Le Théâtre d’El Jadida est-il Damné ?

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Par: Abdellah Hanbali

Le théâtre d’El Jadida, théâtre Mohamed Saïd Afifi, sur Décision Royale, après complète rénovation, a ouvert officiellement ses portes, après sa énième  inauguration, un certain 06 novembre 2012.

Par le passé, ce théâtre a englouti d’importants moyens  chaque fois que de besoin. Il faut dire qu’on ne le ménageait guère : Meetings, campagnes électorales, réunions de divers organismes, soirées de tous genres de plus ou moins bonne tenue s’organisaient en ces lieux…  Il suffisait pour cela de s’acquitter de la modique somme de 1.000 DH, et encore,   pour obtenir les pleins pouvoirs auprès de la municipalité.  Aucun dépôt  de caution  en cas de casse, de détérioration du matériel. Aucun contrôle de l’état des lieux, avant ou après chaque manifestation.

Résultat?…Des dégradations fréquentes et très importantes,  nécessitant la fermeture  du théâtre,  le temps parait-il, de réunir (une fois encore) le budget nécessaire  au commencement des travaux, puis rebelote : réouverture … dégradations… travaux …..Pour ce qui est devenu, un réel gouffre financier.

Il y a deux ans, certains « politiciens » de notre honorable conseil, ont  même suggéré, tout simplement, de le raser et  d’en construire à la place, des appartements « haut-standing », avec vue sur mer !

À chaque rénovation, la charge de  massacrer, pardon de restaurer  ce monument, incombait à des ingénieurs ou architectes de la province, certainement qualifiés en leur domaine, mais ne possédant nullement les compétences requises à une telle  réhabilitation : on ne restaure pas un théâtre, comme n’importe quel édifice administratif. Il y a des ambiances sensorielles à préserver, la sécurité, le confort du public… et donc  un cahier des charges des travaux à prévoir et qui ne doit être envisageable que par un collectif composé de différents experts en la matière.

Voilà pourquoi par le passé, tant de « crimes » ont été commis envers ce « bâtiment »:

– Destruction du couloir de l’entrée, alors qu’il servait d’isolant thermique et phonique entre la salle et l’extérieur.

– Destruction du muret situé à l’entrée de la salle. Même rôle.

– Détérioration des murs, pour une soi-disant  meilleure décoration, alors qu’ils étaient revêtus d’une toile acoustique et que leur construction obéissait à un positionnement des briques, à un matériel et à un processus stricts.

– même triste sort, pour le revêtement acoustique du sol  provenant d’Italie.

– Non respect pour le choix des sièges qui ne dérogeaient pas à la règle et devaient obéir à ces même critères, afin d’éviter toute source de bruit.

– Très mauvaise sonorisation scénique  due à l’achat de matériel inadapté et  bas de gamme.

– Au niveau de l’éclairage : Installation inadaptée, versant plus vers l’esthétique, que le pragmatique, donnant au théâtre, l’aspect d’un vulgaire salon de thé, au moment où il fallait, un éclairage d’ambiance  et un autre  scénique.

C’est donc pour toutes ces raisons et pour  ne pas reproduire les erreurs passées, que des amateurs du théâtre et de la magie des planches, ont œuvré pour que cette énième rénovation soit  réussie et pour qu’un directeur administratif ainsi qu’un directeur artistique soient nommés et passer enfin  à un théâtre proposant des spectacles de qualité diversifiés.

Malheureusement, « le droit de conseil et de regard » qu’ils espéraient  tout au long des travaux, leur fut gentiment, mais fermement refusé.

 

 Hélas donc, force est de constater que d’autres inepties apparaissent 

 

Aujourd’hui, ce théâtre de 500 places, qui a été inauguré le 06 novembre à l’occasion du 37ème anniversaire de la Marche Verte, souffre de bévues graves :

Rénové à coups de millions de centimes, par l’argent du contribuable, il comporte des loges d’artistes  manquant du moindre équipement  sanitaire et élémentaire :

Pas d’eau potable, de système d’évacuation d’eau usée, de lavabos, de douches, de tables de maquillage, de miroirs, de porte-manteaux, d’appliques, de …!

