Les consuls européens à Mazagan… Intervention de Mustapha Jmahri à la journée de la Méditerranée

Correspondance particulière.

Dans le cadre de la célébration de la journée de la Méditerranée, la Direction provinciale de la culture d’El Jadida a organisé à la médiathèque Driss Tachfini le 27 novembre 2021 une table ronde sur le thème « L’héritage commun entre la région des Doukkala et les civilisations du pourtour méditerranéen ».

Cette rencontre a été modérée par le professeur Redouane Khedid et animée par trois intervenants : Mustapha Jmahri, auteur-éditeur des cahiers d’El Jadida, Abdellatif Aouam, chercheur en histoire d’Azemmour et Haj Abdelmajid Nejdi, journaliste et acteur associatif.

Lors de cette rencontre, Mustapha Jmahri a présenté une intervention intitulée « Les consuls européens à Mazagan : relations enchevêtrées ». L’intervenant qui avait préparé en 2011 un ouvrage sur l’histoire consulaire de Mazagan a livré dans cette communication les grandes lignes du phénomène consulaire à El Jadida en se focalisant sur les liens de la ville avec les pays européens du pourtour méditerranéen.

Mustapha Jmahri expliqua que, pendant près de deux siècles, la cité d’El Jadida-Mazagan s’est érigée en place consulaire importante. Entre 1760 et 1960, une vingtaine de nations d’Europe et d’Amériques y ont installé leurs représentations. Cette importance consulaire, selon l’intervenant, était due à plusieurs facteurs dont principalement : l’essor du trafic maritime avec le port de Mazagan considéré, à l’époque, comme le deuxième port du Maroc après Tanger, l’enjeu économique et commercial de la ville et de son arrière-pays réputé comme l’une des régions les plus riches du Maroc, l’accroissement de la population étrangère ainsi que la priorité de desserte d’El Jadida par les navires venant d’Europe et ce avant les ports du sud.

Deux autres facteurs ont également encouragé la présence consulaire : la liaison terrestre d’El Jadida avec Marrakech par une piste plus courte et praticable car Mazagan était l’escale préférée des officiels étrangers qui se rendaient chez le sultan à Marrakech, ancienne capitale du Maroc, et la sécurité régnante dans la ville et sa proche banlieue.

L’intervenant a rappelé que, historiquement, c’est le traité de paix et d’alliance franco-marocain de 1631 qui prévoyait, pour la première fois, l’établissement de consuls dans les ports du Maroc. Cependant, l’installation des postes consulaires dans la ville ne sera effective qu’à partir de la deuxième moitié du XVIIIème siècle lorsque le sultan Moulay Abderrahmane, en juin 1825, annonça au corps consulaire réuni auprès du Pacha à Tanger, l’ouverture du port mazaganais au commerce et demanda l’installation des représentants consulaires.

Chronologiquement, selon l’intervenant, l’apparition des consulats à Mazagan fut comme suit : le Danemark, le Portugal, la France, la Sardaigne, la Tosacne, l’Angleterre, l’Espagne, l’Autriche, l’Italie, la Belgique, la Suède, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Brésil et les USA. D’autres pays furent représentés par le consul espagnol, doyen des consuls à Mazagan.

Mustapha Jmahri précisa qu’au début, devant le manque de logements adéquats, les bureaux des représentations consulaires se trouvaient dans les propres maisons des agents consulaires à l’intérieur de la Cité portugaise. Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle, que quelques représentations s’installèrent en dehors des remparts.

Les statistiques révélées par l’intervenant montrent que 80 consuls ont été en fonction à Mazagan entre 1830 et 1960. Dans leur majorité, ces consuls étaient des négociants, importateurs-exportateurs et grands propriétaires établis dans la ville depuis plusieurs décennies ou qui même y étaient nés. Certains consuls représentaient simultanément plus d’un pays à la fois tels Daniel Madden et John B. Ansado.

A la fin de son intervention Mustapha Jmahri a rappelé qu’aujourd’hui presque un siècle nous sépare de la période des consuls-négociants, mais quelques rares traces de cette ère sont encore visibles : la rue des Consuls dans la cité portugaise de Mazagan, quelques vestiges de demeures d’anciens consuls, les noms de quelques consuls dans les plaques de rues, les sépultures de certains consuls ou de leurs familles au cimetière catholique , ainsi que quelques trace orales dans le parler quotidien tel le mot « kounsou ».

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