chouia avant de poursuivre leur marche, en regrettant que le trottoir ailleurs ne soit pas aussi bondé.

Dans la mêlée, il y a les pickpockets qui saisissent l’occasion pour délester habilement de leurs biens, quelques pauvres caves, distraits ou obnubilés par la chaleur, et toutes les odeurs de parfums et de sueurs, qui se dégagent de la foule.

FAHSI

Quelques parts ailleurs, et pas loin, Le trottoir a ses filles ,mais il a aussi sa loi ,aux alentours de certains hôtels réputés pour leur hospitalité douteuse, un espace intentionnellement mal éclairé ,car les filles de joie préfèrent attendre leurs clients dans la pénombre ; des hommes à la recherche du plaisir payant , il se trouve parfois parmi eux ,les rôdeurs, ou les malades ,mais les bodyguard ne sont jamais loin de leurs protégées .

Il n’y a pas de bousculade à cet endroit, car beaucoup de gens évitent d’y trainer, de peur de se voir logé à la même enseigne. Ici, règne un certain ordre, il incarne le coté malsain du trottoir, mais, néanmoins organisé .Décidément, il faut un peu de tout pour peupler un trottoir.

Un automobiliste furieux à un piéton qui gênait la circulation en marchant sur la chaussée :

-et le trottoir c’est fait pour qui ?

– pour ta sœur, lui répond l’autre.

Fin de la conversation

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