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Par: Rabiâ Moukhlisse Franoux  (pour eljadidascoop)

Je vois bien que mon Maroc roule à plusieurs vitesses que ce soit au niveau économique ou culturel et, quand je dis roule, cela va crescendo de la marche à pied, à la carriole tirée par un bourricot dirigée par un âne, à la 4L pourrie qui ne tient que par les autocollants en passant par le must de la voiture sous gammée des grands constructeurs, genre t’as une bagnole, la même mais en moins bien qu’en Europe comme une 301 Peugeot ou une Elysée de Citroën qui n’existe que chez nous, jusqu’aux voitures haut de gamme dont le prix est au-delà de toute décence et qui pullulent dans notre pays tellement il y a de fric que ça en rend jaloux un touriste qui débarque chez nous mais qu’on ne sait pas d’où il vient (le fric, pas le touriste).

Nous avons donc une immense majorité de gens sous ou à la limite de seuil de pauvreté qui essaient de s’en sortir et dont le niveau intellectuel est égal à son pouvoir d’achat c’est-à-dire pas grand-chose. N’ayant pas eu accès à l’école ou alors à une école au rabais, ils ont dus en sortir rapidement pour se mettre au boulot afin de pouvoir manger. La culture ou les livres étant hors de prix, on s’est souvent contenté de leur donner un petit bout de Coran expliqué souvent n’importe comment en guise de puce d’intelligence dans leur processeur de vie de robot au service de la société qui compte.

La société qui compte justement, elle, elle a pu faire des études, lire des livres, accéder à des musés. Mais bien souvent elle s’en est abstenue. D’abord parce que cela ne rapporte rien en termes de flous. Ensuite on perd un temps lui aussi précieux qui est mieux utiliser à faire la fête ou aller chez le coiffeur. Donc quand je me retrouve en soirée avec ce genre de personnes, une coupe de champagne et un petit four en main, je suis obligée de m’adapter à la conversation. Les hommes m’évitent car ils parlent de buziness ou de petites cachoteries politiques mais, chut, on en parle qu’entre soi et entre hommes et les femmes, me donnent les secrets de leur permanente, le programme des prochaines vacances ou me font un compte rendu de leurs ennuis avec leurs femmes de ménages. La vacuité de ses conversations n’a d’égale que mon ennui profond. Mais puisqu’il faut bien une vie sociale et se dégourdir les jambes plutôt que de rester à zapper les 672 chaînes des décodeurs pirates qui, de toute façon, passent la même merde donc autant la vivre en directe.

Reste un petit cercle dit d’intellectuels que je peux classer en deux groupes. Le premier a une bonne culture générale convenue c’est-à-dire qu’ils sont au courant de l’actualité et ont avis sur tout (ils ont surtout un avis disait Coluche). Ils ont lu le dernier bouquin d’untel (enfin c’est ce qu’ils disent) et le trouve génialissime alors que c’est généralement une grosse daube que l’on abandonne à la quatrième page. Ils ont vu la dernière expo super conceptuelle de tel artiste connu qui leur à donner une érection tellement c’était intense au niveau de la chose exprimée. Moi quand je vois la même exposition je trouve que c’est du déjà vu souvent dans les années 70 (car l’art contemporain est souvent vintage) et que ce n’est qu’une énième copie d’un travail qui n’a rien à dire mais que l’on dit tout de même avec beaucoup de mots dans chaque phrase. Et oui, quand ces gens s’expriment ils font tout pour t’éblouir en utilisant plein de mots compliqués pour expliquer un truc simple. On te balance des paradigmes de partout et des phrases sans ponctuations ni virgule comme si le flot verbal quasi diarhétique pouvait te fasciner via les flashs intellectuels que cela pouvait suscitait en toi juste au son de la voie et que tu te perds complétement dans le discours qu’à la fin t’as rien compris mais que tu ne peux qu’acquiescer en espérant ne pas avoir l’air con et que l’autre se rende pas compte que tu as décroché à la troisième phrase. Hé, hé, j’y arrive aussi à faire des beaux discours qui ne veulent rien dire avec plus de 100 mots par phrase ! Bref, des gens qui veulent passés pour brillants, qui peuvent passés pour intelligents mais qui finalement n’ont pas grand-chose à dire de personnel. Ils veulent simplement briller pour flatter leur propre égo ou en retirer un avantage personnel. Ce qui est étrange c’est que lorsque je lis des chroniques, je vois que tout le monde tourne autour du même sujet. Est-ce que tout le monde y pense en même temps ? C’est dans l’actualité donc tout le monde y va de son petit commentaire. Sans doute mais bizarrement je retrouve de ci de là des phrases quasi identiques à un ou deux mots près. Un ton inhabituel de l’auteur qui jusqu’à présent était sérieux et devient plus caustique : c’est dans l’air du temps ou c’est d’une autre inspiration ? Pareil pour l’art, on pique les idées à droite, à gauche et on refait un mix en prétendant que c’est de l’original. On pourrait se croire dans un processus créatif fort mais en fait on vit la guerre des clones ! Celui qui fait le plus de pub, celui qui connait le plus de gens ou le diffusent mieux à travers les copains est déclaré vainqueur et est reconnu comme le producteur d’une idée ou d’un concept qu’il a piqué ailleurs. En tant que créatif je trouve cela un peu injuste voire carrément dégueulasse mais bon, c’est l’hyper capitalisme, la loi du plus fort, du plus malin ou du plus connu. Mais, et c’est mon petit coup de griffe, cela reste une arnaque tant intellectuelle que financière.

Enfin, il reste (ouf) des gens que je trouve intéressants. Qui ont des choses à dires. Des avis personnels, réfléchis et étayés par leur connaissance du monde et de l’actualité, curieux, à l’écoute et prêts à l’échange, prêts à changer d’avis ou ayant envi de te convaincre de la justesse de leur point de vu. Ceux-là m’intéressent au plus haut point et j’avoue aimer être en leur compagnie. Il n’y a pas de typologie précise pour les trouver, on les trouve dans toutes les catégories socio-économiques et je leur tire mon chapeau pour ce qu’ils sont. Je pense que ce sont eux qui méritent de réfléchir au devenir du monde et qui peuvent apporter le plus. Mais comment devient-on comme cela ? En étant curieux et en ayant accès à la culture avec un grand C. Et au Maroc, on ne doit pas trop aimer cette race de personnes. Nous avons une notion très vague de l’histoire, les monuments historiques n’intéressent que peu de gens, l’accès à la culture n’est réservé qu’à une élite financière que cela intéresse peu. Comptez le nombre de musées, de théâtres, de cinémas, de bibliothèques que nous avons et vous comprendrez que le compte n’y est pas. Et pourtant, on peut citer de grands auteurs qui vous diront « construisez une école, vous fermerez une prison » ou « un peuple sans culture est un peuple voué à disparaître » mais, rien n’y fait. On continue de construire des mosquées plutôt que ce que je viens de citer. Volonté délibérée de nous maintenir dans une pseudo croyance d’intelligence qui ne veut pas que notre peuple devienne (ou redevienne) cultivé mais soit reste cultureux (c’est-à-dire qui se croit cultivé mais n’en a que l’ombre d’un soupçon) ou cul-terreux (appellation péjorative française pour désigner les paysans assis par terre) ? Simple erreur de priorités ?

Ce n’est qu’en élevant le niveau de notre population que nous pourrons faire grandir le Maroc alors merci de faire le nécessaire et d’y réfléchir sérieusement. Attention tout de même à ne pas vous faire mal au muscle du cerveau vu qu’il n’est plus beaucoup habitué à faire des exercices !

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