Le Marocain ne s’aime pas…

Par:Abdessamad Dialmy

Pourquoi les Marocains se regardent-ils mutuellement avec méfiance, agressivité et suspicion?

Pourquoi ne s’aiment-ils pas ?

Pourquoi ne vont-ils les uns vers les autres que par intérêt et calcul ?

Corrompu, corrupteur, menteur, servile, hypocrite, faux, non ponctuel, paresseux, absentéiste, partial, cupide, sans parole, impoli, indélicat, agressif, maltraitant, incivique, bruyant, polluant, irresponsable, parlant à haute voix en public, n’admettant pas ses fautes, … le Marocain est ainsi… Ici et maintenant. Comme dirait le sociologue, c’est l’idéaltype du Marocain d’aujourd’hui. Son portrait robot en termes plus simples.

Le Marocain se sait ainsi, et se perçoit ainsi. C’est l’image qu’il a de lui-même. Image négative qui n’est pas trop éloignée de la vérité.

Comment peut-il alors s’accepter ? Se supporter ?

Comment peut-il s’aimer soi-même ?

Il ne le peut.

Au fond de lui, le Marocain ne s’aime pas parce que Marocain. Il se dit seulement Marocain, il se dit qu’il n’est que Marocain. Mépris de soi. Nulle part, je n’ai vu des gens qui s’auto-méprisent ainsi. Ce Marocain qui ne s’aime pas parce que Marocain, il ne peut aimer les Marocains. Il les perçoit à son image : corrompus, corrupteurs, menteurs, serviles…, indignes d’amour et de respect.

A l’étranger, le Marocain évite le Marocain, il s’en désidentifie, comme pour se déculpabiliser. Une sorte de reniement de soi, de son identité. Quant il le peut, il se rapproche des Indigènes, de ces Européens, de ces Américains, par intérêt et calcul. Il aspire à leur ressembler, tellement il les perçoit comme des gens corrects. Même s’ils ne sont pas musulmans, il les perçoit comme meilleurs.

Ce Marocain là, mauvais et médiocre, celui d’aujourd’hui, a été fabriqué ainsi. Il a été voulu ainsi, mauvais, médiocre. Mais cette négativité n’est pas dans la nature du Marocain. Ce n’est pas un destin. Le Système n’a pas voulu le fabriquer comme sujet de droits, comme citoyen. Il est victime de ce système. Et au lieu de s’en prendre à ce système, dans un combat politique véritable, vertical, il s’en prend aux autres, à ceux qu’il croise sur son chemin, à ses voisins, à ses collègues… gratuitement, souvent pour des vétilles. Ce combat horizontal, pré-citoyen, psychopathologique, est livré pour compenser, se défouler. Combat impuissant, combat des impuissants, livré par impuissance politique, eu égard à l’impuissance de la politique. Quand elle est exercée, la politique n’est plus exercée comme le Levier de l’amélioration de la société et du pouvoir. Ou de s’améliorer soi-même. Elle est recherche du pouvoir en soi, pour soi. Seul le pouvoir immunise. Il immunise de l’arbitraire régnant. Telle qu’elle est exercée depuis une trentaine d’années, la politique n’habilite pas le Marocain à devenir un citoyen. Elle n’est plus éducation. Viciée parce que de façade et sans efficience, elle maintient le Marocain dans la pré-citoyenneté, elle l’enfonce dans un néo-tribalisme instable et opportuniste, dans l’anti-citoyenneté en dernière analyse … En tant que praxis, la politique est à assainir. L’assainissement de la société marocaine commence par l’assainissement de la pratique politique.

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