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Par Ahmed BENHIMA  benhima3  (Pour El Jadida Scoop)                                                            

Le débat sur le choix de la langue d’enseignement des matières scientifiques dans nos écoles publiques suscite de très vives controverses et bloque au parlement le énième projet de réforme de notre système éducatif. Comme d’habitude, chaque groupe campe sur ses positions et   l’échange dépourvu de fondements scientifiques et de propositions pratiques se transforme automatiquement en polémique et en machinations partisanes. La question de la langue est déjà bien grave et extrêmement complexe. Quand en plus elle n’est posée ni de façon claire ni abordée avec l’objectivité requise, son traitement devient passionnel, explosif et nous éloigne de la solution souhaitée.

Essayons donc de deviner le but recherché par les différents partenaires. Cherchent-ils à sortir notre enseignement de sa crise endémique ? Alors, la langue est un élément parmi d’autres dans ce vaste problème et aucune langue utile pour les marocains qui veulent faire des études et aller loin ne sera exclue. Ou bien cherchent-ils à imposer une langue, à la doter d’un statut privilégié par rapport à d’autres langues? Là alors, il ne s’agit plus de réformer un système scolaire mais de s’octroyer des avantages socio- politiques aux frais de l’éducation nationale, de l’enseignement public et de leurs bénéficiaires.

Notre sentiment face à ces deux hypothèses est que nous sommes entrainés dans la seconde voie dont on n’entrevoit pas l’issue. Mais admettons de bonne foi que la nature des déboires de notre système d’instruction est exclusivement linguistique. Examinons objectivement  les langues en présence et demandons-nous laquelle conviendra le mieux à notre enseignement/apprentissage des matières scientifiques.

L’idéal, c’est que l’enseignement se déroule dans la langue maternelle de l’apprenant. Cela suppose que cette langue maternelle réunit  les critères nécessaires à cette fonction : un alphabet propre, des règles d’orthographe stables et une grammaire élaborée parce que l’écrit est incontournable en milieu scolaire. Ces conditions excluent automatiquement notre « darija » de la compétition. Son plus bel atout est qu’elle est une belle langue d’échange quotidien  et de culture orale.

L’idéal aussi c’est que cette langue maternelle soit pratiquée à une échelle mondiale assez large, qu’elle possède un patrimoine culturel diversifié qui s’enrichit, qui se renouvelle  et qu’elle soit appuyée par une économie florissante. Cette deuxième condition écarte en plus et tout aussi automatiquement « nos parlers régionaux» qui sont utilisés par une population statistiquement infime et géographiquement restreinte. Cela n’interdit point leur enseignement, au moins en option.

Il reste dans notre contexte actuel le choix entre l’arabe classique et le français. L’une et l’autre ne sont pas nos langues maternelles et en même temps elles ne sont pas totalement étrangères pour nous.  

La première est la langue commune à tous les peuples arabes de la planète  qui en font l’apprentissage dans les écoles et ceux-ci atteignent ou même dépassent les 400 millions de locuteurs. C’est une langue qui possède un patrimoine culturel  très riche dans tous les domaines du savoir. Elle figure parmi les six langues officielles de l’ONU et compte parmi les langues les plus fines et les plus belles de tous les temps. D’un point de vue strictement linguistique, tout la prédispose à l’enseignement et à l’apprentissage des matières scientifiques et techniques depuis l’initiation jusqu’aux niveaux les plus avancés. Et pourtant, malgré ces atouts, cette langue se heurte à d’innombrables  difficultés qui la rendent dans l’immédiat non opérationnelle dans l’enseignement des sciences et des techniques. D’un côté, des événements défavorables à son épanouissement, voire nuisibles à sa survie ont survenu au cours de son histoire, ont brisé puis stoppé son élan aux alentours du XIIè.s. Nous sommes aujourd’hui au XXIè.s. Le monde arabe, et partant sa langue et la culture qu’elle véhicule, accusent un retard de neuf siècles sur l’Occident qui progresse à une vitesse astronomique. Il domine tous les types de connaissances, tous les moyens de leurs production, contrôle toutes ses sources et surveille tout concurrent potentiel afin de conserver la suprématie. D’un autre côté, les gouvernements arabes actuels ont unanimement décrété que l’éducation est une charge improductive et dangereuse. L’instruction, la créativité, l’initiative, la pensée libre et la libre expression ne bénéficient auprès d’eux d’aucun soutien, d’aucun encouragement. Privés de moyens (Centres de recherches, de traduction,  budgets…) et dépourvus de liberté, les intellectuels arabes sont souvent opprimés, contraints au silence ou à l’exil. La langue a naturellement subi l’impact de tous ces aléas. Elle s’est appauvrie, non pas en tant que système mais en tant que véhicule et en tant qu’outil. Il lui est aujourd’hui normalement difficile de concurrencer les langues de pays émancipés et avancés.

