Ramed

Par: Khadija Choukaili

Depuis sa généralisation en 2012, le Régime d’Assistance Médicale aux Économiquement Démunis, communément appelé RAMED connait un accroissement continu du nombre de  bénéficiaires.

Selon les dernières statistiques de l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM), le nombre de personnes immatriculées a atteint 11.866 735 de bénéficiaires à fin janvier 2018, soit 4.806.335 foyers. Notons que durant le seul mois de janvier 2018, le nombre de bénéficiaires nouvellement immatriculés a atteint 75.866 correspondant à 37.259 foyers. Ainsi, ces chiffres démontrent que les prévisions du RAMED qui tablaient initialement sur 8,5 millions de bénéficiaires selon l’étude actuarielle de 2006 ont largement été dépassées.

Il faut noter que le nombre des immatriculés qui s’élèvent à 11.866 735, rapporté à la population cible estimée à 8.107.66 bénéficiaires, donne un taux de réalisation du RAMED de 146% à fin janvier 2018. En revanche, ils ne sont que 7.420.722 bénéficiaires à disposer d’une carte valide leur donnant effectivement accès aux soins. L’expiration de la date de validité des cartes et leur non renouvellement expliquent cette situation.

Il faut remarquer que les cartes des bénéficiaires du RAMED sont valables pour une durée de trois années renouvelables. Après l’expiration de la carte, le bénéficiaire doit procéder à son renouvellement.

Par ailleurs il faut constater que depuis sa généralisation en 2012, le RAMED a pu contribuer, à hauteur de 50%, à l’accroissement de la couverture médicale de base au Maroc. Toutefois, ce système présente des dysfonctionnements à plusieurs niveaux. L’un des dysfonctionnements consiste en l’éventualité de comptabiliser ce renouvellement comme une nouvelle adhésion, ce qui risque de biaiser le nombre effectif de bénéficiaires.

Ces dysfonctionnements seront dépassés dès que le projet de Registre social unifié (RSU) sera mis en place. En effet, la RSU qui est en cours d’élaboration et qui commence à être testé à Rabat,vise à cibler les bénéficiaires des programmes sociaux dans le cadre de l’accompagnement des procédures de réforme globale du régime de compensation à travers la couverture médicale. Ce registre fera office de base de données complète qui permettra de regrouper les données économiques et sociales des citoyens et des familles. Cela permettra de disposer d’une meilleure cartographie de la précarité des groupes vulnérables et nécessiteux pour mieux les cibler et promouvoir une meilleure cohérence entre ces programmes.

Par ailleurs, dans son discours à l’occasion du 19ème anniversaire de la Fête du Trône, le Souverain a exhorté le gouvernement à œuvrer pour combler les lacunes constatées dans l’exécution du RAMED dans les plus brefs délais. L’Exécutif devait s’inspirer de l’étude qui avait analysé les dysfonctionnements de ce système tout en suggérant des pistes pour améliorer sa performance et garantir sa pérennité.

Le RAMED a certes permis d’élargir la base des bénéficiaires de la couverture médicale de base, mais souffre toujours de nombre de dysfonctionnements qui limitent son efficacité.
Dans son Discours du Trône, prononcé le 29 juillet dernier, S.M. le Roi Mohammed VI a exhorté le gouvernement à redresser les anomalies qui entachent l’exécution du RAMED et, parallèlement, refondre en profondeur le système national de santé, qui se caractérise par des inégalités évidentes et une faible gestion.
Une étude récente réalisée par l’Observatoire National du Développement Humain (ONDH) a contribué aux débats autour de ce régime avec la présentation d’un rapport sur le bilan des cinq années de généralisation du RAMED.
Une généralisation présentée comme une mise à l’épreuve du système public de soins, qui a eu comme effet d’augmenter la demande de soins adressée à l’hôpital public. L’ONDH indique à cet égard que «l’offre de soins étant quasiment fixe, le déséquilibre entre la demande et l’offre s’est alors traduit par des phénomènes de pénuries, dont la gestion revient à l’hôpital ». En d’autres termes, la généralisation du RAMED a mis l’hôpital en épreuve du fait de l’augmentation des prestations de soins, alors que ses ressources ne connaissaient pas d’augmentation significative.

Solon les conclusions du rapport de l’ONDH, le déséquilibre entre l’offre et la demande de soins s’est traduit par une baisse de l’efficience des services rendus par l’hôpital, de sorte que le RAMED n’a fait qu’exacerber des dysfonctionnements déjà existants avant sa généralisation. Pourtant, les conclusions de l’évaluation de la phase pilote du RAMED, effectuée par le Ministère de la Santé à Azilal, avaient bien mis en exergue la nécessité de mise à niveau de l’infrastructure hospitalière pour réussir la généralisation du RAMED.
La mise sous pression de l’hôpital public a eu des effets négatifs sur l’organisation des soins et sur leur qualité, selon le rapport qui affirme que cette dégradation a eu un impact direct sur l’ensemble des patients, qu’ils soient ramédistes ou non.

Ces effets ont été constatés par l’augmentation des délais d’attente causée par l’afflux massif des bénéficiaires du RAMED vers les structures publiques de soins, par un accroissement de la charge de travail du personnel hospitalier et par une utilisation intensive du matériel médical qui s’est traduite par une usure plus rapide et des pannes récurrentes de celui-ci.

Malgré tous ces dysfonctionnements, le programme de couverture médicale a pu contribuer, à hauteur de 50%, à l’accroissement de la couverture médicale obligatoire au Maroc. Cette couverture a été portée, en 2017, à 53% de la population marocaine.

Cet effet sur les inégalités d’accès aux soins, très marqué en 2012, s’est progressivement atténué entre 2013 et 2015, avec une baisse des taux de consultation des ramédistes pauvres de 75 à 64,8% et de 70,2 à 60% pour les ramédistes vulnérables.

Pour définir la vulnérabilité, il faut rappeler que cette notion renvoie à la fragilité socio-économique. Les personnes vulnérables sont celles qui sont menacées de basculer dans la pauvreté qui elle-même est définie comme la situation d’une personne, d’un groupe de personnes, d’une famille, d’une communauté ou d’une société qui ne dispose pas des ressources suffisantes lui permettant de vivre normalement.

Pour remédier aux dysfonctionnements du RAMED, l’ONDH suggère de stabiliser et sécuriser les ressources financières dédiées au RAMED, car la mobilisation des ressources de financement du Régime reste insuffisante et aléatoire. D’autant plus que les crédits qui lui sont alloués ne sont pas individualisés, ce qui rend leur traçabilité et le contrôle de leur destination difficiles. Pour y remédier, il est impératif, selon l’ONDH que le législateur définisse des mécanismes pérennes de financement, qui alimenteront une rubrique budgétaire propre au RAMED.

L’ONDH recommande également de confier les ressources financières dédiées au RAMED à un organisme de gestion. Il suggère en outre de mieux organiser l’offre de soins selon une approche participative et intégrée, tenant compte des spécificités propres à chaque région.

 

 

 

http://eljadidascoop.com/wp-content/uploads/2019/03/Ramed.jpghttp://eljadidascoop.com/wp-content/uploads/2019/03/Ramed-150x150.jpgadminsLibre OpinionPar: Khadija Choukaili Depuis sa généralisation en 2012, le Régime d’Assistance Médicale aux Économiquement Démunis, communément appelé RAMED connait un accroissement continu du nombre de  bénéficiaires. Selon les dernières statistiques de l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM), le nombre de personnes immatriculées a atteint 11.866 735 de bénéficiaires à fin janvier...Source de L'information Fiable