moussem fantasia 1

Par: Azzedine HNYEN 

Sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohamed VI et en collaboration avec la province d’El Jadida, la commune de Moulay Abdellah organise, du 04 au 11 août, l’édition 2017 du moussem Moulay Abdellah Aït Amghar. Ce haut saint lieu de l’histoire est, incontestablement, le plus grand et ancien moussem du Maroc. Une gigantesque cité, de près de 21.000 tentes, se dresse, en cette occasion, sur les rives de l’Océan Atlantique à quelques kilomètres d’ Ei-Jadida, pour rendre, tout d’abord, un hommage solennel aux vestiges d’un passé pétri par la foi en l’Islam et l’amour du sol ancestral, pour garder, ensuite, vivant le souvenir d’une épopée glorieuse de lutte et de combat contre  l’occupant portugais et pour manifester, enfin, une reconnaissance au patron des lieux et à ses descendants d’avoir érigé cette mosquée fortifiée à la gloire de Dieu.

Dans le temps,les ChorfasAmghariyines et les habitants de la région de Ouled Bouâziz Chamaliyines s’étaient habitués, après une rude saison agricole, de se planter aux pieds du sanctuaire et de se manifester, durant sept jours, pour exprimer leur ferveur et leur joie. D’autres tribus du Grand Doukkala et de l’ensemble du Royaume venaient partager cette liesse avec eux.

Le Libérateur de la Nation, Feu Mohammed V, veillait, personnellement, à son ouverture. Cette sollicitude royale, de sa part, a rendu ce moussem, unique en son genre de par sa situation géographique au bord de la mer, très célèbre. Ce qui rend le séjour de ses visiteurs, à la fois,  supportable et agréable en cette période caniculaire. Il est unique, également, par le nombre impressionnant de ses visiteurs dépassant le cap de 500.000 dont de très nombreux étrangers d’outre- mer de différentes nationalités qui viennent, à leur tour, savourer la Tbaourida et les différents spectacles folkloriques. Sans oublier les démonstrations de chasse des fauconniers de la tribu de Lakwassem qui ont tenu, de tout temps, à être de la fête et à gratifier le public de cette chasse que seuls les Chorfas da la Zaouia de Moulay Tahar pratiquent au Maroc par Dahir chérifien. Enfin, il est unique par le nombre éblouissant de cavaliers,  venant de tous les coins du Maroc, pour s’adonner, avec grand plaisir, à leur sport favori qui est la Tbaourida. Le nombre attendu cette année, selon les organisateurs, atteindra plus de 2.400 cavaliers.
Outre son aspect historique, les officiels dépensent de grands efforts pour l’exploiter afin d’offrir une image illustrative de la richesse et de la diversité de notre patrimoine culturel pour la promotion touristique de la province d’El-Jadida et du Grand Doukkala en général. Cependant, on déplore l’absence totale du ministère du Tourisme et aussi celui de l’Agriculture qui ignorent totalement cette manifestation populaire pour en faire un levier véritable de leurs secteurs. Même la Société royale de l’élevage des chevaux (SOREC) n’y accorde aucune attention. Pourtant, on y expose les chevaux de race barbe et arabe-barbe, durant toute une semaine, par les chevauchées fantastiques dans le «mehrek» ou l’arène offre, ainsi, des spectacles fabuleux et sublimes. Aucune subvention et aucune prime ne sont octroyées par ces départements, pourtant concernés quoiqu’on dise, à ces cavaliers- éleveurs qui supportent, à leurs propres charges, les faramineuses dépenses pour maintenir cette tradition de la Tbaourida. Ceci concerne d’autres précieuses festivités traditionnelles dont regorge la région de Doukkala, comme la fauconnerie, auxquelles s’attachent, contre vents et marées, les Doukkalis et qui ont besoin, plus que jamais en ces temps difficiles, qu’on leur prête l’intérêt nécessaire pour reprendre place sur les planches de l’authenticité et, ainsi, pour valoriser, davantage, le produit touristique local. Ce grand Moussem est également réputé pour son animation nocturne qui dure jusqu’aux premières lueurs du matin. Des orchestres musicaux et des troupes folkloriques se produisent et évoluent en permanence sur de nombreuses scènes aménagées au Moussem qui compte à son actif plusieurs autres divertissements et distractions foraines. Ce lieu de «pèlerinage» pour bon nombre de visiteurs marocains et étrangers, sera marqué, comme à l’accoutumée, par un programme riche et diversifié, soigneusement préparé par le comité organisateur du moussem qui a réuni les aspects religieux, folklorique et patrimonial mettant en exergue la richesse culturelle de la province d’El-Jadida. Le programme de cette édition réserve, ainsi, une place de choix aux causeries religieuses, conférences et tables rondes sur divers thèmes d’actualité et d’échanges de points de vue, sous le signe de la tolérance culturelle et religieuse. Les activités de distractions, de loisirs et de sport occupent une place, non moins importante, dans le menu de cette manifestation s’articulant autour des symboles centenaires de la région, à savoir la Tbaourida, la fauconnerie, les arts culinaires et les arts populaires (soirées musicales et folkloriques). Le moussem de Moulay Abdellah Amghar, célébré par les tribus des Doukkala à la mémoire du saint «Moulay Abdellah Amghar», est considéré comme étant l’une des manifestations religieuses et culturelles les plus attrayantes et les plus riches du Royaume. Il promet d’offrir à ses visiteurs une semaine de liesse. Plusieurs artistes nationaux de renommée prendront part à ce moussem ainsi que des orchestres musicaux locaux.

