LE DESTIN TRAGIQUE DU VIOLONISTE BERRECHID

 

 

BERRCHID

Mort tragique de l’Artiste Berrechid dans la rue…

Par: M’hammed Beddari

Du temps de ma jeunesse, je me rappelle d’un groupe musical local, auquel j’assistais de temps à autre, au théâtre municipal. De mémoire de jeune, je me rappelle le visage de chaque membre du groupe. Ils n’étaient d’ailleurs pas nombreux, ils étaient six ou sept,tout au plus.

Une fois, pendant que je faisais ma marche quotidienne, il me  semblait   reconnaître l’un d’eux, il était assis sur le bout du trottoir, boulevard berrechidZerktouni, n’ayant comme compagnie que, son matelas et sa couverture, tous deux ayant perdu leurs couleurs initiales, et son litron de vin rouge. ses yeux tout  rouges, à peine s’il arrivait à les ouvrir, et sa tête lui pesait, et rendait  le changement de son  regard  MHAMMED-BERCHID-3-b9cd31lent et difficile.

Puis, arriva un temps où je ne l’avais pas revu, jusqu’au jour, où ayant changé le trajet de ma marche, je l’ai revu sur le bout du trottoir de l’avenue Hassan deux, ex Richard d’Evry, à côté de lui, comme d’habitude, son matelas et son litron, mais avec, un changement de taille  cette fois -ci, il avait la jambe amputée.

J’ai vite compris la raison de son absence. Content de le revoir , puisqu’il était au moins en vie, et après avoir fait le nécessaire, dans des situations pareilles ,je l’ai abordé, en lui demandant, s’il n’était pas le monsieur, qui jouait, au sein du groupe musical des années 1960 à 1965, sa réponse était négative, complétée, par une phrase qui résonne encore dans mes oreilles,  » Peut être que vous m’avez confondu avec le monsieur dont vous parlez ».

J’ai su par la suite, et après que son décès eût été annoncé par EL-JADIDA scoop, que c’était effectivement, le musicien en question.

 Depuis lors, je n’ai pas encore trouvé de réponse à son refus de dévoiler son identité.

Mais, il y’a une chose, dont je suis sûr, c’est la situation de plusieurs de nos artistes, qui vivent dans la précarité la plus totale, une situation qui n’a rien à voir avec celle qu’on voit souvent à la télévision.

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Le talentueux violoniste, feu Berrechid, 2ème à partir de la gauche

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One Thought to “LE DESTIN TRAGIQUE DU VIOLONISTE BERRECHID”

  1. Polcaj Carle

    Il y a presque un demi siècle déjà ,un temps où la musique envahissait beaucoup d’espaces, de lieux de rencontres, de la musique à danser, de la musique à se caresser l’âme.Ils se sont emparés d’un violon, d’un bendir,d’une darbouka.Ils ont chanté l’amour, la joie du mariage et des amours.Ils ont chanté le pays aussi ,réappris la langue confisquée par le colonisateur.Puis le temps ,les marchands de rêves éphémères, les fabricants de starlette et de gigolo dont le’’ riff ‘’amour rime avec toujours ont fait leurs apparitions.Alors comme une vieille chemise, un objet désuet, une ceinture de cuir élimée par le temps on t’a oublié là dans un coin.Avec tes amis(es)vous nous avez tout donné, oui tout.D’abord ce bonheur de remplir l’espace de la musique qui avait fait danser notre père, notre mère notre grand père aussi et d’autres encore avant eux.La musique qui accompagne la naissance bienheureuse d’un fils,d’une fille qui rempliront la maison de rires.La musique des fiançailles et des promesses d’union ,la musique des mariages et les serments d’une vie d’amour.La musique des deuils, celle qui appelle au recueillement, aux souvenirs des jours heureux, des éclats de voix partagés, des amitiés solides et impérissables.La musique du temps qui passe, la rencontre avec l’autre, l’échange du Ré avec un Si et le partage d’un accord mineur pour caresser la nostalgie.Oui vous nous avez tout donné, comme une belle journée de printemps qui voit les fleurs d’amandier refleurir, comme la caresse d’une grand-mère sur la joue de son petit fils, comme le retour de la marée qui annonce au pêcheur une belle journée et sa famille enfin rassasiée.Oui semé, oui j’ai semé moi et mes amis des notes de musiques, des chants, des lamentations, un bonheur qui se lisait sur la touche de mon violon.Tu l’as oublié?Non ça je le sais, car comme moi tu as regardé, appris, souvent désespéré devant la difficulté tu as mis du temps. Tu as tellement aimé ton violon , son âme, sa difficulté à le faire chanter et nourri le plaisir des autres que toi aussi tu as oublié celle qui aurait pu te donner des enfants.C’est la vie des saltimbanques, des artistes sans compromis pour qui au delà de leur Art il n’y a rien d’autres.Souvent très souvent même, ils voyagent à travers la vie seul.De ceux là il nous reste des mélodies, un répertoire, un pas de danse esquissé par une jeune berbère au caftan finement brodé, une fin de ramadan joyeuse accompagnée par de jeunes musiciens, ceux chez qui tu as semé cette graine intemporelle celle de la musique et de l’amour du violon.Tu savais aussi que la musique est un passeport universel et que le violon est joué et pratiqué dans toutes les sociétés.De celà ,de cet universalisme là, Merci.Moi je sais qu’il y a un paradis des musiciens sois-y le bienvenu.

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