Samhini, Fadila wa banatha, forsa thania , et autres séries turques font un tabac sur les chaînes télévisées marocaines. Ces séries, qui étaient au début de leur diffusion traduites en dialecte syrien, sont depuis quelques années doublées en darija marocaine.

Bien que ce choix linguistique ait été contesté par plusieurs qui estiment qu’il existe un déphasage entre le physique des acteurs turcs et notre bonne darija, il s’est révélé  pertinent dans la mesure où il a permis d’atteindre un plus large public composé de femmes au foyer et de téléspectateurs lambda, et a donc contribué largement à leur popularité.

 Elles ont envahi les foyers, bouleversé les habitudes , les comportements, et marqué les esprits aussi bien des femmes que des hommes et des enfants à tel point que beaucoup organisent leur temps en fonction de leur programmation,  dans les villes comme les campagnes.

Plusieurs boutiques de prêt à porter , notamment celles des vêtements traditionnels portent le nom de harim Soltan,  du fameux feuilleton éponyme.

Mouhanad, Nour,  kamal, Lamis, Asmar et bien d’autres personnages se  sont ainsi  introduits dans les foyers par la grande porte, pour côtoyer tous les membres de la famille qui ne sont pas près de rater une seule partie des histoires de leurs acteurs préférés.

Après la déferlante des séries égyptiennes , syriennes et mexicaines des années précédentes, le téléspectateur marocain adopte,  à bras ouverts, ces nouveaux feuilletons à l’eau de rose,  diffusés et rediffusés sur toutes les  chaînes arabes.

En effet, ces séries, qui se distinguent par le flot de  sentiments qui noyent les gens dans un maelstrom d’émotions,  mais aussi par  l’allure, l’élégance, la beauté des personnages et la splendeur des décors aussi bien intérieurs qu’extérieurs, ne laissent point indifférent. Elles exercent une sorte de magnétisme sur le téléspectateur qui en est devenu accro  et ne se gêne nullement pour les voir et les revoir, devenant ainsi addict comme à une sorte de drogue.

Les ménagères  oublient leur marmite sur le feu, négligent même leur mari en s’offrant ces feuilletons comme une escapade ou un bol d’air frais pour rompre avec la routine qui marque leur quotidien.

 Une montée en puissance des feuilletons turcs est visible à l’œil nu, et leur popularité ressort à travers l’audience de certaines séries (le cas de sam7ini) qui vont même jusqu’à réunir toute la famille et lancer une sorte de débat autour du déroulement de l’histoire ou le sort de tel ou tel personnage.

Avec leurs héros glamour, leurs héroïnes émancipées et leurs décors de rêve, ces séries créent un incroyable engouement sans précédent pour la culture, le mode de vie et la destination touristique turcs.

 Leur impact est aussi tel que certaines jeunes filles  ont décidé  d’aller se marier en Turquie. 

Mais pour leur malheur, plusieurs centaines se sont trouvées piégées par un escroc qui leur promettait de leur trouver de beaux et jeunes maris turcs, moyennant plusieurs petits millions de dirhams.

Une fois au pays des ottomans, elles ont découvert la supercherie en se trouvant non pas en face de  sosies de Mouhanad , mais en face d’hommes moins jeunes et moins beaux. D’ailleurs, plusieurs « arnacoeurs »  ( arnaqueurs des coeurs) ont profité de la vulnérabilité sentimentale des marocains hommes et femmes pour les escroquer .

 Les feuilletons turcs se sont donc imposés, ces dernières années, il n’y a pas à dire, et viennent même déclasser les séries américaines, égyptiennes, syriennes, libanaises  qui ont  marqué les chaînes de télévision durant les années 80 et 90. Et ce  choix est loin d’être seulement un passe-temps, car au delà de ce dernier,

se cachent un vide culturel immense et des pertes de repères dont souffre les générations actuelles, qui cherchent à s’identifier à l’autre qui représente une diversité culturelle, cette dernière étant peu présente dans plusieurs productions artistiques ou littéraires nationales, et l’école, la télé ou les journaux étant aussi démissionnaires de leur mission d’accompagnement de la société pour quelle puisse évoluer.

Par ailleurs, il faut souligner que ces productions télévisées turques,  souvent  d’une longueur exagérée, et dont les scénarios sont parfois rocambolesques et d’une naïveté incroyable,  suscitent un intérêt qui révèle des déséquilibres affectifs et des refoulements de sentiments bloqués généralement par les traditions et les us et coutumes, et qui se retrouvent libérés via ces séries, plus particulièrement chez certains esprits faibles qui ne parviennent pas à faire la différence entre la fiction et la réalité.

Khadija Benerhziel

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