AUTOSTOP « Les carnets d’un auto-stoppeur »  est  désormais  une chronique hebdomadaire qui sera assurée par notre ami Driss TAHI

Driss Tahi

Il y a une heure , ou peut-être plus, que je suis sur la route à faire du stop.
En partant ce matin , J’avais oublié ma montre dans la salle des toilettes de l’auberge des jeunes de Barcelone.
Quand je m’en suis rendu compte, J’étais déjà à la sortie de cette grande ville , sur une nationale , le pouce en l’air, essayant de rejoindre la frontière française .
Pas question de retourner pour une montre jusqu’au Ramblaz , au centre ville , ça me fera une trotte , et si j’y allais , je perdrais toute la journée, car le voyage en stop se fait toujours le matin , pour plusieurs raisons , d’autant plus que je ne suis pas certain que celui qui l’aurait trouvée, la remettrait au père aubergiste ; Il passe beaucoup de monde dans une auberge des jeunes, et de toutes les nationalités… surtout dans une grande ville comme Barcelone.

Ce n’était certes pas une Rolex , mais c’était une montre avec bracelet en caoutchouc, à laquelle je tenais.
Depuis que je me suis mis dans la tête de voyager, j’avais appris à m’attacher à tout ce qui m’appartenait , parfois même à des choses très simple, que je me gardais de perdre, car tout pouvait servir quand on est sur les routes , d’autant plus qu’il était hors de question de faire des dépenses imprévues, pour remplacer un couteau suisse, un coupe-ongles, une lampe ,ou même un stylo.

Il devait être le début de l’après midi , et ma montre commençait déjà à me manquer, J’étais entrain de m’en mordre les doigts , et de me traiter de tous les noms , genre ;
quel con tu es , tu ne changera jamais, imbécile ….. tu aurais dû….Il fallait…après la trousse de toilette oubliée l’été dernier, dans l’auberge à Marseille …
Quand enfin, la vue d’une voiture me libéra de moi même, et des salves d’injures que j’étais entrain de m’asséner .
Sur cette nationale de la côte , il y a relativement peu de trafic, surtout en cette saison, c’était presque l’hiver, en plus , les automobilistes préfèrent empreinte l’autoroute.
On m’avait souvent averti que l’Espagne était un pays difficile , et déconseillé pour les auto stoppeurs . Les espagnols étaient déjà réputés pour leur inhospitalière à l’égard des marocains surtout ,pour les raisons historiques connues de tous , accentuées par les répercussions de la guerre civile des années trente , et la 2ème guerre . La dictature franquiste avait cultivé ensuite , un sentiment de nationalisme , et une phobie de l’étranger , qui s’étaient ancrés avec le temps, dans toute la société espagnole .

La Citroën a mis du temps pour arriver à mon niveau, à moins que le conducteur ai ralenti exprès pour mieux me distinguer , voir ma tête, avant de s’arrêter…ou repartir. Pourtant, même de loin , il ne pouvait pas se tromper une seconde sur ma nationalité, avec mon teint basané , ma barbe noire naissante, et mes cheveux drus , à la Jimi Hendrix… mon sac à dos , et la cape en laine, un peu hippie, avec des carreaux rouges et bleus .

L’automobile, une Citroën station wagon, s’arrêta, le moteur toujours en marche , l’échange avec le chauffeur se fit à travers la vitre à moitié baissée :
_ bonjour, vous allez où ?
_ en France, par Perpignan, ou Cerbère.
Surpris, et content que mon automobiliste parle français, je me dépêchais pour grimper dans la voiture , après qu’il m’eut fait signe de la tête .
En mettant mon sac à dos à l’arrière, J’avais remarqué qu’il était chargé de caisses de fruits et légumes , et plein de paquets de provisions.
l’homme la cinquantaine , l’air sympathique, avec des cheveux gris, une moustache bien fournie ,et des lunettes de vue, m’inspira confiance, et mon petit doigt me dit , que c’est réciproque.
_ je vous dépose à figueras, et de là vous allez continuer jusqu’à Cerbère , c’estAUTOSTOP1 la frontière.
_ Parfait , ça me convient , merci monsieur.
_ marocain ?
_Oui.
_quel âge?
_ vingt deux.
En réalité je n’avais pas encore vingt ans, mais je savais que je pouvais me permettre ce petit mensonge, moins de vingt ans ça ne fait pas encore sérieux… ; encouragé par le fait que je faisais apparemment, plus que mon âge ,c’est du moins ce qu’on me disait tout le temps .
_Ah ! quelle chance, vous êtes étudiant n’est ce pas?
_Oui , et vous ?
Essayant de détourner le sens de la conversation … un auto stoppeur , ça écoute, plus que ça ne parle , comme disaient mes aînés , des amis de rencontre.
Il m’expliqua qu’il était français ,et qu’il tenait avec sa femme depuis plus de vingt ans ,un restaurant sur la Costa brava, dans une ville du nom de Ampuriabrava, et qu’il s’y plaisait, et que …
Au même instant, un bruit retentit ,et dans un soubresaut surprenant, qui m’a fait sursauter, il donna un coup de volant brusque à droite , à gauche, et puis d’autres coups , en jurant quelque chose d’incompréhensible entre ses dents serrés ,tout en essayant de maîtriser sa voiture , il allongea ses deux jambes en même temps, appuyant sur les pédales, en s’adossant de toutes ses forces à son siège. Il y parvint après quelques secondes, l’immobilisant ainsi sur le bas côté de la chaussée , il poussa un long soupir, avant de descendre pour constater les dégâts , son visage était tout rouge;
_ heureusement qu’on ne roulait pas trop vite.
J’avais compris que c’était une crevaison.
Je m’étais cramponné à mon siège pendant tout le temps de ce fâcheux incident .
Nous avons repris la route , après avoir remplacé la roue .
Comme J’ai essayé tant bien que mal d’être utile, en aidant à tourner la manivelle pour actionner le cric , et en devisant les boulons de la jante, j’avais les mains sales , et lui aussi , d’ailleurs .
Et comme s’il avait lu dans mes pensées ;
_ On va s’arrêter un moment à Gerone ,ce n’est plus très loin , pour faire réparer la roue crevée. On se lavera les mains , et on cassera la croûte, on l’a bien mérité ,n’est ce pas? et sans attendre ma réponse, il ajouta : je vous y invite jeune homme .

Et pendant qu’il s’était lancé avec son mélodieux accent du sud, dans une histoire de panne de voiture , qui lui avait coûté les yeux de la tête, en plus d’une journée de labeur, il y a quelques jours auparavant , sur cette même route, qu’il prenait régulièrement, pour aller s’approvisionner à Barcelone, moi ,encore sous l’effet des événements , je l’écoutais à peine, évitant tout juste de me frotter les mains de joie , en pensant déjà au repas inespéré, que je venais de gagner.

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