La dynastie Alaouite: les raisons d’une longévité.

rois

Par: Mohamed Beddari (pour eljadidascoop)

De la « Bayâa »de Moulay Chrif Ben Ali au Tafilalelt au début du 17ème siècle jusqu’à maintenant, presque quatre siècles se sont écoulés, et l’observateur non averti, peut poser une question légitime :

Quelles sont les raisons qui expliquent une telle longévité?.

Cet essai tentera, à travers quelques exemples, d’en donner quelques unes.

L’acte d’allégeance « Baayâ » joue un rôle important dans le système politique de la dynastie Alaouite. Déjà, Moulay Chrif ben Ali, en bénéficiait dès 1631. Pour

Contrecarrer les visées hégémoniques des forces locales qui se partageaient le Maroc, après l’affaiblissement des Wattassides, et vu l’importance de la région du Tafilalelt, comme centre du commerce caravanier qui attisait les convoitises, les tribus de la région s’ étaient réunies pour présenter leur Baayâ à Moulay chrif, en vue de défendre leur région ,d’où la montée d’une nouvelle force politique, incarnée par les Alaouites, qui allaient vite unifier le pays, affaibli par les divisions et les luttes intestines.

Si la « Baayâ « , dans un environnement où prédomine l’aspect rural, était rustique, elle allait évoluer lorsque l’autorité des Alaouites se consolida dans les centres urbains.

Il y a autant d’exemplaires des « Baayâs » que le nombre des tribus et des villes dans le pays. Mais, on va limiter notre attention sur celles des villes, en particulier celle de Fès, qui tient une place prépondérante. Bien qu’elles diffèrent, selon le  style, l’éloquence, les lieux de rédaction »  mausolée Moulay Driss pour Fès «Les Baayâs » sont toutefois bâties sur le même modèle. Elles commencent par rappeler les versets du coran qui confirment l’importance de cet acte, et comment les grands califes en avaient fait un moyen essentiel pour assurer la fluidité de  passation du pouvoir, puis, Elles relatent les qualités du souverain défunt, et la bonne éducation dont a bénéficié son successeur, souvent désigné, et à la fin, l’engagement des personnalités qui avaient assisté à la rédaction et, dont les noms sont cités un à un ,en bas de l’acte.

Personnalités représentatives des catégories socioprofessionnelles de la Ville, ou ce qu’on appelle communément l’élite: chorfas, fquihs et Alims, chefs militaires, Représentants des métiers.

Quelle est la relation de la « Baayâ » avec la longévité  de la dynastie Alaouite?

Il est indéniable que la « Baayâ », en tant qu’instrument de légitimation du pouvoir, n’est pas propre à la dynastie Alaouite, c’était une pratique aussi, des dynasties qui les ont précédées, mais le fait nouveau, c’est l’existence des Chorfas, en tête de liste, de l’élite associée au pouvoir. Ce fait a une importance capitale, car, le souverain n’appartient plus  à une tribu dominante, comme c’était le cas des Almoravides « Sanhadja », ou les Almohades « Masmoudas », ou encore les Mérinides « Zénata », il incarne une filiation directe avec le prophète, chose que ne possédaient même pas les Sâadiens, qui sont issus uniquement de la femme qui l’avait allaitée. Ce nouvel élément détache le pouvoir de son appartenance tribale, accentue la cohésion politique, et confère au souverain un aspect surnaturel. Lisons, ce que rapporte Ahmed Naciri, dans son 8ème volume de l’Istiqsa, à propos de Moulay Slimane lorsqu’il fut défait par les tribus Zayane, et « emprisonné » par l’une des fractions de ces tribus à Lenda en 1819 « Plusieurs soldats de l’armée du Sultan s’ enfuirent, et les Berbères se tournèrent vers la Mehalla du sultan qui fut défendue par les Abids, qui ne cessèrent de reculer jusqu’à concentrer leurs efforts sur Afrag (tentes du sultan),mais ils cédèrent à la fin, après avoir perdu des centaines des leurs. Après s’être infiltré dans la tente sultanienne, l’un des Berbères de Béni Mguild voulut désarmer Moulay Slimane, celui-ci l’avisa qu’il est le sultan, le Berbère ne le crût pas, lui demanda de jurer. Convaincu qu’il parla au sultan, il défendit de son cheval, le fit monter pour s’envoler vers sa Khaima. En cours de route, les Berbères le croisèrent et lui demandèrent

– Qui est le monsieur qui t’accompagne?

-mon frère blessé, leur rétorqua-t-il.

Arrivé à son quartier, il informa ses voisins que le sultan est parmi eux.  Une ambiance de liesse régna alors dans le quartier, les femmes commencèrent à jouer au tam tam, entourèrent le sultan, touchèrent ses habits, s’y frottèrent les mains et les visages jusqu’à le déranger. Tous les habitants du quartier préparèrent le manger, pour fêter cet événement, mais le sultan refusa de partager leur nourriture, et se contenta des dattes et des gorgées de lait. Les habitants allèrent jusqu’au point de ligoter leurs femmes par les tresses de leurs cheveux pour implorer le pardon, comme à l’accoutumé dans des pareilles circonstances .Le sultan resta chez eux trois jours. »

Quels sont les enseignements à tirer de ce récit?

Il est indéniable qu’il est très riche, mais,on va se focaliser sur les enseignements qui ont un lien direct avec la problématique posée au début de cet article.

Notons d’abord, que les pieds du sultan n’avaient jamais foulé les terres du Moyen Atlas, et que, même « emprisonné », sa présence donna l’occasion à une fête spontanée qui mobilisa tout le monde, et que les femmes agissaient d’une telle manière, qu’elles considéraient le sultan comme un surhomme.

Ce comportement, ne nous rappelle-il pas, à une période moins lointaine de nous, celui des femmes qui montaient sur les terrasses des maisons, pour voir le soi- disant visage de Mohamed ben Youssef dans la lune, après l’exil de celui-ci! Et, jusqu’à une période plus proche de nous, les gens se jetaient dans les lacs de réservoir lors de l’inauguration de certains barrages par le roi, pour bénéficier de la Baraka. Et, que disaient les gens et disent encore, à propos des événements de Skhirat en juillet 1971 et ceux d’août 1972, lorsque feu Hassan deux, échappait miraculeusement à une mort certaine ? Je me souviens, lorsque j’avais un peu plus de douze ans, lors des visites royales à El-jadida, que je me positionnais derrière les barricades pour voir passer le cortège royal, et une fois passé, je courais pour le voir une deuxième fois. Ce comportement était presque commun. Tout cela, montre la place du sultan dans l’imaginaire des Marocains.

Disons à la fin, que l’ancrage de la dynastie Alaouite se base sur une double intégration du peuple Marocain dans le système politique, l’élite ,ce que l’on appelle communément (la khassa),par le biais de la « Baayâ »,et le reste du peuple Marocain (Amma) par le biais du surnaturel.

Related posts

Leave a Comment