Tit, l’ancienne, dans l’histoire islamique.

moussem moulay abdellah

Le Ribat de TIT, l’actuel Moulay Abdellah, fait partie des sites classés par les Beaux Arts et répertoriés dans les monuments historiques. Les monuments, découverts dans la région, sont un témoignage notoire du degré d’urbanisation et de peuplement qu’a connu cette localité depuis des ères anciennes. D’ailleurs, des recherches, en sciences toponymiques, ont montré que le port dénommé Routoubis dans les littératures anciennes, se trouvait dans le même lieu que Tit. Ce qui témoigne encore une fois de l’ancienneté de cette ville marocaine. On y a découvert des tombes puniques et des constructions phéniciennes. Certainement, le Rusibis de l’Antiquité. Les marins de cette époque ne naviguaient, en effet, que le jour et cherchaient leurs escales tous les trente kilomètres environ. Tit se trouve à une trentaine de km de la ville d’Azemmour et il est, plausible, que les phéniciens, peuple sémitique fortement lié à ses intérêts, se sont préoccupés de créer un port supplémentaire sans abri naturel à El-Jadida, contrairement à celui d’Azama protégé par l’estuaire et les eaux calmes d’Oum Er- rabiî, et un autre à Tit qui avait l’avantage d’offrir une source d’eau douce en mer découverte à marée basse. Des relevés topographiques, de notre temps, avaient déterminé l’emplacement exact de ce port. Il avait une ouverture de 1.340 mètres devant une enceinte fortifiée développant 2.950 mètres au nord et 460 autres au sud. Cette enceinte se terminait par un bastion implanté en mer et accessible qu’en marée basse. L’appareillage de ce bastion est remarquable puisqu’il a résisté, pendant des millénaires années, aux assauts des vagues et des tempêtes. Ces relevés avaient permis, aussi, de découvrir l’emplacement d’une couronne, de 200 mètres de longueur, terminée au nord par un autre bastion qui a disparu toutefois. A l’ouest du Borj de la mer, se trouvent des tombes creusées dans les rochers à un mètre de profondeur. Les plus grandes mesurent 1,70m de long et 1m de large. Mais la question qui se pose est faut- il les attribuer aux phéniciens ou à une autre civilisation plus ancienne dont les rites barbares imposaient des sacrifices au Dieu de la mer ? Du côté de l’Océan, le rôle de ce port était de tenir en respect les Normands, maîtres des Canaries, et ensuite les Espagnols qui leur avaient succédé. Du côté de la terre, Tit avait subi les contre- coups des luttes contre les Almoravides et les Almohades qui bloquèrent son développement. Plus tard, apparurent les Portugais que la forteresse tint en échec quelques temps. Mais la prise de Mazagan et d’Azemmour, en 1508, avait contraint Tit, cinq ans après, à une reddition suivie, après, par une déportation de ses habitants vers les environs de Fès

