souk sebte

Par: Driss TAHI

Des moments exceptionnels précédant le jour du souk hebdomadaire. Celui-ci commence en réalité la veille pour tous les habitants du douar. Les préparations des produits et marchandises prévus à l’écoulement le lendemain se font avec minutie, ça va de soi, car une partie de la recette sera dépensée au souk.

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Chacun selon ses moyens s’active, le tout suivant la production qu’il a pu réaliser durant les derniers jours sur les champs ou à la mer, toute proche. L’essentiel pour tous est que tout soit prêt avant l’aube, et comme dit l’adage doukkali : « la volaille destinée au souk doit être ligotée la veille ».

Le bétail est embarqué dans un camion sur la place du douar, lieu de rendez vous, de tous les bestiaux désignés pour un aller simple au souk. Ceux-ci sont amenés sur une élévation de terre haute d’un mètre et demi, à sommet plat, qui sert de quai d’embarquement, et de là,  sont poussés un à un, sur le plateau du camion a l’arrière, puis attachés aux ridelles sans difficultés .

Chacune de ces bêtes ira trouver le sort qui lui est réservé par son propriétaire : soit l’enclos à bétail destiné à la vente, soit l’abattoir (gourna).

Un remue ménage propre à une soirée pareille a lieu dans les cours des habitations ou tout le monde s’attelle aux préparatifs. On s’´agite jusqu’à une heure tardive. On dispose soigneusement près de la sortie, paniers d’œufs, sacs de légumes, sacs de céréales, volaille, tapis artisanaux, couvertures en laine, étoffes et haïk fraichement retirés du métier à tisser… Les femmes y ont mis en plus de l’héritage d’un savoir fairetahi01 traditionnel transmis de mère en fille, tout leur cœur. Malgré le dur labeur enduré et surtout la fatigue visible, due aux nuits blanches jusqu’à confondre les couleurs, les douleurs au dos et aux épaules, à cause de certains gestes répétitifs, et à force de tasser au peigne métallique, sans parler du travail ardu de préparation de la laine (filage, teinture …)

Mais le travail derrière un métier à tisser malgré ses contraintes physiques reste tout tahi0de même supportable comparé a la dure besogne aux champs ,ou à la cueillette des algues marines durant des heures, dans l’impitoyable froideur de l’eau de l’océan ,ce qui met le corps d’une femme à rude épreuve, et les maladies que ça peut engendrer ,sans compter son éloignement de ses enfants et de son foyer.

Les achats à effectuer au souk sont discutés durant toute la semaine, et chaque membre de la famille essaie de placer ses besoins, en tête de liste, afin de s’octroyer une bonne part du budget réservé à cet effet. Après de longues palabres, le dernier mot revient au père, comme toujours.

La quote part de la femme dans le partage des revenus,  toutes proportions faites, reste faible, mais son bonheur est immense.

Le jour du souk vient ponctuer la semaine, comme la pleine lune ponctue le mois. Un jour tant attendu. Aussi bien par les adultes que par les enfants à qui il promet bonbons et autres sucreries.

Ce jour représente pour les femmes une occasion de sortir du Douar, faire quelques achats personnels.

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On ne rentre jamais du souk les mains vides, et on n’en revient pas non plus les mains vides .On y va pour vendre et acheter toutes sortes de choses. Faire réparer ou échanger outils et accessoires .On y va pour se faire couper les cheveux et se faire raser la barbe, arrache un dent ; pour se distraire en assistant aux spectacles des Halqas ,et Cheikhates ,pour voir les personnes qu’on ne rencontre qu’au souk, pour régler un problème administratif, poster une lettre, ou pour solliciter les services d’un écrivain public.

Les seules personnes qui restent au Douar sont celles qui ne peuvent supporter les aléas du déplacement, ou les handicapés physiques. Mais à ceux là aussi, le film des événements de la journée leur est rapporté, presque dans son intégralité.  Tout leur parvient jusqu’au douar. En plus des cadeaux promis, Ils ont droit au plus infime des détails ayant marqué la journée, depuis l’arrivée aux portes du souk. Même les spectacles de la Halka leur sont transmis ,ce qui oblige le conteur à user de tous ses talents d’imitateur pour épater un tant soit peu son spectateur :enfant, vieux ,ou autre malade alité, et lui arracher tantôt un sourire, tantôt une larme.

Les centaines de tentes qui peuplent le souk sont installées durant la nuit. Les marchandises sont disposées, étalées très tôt, et dés les premières lueurs de l’aube, on aperçoit les premiers signes de vie.

Le souk se réveille et s’étire, ouvrant grand ses bras à la foule, aux ânes chargés, aux charrettes attelées d’un mulet ou poussées par conducteurs et autres, bicyclettes et vélomoteurs transformés en bête de somme.

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Les gargotiers attisent déjà le feu en attendant la viande qui sera livrée d’un moment à l’autre par la gourna. Les beignets flottent dans l’huile brûlante et attendent les premiers clients .On sent de loin l’odeur de la menthe que dégage les théières qui bouillent sur la braise. Les coiffeurs installés en plein air, arrangent les premières coupes de cheveux aux clients matinaux pressés de faire bonne figure au souk, et qui se laissent tondre en tenant eux même le miroir. Les chouafates et cartomanciennes alignent déjà leurs cartes, et brûlent cierges et bâtons d’encens devant l’air ahuri des premières clientes. L’atmosphère chauffe, et les bruits s’élèvent au fur et à mesure que la foule s’anime. Les hauts parleurs des marchands débitant cheikhates et invitations à l’achat, envoient des dizaines de décibels à vous crever les tympans. Les nuages de poussière se mêlent a la fumée que dégage les barbecues et aux odeurs des épices et de la viande grillée.

Au souk, on mange à tout moment…toute la journée…entre deux courses ,debout devant l’une des gargotes mobiles qui offrent fèves et pois chiches aux épices ,ou crêpes au thé à la menthe, ou bien au café restaurant sur une natte accroupis autour d’un grand plat de viande ,un pain rond à la main ,ou devant une douzaine de beignets accompagnés d’un thé, ou d’un tajine aux abats.

Avant le coucher du soleil, le souk se calme, se tait, s’essouffle et se vide petit a petit, pour ne garder à la tombée de la nuit que les nombreux amas de monticules et les bandes de chiens errants.

On rentre enfin les bras chargés et les poches vides, mais rassasiés, et heureux.

Cette nuit, le calme régnera dans tout le Douar, tout le monde se couchera le ventre plein.

Les problèmes qui entachent la vie de quelques couples trouveront surement leurs solutions sur l’oreiller, et la vie reprendra son train-train, en attendant le jour du souk prochain qui ne viendra sûrement pas trop vite.

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