 

– Une seule douche et un seul lavabo pour hommes et pareil pour les femmes, font office (au fond de la scène) de tout confort.

–  Comment vont faire les artistes pour se maquiller et encore moins se démaquiller ?

— Comment, où et dans quel confort, vont-ils parvenir à se concentrer avant leurs rentrées sur scène pour affronter leur public ?

– Comment faire lors de certains spectacles, nécessitant la mobilisation de dizaines d’artistes ?

– Un théâtre sans loges d’artistes équipées n’équivaut-il pas, en quelque sorte, à un stade flambant neuf…mais sans vestiaires pour les joueurs ?

Comment  une telle ineptie,  a-t-elle pu être même envisagée ?

Certains artistes seront à même de refuser d’honorer leur contrat ….

THEATRE

 

– Nous avons également remarqué l’inexistence des perches  pour le maintien des draperies, du fond, des demi-fonds, des frises, des pendrillons et surtout des projecteurs. Cela permet des techniques d’éclairages d’en haut (douches), des latéraux des deux côtés (côté cours- côté jardin) et des côtés extérieurs de la scène… Sans oublier les poursuites qui pourraient être automatiques et programmables (selon un schéma préétabli), ou manuels pour corriger les sorties inopinés du comédien des feux d’éclairage (brûlé).

Précisons que des éclairages étaient jadis « implantés » au devant de la scène (la rampe), pour des focalisations de bas en haut, mais de nouvelles techniques ont remplacé cette façon de faire, pourvu que ceux qui, les ayant supprimés, en soient conscients.

Nous remarquons donc que les perches et les cintres ont pour  finalité le maintien des draperies, des frises et des pendrillons et une meilleure maîtrise de l’éclairage.  « Douche », « Perroquets », « contre-jours», «contre-plongées», «Herses», «Rasants (Projecteurs placé au sol), « Poursuites (automatiques et manuelles,  de différents angles », sont là pour donner l’effet recherché, tout en évitant d’éventuels  écarts des artistes aux champs  préétablis.

Sans ces atouts, un théâtre reste archaïque, car  offrant peu de possibilités et d’alternatives aux techniciens, pendant le spectacle. Mais bien maitrisés, ils intègrent chaque spectacle et le mettent en valeur.

Pis encore, l’éclairage, entre les rangées,  aurait du  être remplacé par un éclairage balisé, moins lumineux, plus discrets et donc mieux adaptés à l’effet recherché. De plus, ces ampoules devaient être placés en bouts de rangées, sans empiéter sur le passage…

 

Quant aux rails(Costières), qui existaient déjà et qui servaient aux multiples déplacements des décors lourds sur la scène, on a beau cherché, on n’arrive toujours pas à comprendre le pourquoi  de leur élimination.

 

Ces lacunes prouvent, si besoin est, que « le marché » ne semble pas avoir été cédé à de véritables professionnels.

La majorité des remarques sus citées ont été notifiées avant le début des travaux. Ce constat est d’autant plus incompréhensible  et inadmissible  que la ville d’El Jadida dispose de jeunes ingénieurs et architectes, très compétents, et qui se sont perfectionné un peu partout à travers  le monde. Certains, sont spécialisés dans ce domaine et ne demandaient qu’à participer… sans la moindre contre partie. Ils l’ont clamé haut et fort au cours des travaux, personne ne voulait prêter attention à leurs requêtes.

Alors ? Y a-t-il eu une autre raison derrière leur éviction ????

 

 

Pour conclure;  espérons qu’environ trois années après son inauguration, toutes ces erreurs grossières et coûteuses soient très rapidement prises en considération. Qu’un directeur administratif et un autre artistique y soient désignés et que ce théâtre (damné ?) puisse enfin jouer le rôle que tout jdidi et tout amateur des planches attend de lui.

Car trois années après son inauguration et plus de 800 millions de centimes dépensées ( ?)  ce théâtre ne remplit toujours pas le rôle culturel, social et économique, qu’on attend de lui.

 

Que  toutes les honnêtes personnes qui ont participé à cette réalisation, en donnant le meilleur d’eux même pour que ce bijou architectural continue d’exister et à être la fierté d’El Jadida, soient ici remerciées.

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