La seconde langue est le français. On peut à juste titre lui reprocher de se positionner loin derrière l’anglais et de compter moins de locuteurs dans le monde que l’arabe. Mais cette langue se distingue par un patrimoine culturel parmi les plus riches et parmi les plus évolués. La France dispose de Centres de recherche, d’Universités et d’Institut de haute renommée. Autant de moyens qui permettent à la France de maintenir une présence permanente sur la scène culturelle, notamment scientifique par des recherches et par la traduction régulière de la plupart des productions étrangères. De plus, au Maroc l’infrastructure culturelle existante, héritée du passé, le nombre de cadres et de locuteurs francophones ou bilingues nationaux disponibles, les liens privilégiés avec la France  justifieront et faciliteront, au besoin, le recours en priorité au français pour régler notre problème.

Toutefois, des précautions indispensables resteront à prendre dans le cas des deux solutions envisagées. Si le consensus se fait autour de l’arabe classique, il faudra tirer des leçons de notre politique précédente, précipitée et chaotique d’arabisation. Il faudra réaliser et admettre qu’arabiser ne consiste pas à substituer un code à un autre ou à arabiser dans un cycle scolaire sans arabiser dans tous ceux qui le suivent ou à croire que cette décision ne concerne que le milieu scolaire. L’arabisation n’aura de chance de réussir, de parvenir à ses fins que si elle atteint et couvre  tous les rouages de l’Etat, l’ensemble des secteurs financiers, économiques, industriels qui créent la richesse et offrent l’emploi, que si elle prévoit des espaces pour des langues étrangères complémentaires pour garder le pays ouvert sur le monde et sur les principales cultures. Il faudra œuvrer à simplifier les règles de la grammaire arabe, à rendre active et attractive sa pédagogie, à rendre plus conformes ses contenus avec la réalité, avec la vérité et à orienter ses préoccupations davantage vers l’avenir que vers le passé révolu.

Et si le consensus se fait autour du français, il faudra l’envisager comme une solution transitoire, pour une période que nous ne pouvons même pas déterminer avec approximation tant le retard pris est grand et tant la volonté des dirigeants est  faible. Il faudra en renforcer l’apprentissage et lui trouver un statut et un rôle harmonieux avec la langue arabe, langue officielle du pays, et autres langues étrangères complémentaires.

Enfin, quelle que soit l’option retenue, il ne faudra pas perdre de vue que la langue anglaise est vraisemblablement, certainement même la langue de l’avenir pour l’acquisition optimale des sciences et des techniques, pour la maîtrise des transactions commerciales,  des affaires et des échanges économiques à travers le monde. Ni l’arabe ni le français ni aucune autre langue ne pourra contrer ou changer cette tendance. Au Maroc, de nombreuses entreprises ont commencé déjà à exiger la maîtrise de cette langue dans leur recrutement. Notre politique éducative doit prendre ses dispositions pour introduire de façon intense l’enseignement de cette langue afin d’aligner le Maroc au rang des pays  en voie de réel développement.

Ahmed BENHIMA

Fait le 15/05/2019

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