« Les enfants de la Chaouia », de Mouna Hachim

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Dans « Les enfants de la Chaouia », Mouna évoque la vulnérabilité d’une famille composée uniquement de femmes après la mort du père.

C’est  une saga familiale qui couvre  un siècle de l’histoire de Casablanca et de son arrière-pays.

Extrait :   « Elle aimait ses cheveux. Ils n’étaient pas particulièrement beaux, mais sans cheveux, elle se sentait vulnérable comme dans la légende biblique de Samson.
Dans sa tête papillonnaient des images d’anciens bonheurs. Sa grand-mère paternelle que petits et grands appelaient Dada, disparue un an auparavant, se tenait les jambes croisées à même le sol sur une couverture bariolée qu’elle avait tissée l’hiver. Elle-même était allongée, la tête confortablement nichée dans le gras des cuisses de Dada qui lui brossait les cheveux des doigts, en lui contant pour la énième fois, les aventures de Hayna, la Belle à la longue chevelure qui avait traversé les sept mers sur les ailes d’un grand oiseau blanc ; la mer des monstres fabuleux et celle des liquides noirs puants, pour atteindre enfin les mers de miel et de lait, symboles de félicité.
Comme seules savent voyager les pensées, elle vit son autre grand-mère, partie depuis six mois, Hanna, laquelle persuadée que les cheveux avaient comme l’herbe besoin de nourriture, passait de longues heures à confectionner des soins antiques. Elle faisait dorer au soleil d’étranges minéraux rouges, bleus ou argentés, détachait les pétales de roses et de jasmins, débarrassait les feuilles de romarin, de nard et de jacinthe de leurs brindilles, tamisait le tout après l’avoir pilé dans un mortier en cuivre. Ensuite, elle tentait de poser ces mixtures embaumées et peu ragoûtantes sur la tête de sa petite-fille qui allait se plaindre chez sa mère, pendant que Hanna râlait contre ces filles d’aujourd’hui qui ne savaient apprécier ni henné, ni clous de girofles. »

Mouna Hachim est universitaire, titulaire d’un DEA en Littérature comparée à la Faculté des Lettres de Ben M’Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de la rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d’histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l’écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004.

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