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Par: Derif Jilali: S.G de l’Association Mazagan_El-Jadida pour le Patrimoine (A.M.E.2.P)     j.derif

    Après les efforts déployés par plusieurs générations pour sauvegarder la Cité portugaise de Mazagan, on ne peut que déplorer, aujourd’hui,  l’approbation accordée à  une association civile,  dans le cadre de l’INDH, pour occuper la zone de protection de ce Patrimoine Mondial Culturel et la transformer en un Souk dont l’inauguration a eu lieu le 11 Mars 2017 : un jour mémorable dans l’histoire de la ville d’El-Jadida et du Maroc d’il y’ a 248 années .  

Au début des travaux de l’aménagement de ce projet, des associations de la société civile ont lancé un appel à la sauvegarde de la Cité portugaise de Mazagan, laquelle Cité est classée Patrimoine Mondial Culturel depuis 2004.

L’Association Mazagan_El-Jadida pour le patrimoine (A.M.E.2P) avait adressé, en effet, au mois de mai 2016, à plusieurs instances responsables du patrimoine à l’échelle provinciale, régionale et gouvernementale des correspondances dans le but d’arrêter ce projet. Aucune instance n’a daigné, hélas, donner suite à ces correspondances.

En tant que Société Civile responsable, notre action est conduite dans le respect de la législation marocaine : l’UNESCO l’a confirmé clairement dans son rapport de 2009  par ce témoignage: souika

« La population de la ville s’y sent très impliquée et s’approprie le souci de conservation et d’animation de ce haut lieu d’histoire maroco-portugaise, consciente que ce patrimoine appartient désormais à toute l’humanité.»

L’appeler Souika, diminutif de « Souk », alors qu’il s’agit plutôt d’un Super Souk  qui s’étend le long de la muraille nord-ouest entre le bastion Saint Antoine et le bastion Saint Sébastien.. l’appeler ainsi, ne va pas minimiser les impacts négatifs de ce projet où sont exposées  différentes marchandises : vêtements, fruits et légumes, appareils électroniques, sandwichs,  poissons frais, etc…

Souika ahfir

En plus de la mutilation de l’aspect pittoresque de cette façade latérale de la Cité portugaise, par l’occupation d’un espace délimité par l’UNESCO comme étant  zone de protection de la ville portugaise de Mazagan,  on se demande quelle valeur apporte un tel projet à ce patrimoine, si ce n’est des menaces humaines encore plus redoutables que les causes traditionnelles de dégradation, d’altération ou de destruction.

La Cité portugaise de Mazagan présente aujourd’hui un intérêt exceptionnel et sa préservation en tant qu’élément du patrimoine mondial de l’humanité entière est le moindre qu’on puisse tenter. Ce souci s’inscrit dans l’histoire des efforts déployés depuis  des dizaines de générations depuis le départ des Portugais de la  ville un certain 11 Mars 1769. Jugez par vous-mêmes :

1- Lorsque la protection des biens hérités était une culture.

–  En 1786/1787, le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah avait ordonné la restauration de la Cité , et lors de la reconstruction de la façade terrestre, détruite par les portugais lors de leur sortie de la ville, un ensemble de blocs de pierres portant des inscriptions portugaises et des Armoiries étaient récupérés dans les décombres et sauvegardés pendant plusieurs années dans l’église de l’Assomption. Jusqu’à nos jours, ces inscriptions sur pierres font parties du patrimoine sauvegardé de la ville.

Armoiries iscriptions

– L’Historien Ennaciri, désigné Amine de la Douane d’El Jadida de 1880 à 1882 , nous rapporte dans son ouvrage « Kitab Al Istiqsa… » qu’en 1880, le Pacha de la ville Si M’hamed El Jirari demanda au Sultan Moulay Al Hassan « sa permission pour restaurer la coupole orientée vers la mer, connue sous le nom de Qobate Al Khayatine détériorée…le Sultan donna son accord ; le tout a été réalisé, et la Qoba retrouva son premier aspect tel qu’elle était au temps des portugais…» (Il s’agit du palais de l’inquisition). A la même période et dans le même contexte, fut transformée l’ancienne tour portugaise, nommée Tore do Ribate en un Minaret de la mosquée : La conservation de la forme atypique de l’ancienne tour a donné un Minaret de forme unique dans le monde.

