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 Par: Khadija Benerhziel

Le hammam beldi fait partie de nos traditions depuis des  siècles. C’était la destination incontournable  hebdomadaire ou bihebdomadaire  et sine qua non pour se laver, de toutes les familles,  hommes et femmes, petits et  grands, riches ou pauvres,  quand  toutes les maisons n’étaient pas équipées de douches ou de salles de bain.

Considéré non seulement comme endroit pour se nettoyer le corps en profondeur,  un espace de  détente et de bien être, mais plus encore, il représentait  une sorte d’agora , où les femmes se rencontraient pour papoter , discuter en toute liberté sans tabous de certaines choses intimes qu’elles ne pouvaient aborder qu’entre ses  murs où elles  pouvaient passer des après midi entiers..

La préparation pour ces fameux après midi obéissait à tout un rituel. Il fallait se munir d’une bonne stila ( un seau en général en cuivre martelé ou en métal argenté) , y mettre une ou plusieurs tassates ( coupelles) en cuivre également, et les sacro-saints savon noir beldi, ghassoul, les kisses (kharqates) ou gants,  une pierre ponce pour les callosités des pieds ,du henné ou la fameuse nefqa dont on s’enduisait les cheveux ( mélange de plantes aromatiques comme des roses séchées,  des clous de girofle , etc), des citrons dont on mélangeait le jus avec le henné,  et , cerise sur le gâteau,  (ou plutôt une orange dans le seau),  des oranges à prendre en fin de bain pour se revigorer et se rafraîchir .

Bien sûr,  il ne fallait pas oublier non plus les indispensables serviettes, et les vêtements propres de rechange.

Une fois sur place, la première chose qui chatouillait les narines, c’était cette odeur si particulière du hammam beldi qui nous emplissait les narines. C’était un mélange  de senteurs provenant de l’intérieur du hamman et de l’odeur du bois qui brûlait dans le farnatchi (chaudière).

On entrait  d’abord  dans  la goulsa,  (vestiaire , salle de déshabillage et de repos ) pour y déposer nos  affaires, qui étaient confiées à la guellassa, une  » préposée » qui les gardait. L’on pénétrait ensuite dans l’enceinte du bain , qui comprenait en général 3 salles, où la température allait en croissant de l’une à l’autre.

On pouvait louer les services d’une tayyaba ou masseuse, qui se chargeait de notre gommage, savonnage et transport de l’eau du grand bassin (al barma), qui se trouvait dans la salle la plus chaude du hammam.

Ma mère et moi bénéficions d’un certain privilège auprès de cette brave dame, depuis le choix de la meilleure place pour s’installer jusqu’à la prise en charge  de notre  nettoyage parce que ma tante avait le hammam ( Sid Lyazid).

On ne peut parler de la tayyaba sans mentionner un autre rôle qu’elle jouait  auprès des familles , dont elle connaissait tous les secrets.. Elle avait son entrée partout et était présente à tous les événements familiaux. Elle faisait office   de marieuse, et on peut dire sans trop exagérer que les hammams étaient presque des agences matrimoniales où de nombreux mariages ont été contractés.

 

Une fois que toutes les opérations de lavage terminées,  on sortait pour s’habiller et se reposer quelques moments dans le vestiaire,  on en profitait pour boire soit de l’eau,  soit du thé ou de la limonade, sans oublier bien sûr nos oranges.

Un immense bien être envahissait nos corps, propres comme des sous neufs et débarrassés des toxines et du stress accumulés durant la semaine. On prenait tout notre temps, et les discussions non terminées à l’intérieur du bain continuaient de plus belle.

De nos jours,  peut-on profiter autant de notre bain?

Les hammams continuent-ils à jouer le rôle qui leur était attribué dans ce passé pas si lointain?

Malheureusement non, l’évolution de la société et la vie devenue de plus en plus trépidante font que les gens prennent leur bain ou leur douche le plus rapidement possible, et cette convivialité entre les femmes n’a plus lieu.

La plupart des hammams traditionnels ont disparu,  et ceux qui résistent encore ont atteint un degré de vétusté très avancé.

C’est un grand dommage que ces lieux pleins d’histoire et faisant partie de notre patrimoine se détériorent et n’intéressent plus beaucoup de gens, ayant été détrônés par des bains plus modernes où le grand bassin unique  a été remplacé par des vasques individuels en marbre, devant lesquels chaque femme procède à sa toilette sans trop de familiarité avec ses voisines.

Même les accessoires de bain n’ont plus le charme d’autrefois,  remplacés par les seaux et les coupelles en plastique,  ils ne servent plus que comme objets de décor.

Quant aux jeunes filles, elles n’ont plus besoin du hammam ou de la tayyaba pour trouver un mari, l’internet se chargeant très bien de cette opération

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