et de Marrakech par le sultan wattasside Mohamed, surnommé El-Bourtoughali (pour avoir séjourné dans les prisons portugaises). Depuis, l’ancienne capitale des Doukkala ne se relèvera jamais de son revers.

Le premier plan de Tit au Xème siècle

L’ancien plan de Tit fut élaboré, au Xème siècle, par Moulay Ismaîl, après s’être installé en ces lieux, au bord de la mer, au sein d’une tribu amazighe sanhajienne de Doukkala. Il a été surnommé Amghar, en berbère signifiant «le patriarche», par extension «le chef» qui peut être soit un chef politique doté de pouvoir exécutif nommé par une assemblée des anciens (sorte de Sénat) soit un chef spirituel. Si ce n’était pas les deux à la fois. C’est à lui qu’est attribuée la fondation du Ribat maritime de Tit en tant qu’institution militaire, éducative et religieuse fortifiée, vouée à l’instruction et au combat contre la secte hétérodoxe des Berghouata. Mais c’est, surtout, à partir du règne de son petit-fils, le grand savant et mystique Abou Abdallah Amghar dont ce Moussem estival porte le nom, que le Ribat de Tit s’imposa progressivement en tant que capitale provinciale au rôle économique et politique attesté. Notamment dans l’arbitrage au sein de la communauté et la médiation avec le pouvoir central ainsi que de centre religieux fréquenté de toutes parts à travers les siècles par des cheikhs de renom. Les Amghariyines ne firent alors que prolonger davantage leurs ramifications vers d’autres régions du pays, notamment à Afoughal (chez les Haha) ; à Tazzarine (dans le Draâ) ; à Assoul (au Tafilalet), à Bzou au Grand-Atlas… C’est en ces derniers lieux, précisément chez les Ntifa, que vit le jour le soufi et savant Sidi Abdallah ben Hssayn, surnommé «L’homme aux trois cent soixante six sciences». Il est le fondateur entre 1520 et 1530 de la célèbre zaouïa de Tameslouht dans les environs de Marrakech  où il s’illustra pour ses nombreux bienfaits. Son petit-fils Ibrahim ben Ahmed Mghari, surnommé Tayr Jbal (L’Oiseau de la montagne) quitta cette zaouïa familiale après un différend avec le sultan Moulay Zidane pour s’établir au village de Kik, connu depuis sous le nom de  Moulay Brahim. C’est également de  Tameslouht que revint dans le Doukkala des ancêtres, Abd-es-Salam ben Saïd, fondateur au XVIIe siècle de la zaouïa Sayssiya chez les Oulad Messaoud (fraction des Oulad Bouâziz) sur l’emplacement d’une forteresse caïdale ancienne, dite Asays. C’est pour dire l’aura des Béni Amghar, adeptes de l’orthodoxie sunnite malikite, fondateurs d’une des premières confréries marocaines d’obédience chadilite, rayonnants par leur mysticisme et par leur érudition, au point que les chroniqueurs anciens les rangeaient parmi les plus grandes familles du pays dont les membres héritaient de la vertu comme d’autres héritaient de la fortune.
On n’en saisit que davantage la valeur de symbole de ces lieux de mémoire comme espaces de paix et de communion qui s’obstinent à perpétuer, malgré l’éclatement des structures communautaires ancestrales, le souvenir et à nous interpeller en tant que source d’inspiration et une passerelle vers des jaillissements futurs. Car créer des nouveautés, c’est assurément bien. Mais réhabiliter, pleinement les anciennes, là est le véritable défi.
Après l’avènement de l’Islam au Maroc, les dynasties, s’étant succédées, ainsi que les habitants qui étaient restés à routoubis, avaient bâti leurs constructions nouvelles à côté des sanciennes et, parfois, sur les décombres de celles-ci. L’urbanisation nouvelle a commencé à porter un autre nom dans les références arabes et islamiques. Notamment celui de Titnfetr, abrégé en tit.
A l’instar des noms des localités marocaines, Titnfetr est un vocable berbère composé de « Tit » signifiant « Œil », de « n » pour l’adjonction et de « Fitr » signifiant nourriture. Celui- ci s’est arabisé, à son tour, et a pris le nom d’Ain Fitr. On rapporte que l’origine de cette appellation revient à l’existence d’une source où le cheikh Ismail Ibn Said, surnommé Ibn Amghar, fut le premier des Amgharénéens à y faire ses ablutions et à y boire de l’eau. Après cela, le lieu fut surnommé Titnfetr.