Minaret

2- Lorsque la Cité perd son aspect pittoresque suite aux abus des résidents européens, et des marocains « protégés » des puissances étrangères.

      – A partir de 1895, et durant une quinzaine d’années, la transformation des monuments historiques portugais en lieux d’habitation, l’occupation des places par des maisons et boutiques de commerce prennent de l’ampleur, faisant perdre à la Cité portugaise sa structure historique. Et c’est ainsi que ce patrimoine a connu une mutilation et la perte de certains monuments historiques : à titre d’exemples on peut citer deux monuments de la Citadelle : l’hôpital portugais et l’église de la Miséricorde ; tous les deux détruits ; seul le Clocher gothique de cette église se trouve encore érigé sur le toit de l’ancien magasin d’armes (Galerie Al Khatibi).

Terreiro

3- Lorsque la Cité retrouva, progressivement, son aspect pittoresque suite à l’application des lois promulguées par des dahirs chérifiens et décrets viziriels.

La question du Patrimoine fut instituée officiellement au Maroc le 26 novembre 1912 par le Dahir Chérifien relatif à la conservation des monuments et inscriptions historiques (B.O n° 5 du 29/11/1912). Le 13 février 1914 un dahir chérifien rend applicable la première loi déterminant le statut de « la conservation des Monuments historiques, des inscriptions et d’objets d’art et d’antiquité de l’empire chérifien, à la protection des lieux entourant ces monuments, des sites et  monuments  naturels»  (B.O n° 70 du 27/02/1914). En vertu de cette loi,  vingt-huit (28) monuments de la cité portugaise de Mazagan  ont été inscrits comme « patrimoine historique national » par dahirs chérifiens entre 1918 et 1942, et ceci dans le but de les protéger, de les gérer et de les valoriser.

– Classement de l’Église portugaise de l’Assomption, bâtie en 1579 dans un style architectural manuélin, comme monument historique par Dahir du 21/09/1918 (B.O. n° 366 du 27/10/1919)–       Classement comme monuments historiques les quatre murailles, les quatre bastions, les trois chemins de ronde sur les remparts, les trois portes (grande porte de la façade principale terrestre- la porte de la mer- la porte des bœufs au milieu de la façade nord-ouest), les trois rampes donnant accès aux murailles et le palais d’inquisition de la Cité portugaise de Mazagan par Dahir du 03/11/1919 (B.O. n° 370 du 24/11/1919).

–                 Classement comme monument historique de la Citerne portugaise (sous le nom de Salle d’arme) construite dans un style gothique manuélin, entre 1542-1547, par Dahir du 03/11/1919 (un 2e Dahir du même B.O. n° 370).

–                 Classement comme monument historique l’ancienne Citadelle portugaise de Mazagan, comprenant ses quatre tours ; les magasins gothiques et la citerne d’eau, par Dahir du 15/04/1924  (B.O. n° 604 du 20/05/1924).

–                 Classement des vestiges de l’église N.D. de la Lumière (N.S. da Luz) par Dahir du 17/02/1942 (B.O. n° 1534 du 20/03/1942)

Pour que la Cité portugaise retrouve enfin son aspect caractéristique d’origine, il a fallu des dizaines d’années pour exécuter les recommandations de l’arrêté viziriel du 23 février 1923, concernant la protection artistique de la Cité portugaise de Mazagan (B.O 541 du 06/03/1923) , cet arrêté fait appel à l’application de la loi de l’urbanisme dans les villes et son titre III relatif à  »sauvegarder la beauté des villes ou leur pittoresque » (Dahir du 16 avril 1914).

