Cité à l’intérieur d’une cité, véritable bijou architectural portugais, symbole de la cohabitation harmonieuse interconfessionnelle, de la tolérance et du vivre ensemble pacifique entre les peuples, majestueuse forteresse blottie derrière d’imposantes murailles, telle est la cité portugaise d’El Jadida.

Son épopée débuta en 1502, avec la découverte par des navigateurs portugais en dérive, d’un récif qui offrait des conditions favorables à l’ancrage des grands navires. C’était un bourg en ruine, inhabité, que les géographes arabes appelaient Mazighan, et les européens Mazagem ou Mazagâo où ne subsistait qu’une vieille tour appelée El Breija par les autochtones, un petit fort dont personne ne connaissait l’histoire, ni contre qui il était censé apporter protection.

C’est là que les portugais décidèrent de construire une forteresse, puis une ville, dont ils ne voulaient jamais se dépendre et qui restera pendant plus d’un siècle le seul symbole de leur présence au Maroc, après leur retrait  d’autres villes si fièrement conquises.

En 1509, le roi du Portugal  Dom Manuel 1er décida d’y faire construire un fortin avec 4 tours.

En 1514, il dépêcha 2 architectes , les frères Francisco et Diego d’Arruda pour mener à bien le projet de construction,  qui consistait en un ouvrage rectangulaire doté à chacun de ses angles d’une tour, dont l’une n’était autre que l’ancienne tour El Breija, plus consolidée et rehaussée. Un mât portant une cloche se dressait sur son sommet, c’était un poste vigie dont la vue portait sur 25 miles à la ronde. A l’intérieur, était aménagée une immense citerne (metfiya), qui assurait les ressources en eau, un joyau architectural dont la splendeur de conception fascine toujours autant, aussi bien les architectes, les chercheurs, les cinéastes que  les simples touristes.

 En 1541, l’ingénieur italien Benedetto De Ravenna, disciple de Leonardo De Vinci, procéda aux travaux d’extension de la forteresse qui deviendra une vraie fortification militaire aux remparts massifs incurvés  de 8 mètres de hauteur et 10 m d’épaisseur renfermant un chemin de ronde de 10 mètres de largeur. 5 bastions surplombent ces remparts (du gouverneur, de l’Ange, du Saint Antoine, St Sébastien, et du St Esprit). D’autres composantes inséparables de sa qualité de fortification telles des portes (de la mer, porte principale, des bœufs et porte des traîtres), une fosse de 20 mètres de large et 3 mètres de profondeur l’entourait ainsi qu’un pont-levis, constituent un exemple précoce de l’architecture militaire de la Renaissance.

D’autres dates phares balisent son épopée :

1548: elle devint villa Nova de Mazagâo.

1562: elle fut assiégée par le sultan saâdien Moulay Abdellah.

1769 : elle fut libérée par le sultan Mohamed Ben Abdellah des mains des Portugais qui la détruisirent, ce qui a contribué à son appellation par Al Mahdouma, durant un demi-siècle.

Son nom traversa l’Atlantique par sa population déportée sur les terres brésiliennes où ils édifièrent Nova Mazagâo.

1820: elle renaquit de ses cendres sous l’ordre du sultan alaouite Moulay Abderrahmane et fut rebaptisée El jadida. Une mosquée à minaret atypique y a été construite, ainsi que des synagogues édifiées par une communauté juive qui s’y installa. Son nom est devenu aussi Mellah.

Après 1912, avec l’arrivée du protectorat, la cité retrouve son nom de Mazagan, en se développant extra-muros et devenant une ville cosmopolite à dominance française.

1956: avec l’indépendance du pays, elle redevient marocaine et porte à nouveau son nom d’El jadida.

2004: elle a été proclamée par l’Unesco patrimoine mondial de l’humanité.

Aujourd’hui, le moins qu’on puisse dire, est qu’elle est en train de redevenir Al Mahdouma. Il ne reste  de ses anciennes et riches maisons portugaises que des ruines squattées par des clochards et des vagabonds. D’autres bâtiments s’effondrent et constituent une réelle menace pour la vie de dizaines de citoyens vivant dans ces maisons, pour leurs voisins et pour les passants.

Les canons tagués, rouillés, qui ont résisté à tant d’offensives, ont capitulé non seulement devant les agressions du temps, et du manque d’entretien, mais aussi devant l’assaut de l’ignorance, et gisent sur les murailles cloaques souillées d’où s’élèvent des lourds relents d’urines et d’excréments. Les déchets qui flottent dans la mer à la base des remparts enlaidissent la citadelle, superbe mais en même temps affligeante… C’est vraiment consternant de voir un

tel patrimoine agoniser dans l’indifférence générale, que même l’inscription  en tant que patrimoine mondial n’a pas intercédé en sa faveur pour échapper à  certains aspects de négligence qui le déparent en l’absence de toute vision future et stratégique  préservant la mémoire collective …

Khadija Benerhziel

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