La localité Tit l’Amgharéenne

La première installation à Titnfetr l’amgharéenne est, donc, liée au cheikh Ismail Ibn Said l’ancêtre des amgharéens eu égard au fait qu’il est considéré comme le premier à s’installer dans la région. De même selon abdeladim El Azemmouri, la région ne connaissait pas de constructions tant elle était sauvage et cachée par la verdure. Cependant, la région ne demeura pas inconnue car la sédentarisation du Cheik Ismail El Amghari, a suscité l’intérêt de la tribu voisine du lieu qui profitait également des ses ressources verdoyantes et maritimes. La tribu en question, dont le cheikh était nommé Ibn batan contemporain du cheikh AL Amghari, est supposé une descente des sanhaja.Les sanhaja de Titnfetr ont accordé une grande estime au cheikh Al Amghari en vertu des grandes qualités que possédait l’invité Amgharéen, notamment celles de piété, de méditation, de satisfaction et de volonté d’instruire les gens. Ils étaient aussi émerveillés par ses karamats et ses actes extraordinaires.
La relation entre les deux parties s’est tellement intensifiée qu’un mariage a eu lieu unissant l’une des filles de la tribu au cheikh Ismail. Un enfant naquit auquel fut donné le nom d’Ishaq qui suivit la même voie de piété que son père. Il fut également l’un des grands saints de son époque. Ce fut donc le commencement de la famille Amgharéenne avec à sa tête, le cheikh Ismail Ibn Amghar, et ce avant l’avènement des Morabitines (au début du 5eme siècle de l’Hégire). D’ailleurs l’une des premières constructions sur place fut la maison du cheikh El Amghari et de ses proches. C’est ce qu’on peut appeler aussi le premier Ribat Amgharéen. Il est rapporté aussi que le cheikh Ismail mourut dans cette localité et y fut enterré.

Le moussem de Moulay Abdellah

fantasia CAVALIERS AU MOUSSEM

Le Moussem de Moulay Abdellah Amghar est l’une des plus importantes manifestations religieuses et culturelles au Maroc. Célébré depuis des centaines d’années par les tribus des doukkala, au Ribat Tit (Centre Moulay Abdellah actuellement) à la mémoire du saint Moulay Abdellah Amghar. Les festivités du moussem sont très variées et se diversifient entre des activités religieuses au sein du marabout et de sa mosquée et des activités patrimoniales et folkloriques dans les différents espaces du moussem. Cette manifestation se caractérise par son aspect non stop. Si la journée est consacrée à la fantasia et à la chasse au faucon, la nuit connaît l’organisation de soirées artistiques populaires. Par ailleurs, et durant la période du protectorat français, le moussem de Moulay Abdellah Amghar irrita l’administration coloniale quand la célébration du moussem avait commencé à revêtir un caractère nationaliste et revendicatif contre le protectorat.

 

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