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Par: Abdellah Hanbali

Le public jdidi avait rendez-vous avec le romancier algérien  Boualem Sansal. Ingénieur de formation et Docteur en économie, il est tour à tour enseignant d’université, entrepreneur, puis haut Fonctionnaire au ministère de l’industrie. En 2003 il est limogé de ce poste à cause de ses prises de position critiques envers le pouvoir en place et l’impasse politique, sociale et économique de son pays.

Celui que l’assistance a écouté, avec passion,  parler de ses romans : « Le Village de l’Allemand » et  « La rue Darwin » est un homme d’apparence calme, doté d’une voix douce et d’un incroyable talent de conteur avec un charisme qui ne laisse pas indifférent.

Mais  ce qui frappe, à priori, chez cet homme c’est qu’il semble totalement différent de l’auteur qu’il est. Son œuvre peut être qualifiée de «  monstrueuse » et la construction narrative originale, conjuguée à l’alternance des tons, lui permettent d’exposer le lecteur au pire.

A ses romans, aux histoires (véridiques  en grande partie), s’ajoutent ses récits terribles et passionnants : Dans le Village de l’Allemand  (paru aux éditions Gallimard en 2008), les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand. Tous deux ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue  parisienne, tandis que leurs parents sont restés dans leur village d’Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg.

Pour les deux fils (Malrich et Rachel), la douleur du deuil va se doubler d’une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid.

Malrich, qui était un peu rustre, ne suivait que son instinct. Quand à Rachel, plus instruit, il essayait de raisonner en se posant des questions à charge et à décharge :

-Mon père était-il coupable ?

-Mon père était  soldat, mais faisait-il plus que son devoir ?

– S’il ne faisait que son devoir, est-il encore coupable ?

-Oui, car mon père  pouvait se révolter, résister…

Conclusion : leur père est coupable.

Or, ce père est mort et ne peut donc être jugé.

Pour sauver son âme, Rachel se donne la mort considérant ce geste  comme une justice rendue et non un suicide.

A travers les destinées des deux frères l’auteur dresse, dans son livre, un constat de la situation politique en Algérie, de certaines banlieues françaises en proie à l’islamisation, de l’extermination nazie et du terrorisme islamiste.

« C’est un livre qui interpelle par ses nombreuses questions. Prenez par exemple l’islamisme, il a été mis sur pied par la CIA et les européens pour faire barrage au communisme. Et maintenant qu’ils ne maitrisent plus les choses comme ils l’auraient souhaité, qui peut-on considérer comme responsable des actes des islamistes ?  Les peuples musulmans ? La CIA ? Les européens ?…

Aussi, notez qu’après la deuxième guerre mondiale, on voulait juger les soldats allemands pour avoir gazé des juifs. Or, tout le monde sait que ce sont des prisonniers juifs qui ont gazé les autres juifs.

La majorité des officiers allemands, n’étaient, même pas, au courant du génocide.

Hitler lui-même avait dit « débarrassez-moi des juifs ». Il n’a jamais dit ouvertement « tuez les juifs ». On peut aussi se débarrasser de quelqu’un en se limitant à l’expulser au-delà d’une frontière … Mais on voulait juger les officiers allemands pour l’exemple et donc à n’importe quel  prix. Pour arriver à leur fin, ils ont inventé  cette accusation de : « Crime Contre l’Humanité »…Une appellation creuse et qui ne veut rien dire en réalité. Car pour lui donner une légitimité, il fallait identifier la nature  de ce crime ; de cette justice  et  à qui doit-on rendre justice ?  S’interroge l’auteur.

Bouâlem SANSAL s’illustre par sa critique sociale cinglante, sa cocasserie et sa verve imaginaire qui caractérisent sa production romanesque. Un démenti cinglant pour tous ceux qui pensent que le genre romanesque n’a plus grand-chose à nous dire aujourd’hui.

Le « Village de l’Allemand » est un roman sidérant qui  relie les horreurs de la Seconde Guerre mondiale à celle de l’Algérie des années 1990. Deux sales guerres qui font le lien entre nazisme et islamisme. Un parallèle osé pour mieux stigmatiser le négationnisme et les ravages de tous les fanatismes.

C’est un livre captivant de bout en bout. Certes l’histoire racontée peut être qualifiée d’une effroyable noirceur, mais admirablement écrite et construite. D’ailleurs, Le livre a reçu, en Octobre 2011,  le « Prix de la Paix » à l’occasion de la foire du livre de Francfort, en Allemagne.

En 2011, il publie un nouveau roman, « Rue Darwin » qui relate l’histoire d’une famille prise dans la guerre d’Algérie ; un livre très personnel, écrit trois mois après la mort de la mère du romancier.

Le personnage de Yaz a beaucoup de similitudes avec Boualem Sansal. Darwin est le nom de la rue où l’auteur a vécu dans son enfance, à quelques cent mètres de la maison d’Albert Camus. Après le décès de sa mère, Yazid, le narrateur décide de retourner à la rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face ».

Un ton emporté, féroce et  sarcastique. Une langue riche, maitrisée et soutenue. Des récits qui s’enchainent à la recherche du passé. Et un roman qui balance, avec brio, entre fable et témoignage, entre illusions et désillusions.

Boualem Sansal fustige, dans un même élan, militaires et islamistes dénonce cette Algérie minée par «le traficotage, la religion, la bureaucratie, la culture du crime, du coup, du clan, l’apologie de la mort, la glorification du tyran, l’amour du clinquant, la passion du discours hurlé».

Une rencontre culturelle très réussie et très instructive.  De pareilles rencontres, le public jdidi en redemande. Boualem Sansal, retenez bien ce nom. Qu’il reçoive un jour le prix Nobel de littérature,  ne nous étonnera guère.

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