Dans les années 1980 a eu lieu la  grande opération qui consista à la conservation des murailles et des bastions  de la Cité portugaise par le dégagement  des marchés et de quelques constructions qui occupaient  la zone de protection  de la Cité, conformément à la loi   n° 22-80 relative à la conservation des monuments historiques et des sites, des inscriptions, des objets d’art et d’antiquité  (loi promulguée par le dahir n° 1-80-341 du 25/12/1980) .  La loi 22-80 est une évolution du statut législatif marocain concernant la protection et la sauvegarde du Patrimoine Culturel et Naturel conformément à la Convention Internationale concernant la protection du Patrimoine Mondial Culturel et Naturel, adoptée à Paris en 1972 par la Conférence générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation et la Culture (UNESCO) : une Convention, dont le Royaume du Maroc s’est adhéré le 31 décembre 1975, (Dahir n° 1-76-265 du 16 /02/ 1977).

   4- Le 30 Juin 2004, la Cité portugaise de Mazagan est inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

  La cité portugaise de Mazagan, considérée par l’ICOMOS (Conseil International des Monuments et Sites Historiques) comme un patrimoine d’une valeur universelle exceptionnelle,  est inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial Culturel en 2004 dans le but de sauvegarder son intégrité et son authenticité. C’est le grand souci de l’UNESCO d’après son rapport de 2009: « Le maintien de l’intégrité visuelle par rapport à la zone urbaine d’El-Jadida et la relation harmonieuse entre la ville portugaise et la ville moderne qui l’entoure sont un souci constant qui nécessite le contrôle de la hauteur des constructions à l’intérieur comme à l’extérieur de la zone tampon

Les mesures de sauvegarde sont déterminées dans les prescriptions de l’ICOMOS qui délimitent deux zones: une zone tampon et une zone de protection des murailles, les bastions et les portes, cette zone de protection s’étend sur une largeur de 50 mètres où se trouvent encore des vestiges historiques remblayés.

3- Zone de protection et zoneTampon Mazagan - fr

Le Rapport établi par l’UNESCO en 2009 précise que : « Depuis son inscription en 2004, le Cahier des prescriptions architecturales fut adopté pour renforcer la législation en vigueur»,  et les autorités locales avaient même entamé un grand projet de réhabilitation de la Cité portugaise et de sa zone de protection.

Projet entamé en 2009

–  Après 8 ans du début des travaux de réhabilitation un Souk remplaça le Square planifié sous la muraille entre le bastion Saint Antoine et Saint Sébastien !

 5- Conclusion: la sauvegarde d’un patrimoine est une responsabilité collective.

Le rapport de l’inscription de la Cité portugaise de Mazagan sur la liste des villes et Sites classé Patrimoine Mondial Culturel, établi au mois de juin 2004 par l’UNESCO, précise que: « La gestion du site est placée sous la responsabilité du ministère des Affaires culturelles (Direction du Patrimoine culturel, Centre du Patrimoine Maroco-Lusitanien, Institut national des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine), des autorités locales (le maire d’El Jadida) chargées des services, des infrastructures et de l’urbanisme, de la préfecture de la Province (coordination et supervision) et du ministère du Tourisme (financement et promotion).»

En 2009, le rapport de l’UNESCO insiste sur l’engagement souhaité en faveur d’une coopération pour sauvegarder la Cité portugaise de Mazagan : « Le Centre d’Études et de Recherches du Patrimoine Maroco-Lusitanien (CERPML), première institution chargée de la gestion du bien, a déjà entrepris l’élaboration du plan de gestion et la constitution d’un comité de gestion en coordination avec ses partenaires.»  Malheureusement, on ne sait rien sur le suivi de cette opération, mais ce qui est certain,  jusqu’à nos jours, est que ce comité de gestion n’existe pas.

Par: Derif Jilali: Secrétaire général de l’Association Mazagan_El-Jadida pour le Patrimoine (A.M.E.2.P)
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