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Par: Jilali Derif       j.derif

L’occupation de Mazagan (Mazighane) par des populations  successives est une réalité, les premiers indices de l’existence de campements humains dans cette baie remontent à une période qui s’étend du paléolithique moyen jusqu’à la fin du néolithique (entre 50000 et 3000 ans avant J.C); Depuis ces périodes préhistoriques, et pendant plusieurs siècles, diverses civilisations s’y sont succédées . Le géographe portugais Duarete Pacheco Pereira qui a exploré la baie de Mazagan à la fin du XVème siècle signale « …c’est là que se trouvait autre fois la Cité de Mazaguam ( Mazagan ), qui aujourd’hui est complètement détruite». 
 La situation de la cité de Mazighane (Al médina d’après Marmol).

Des cartes du Maroc apparues entre la fin du XVIe siècle et le début du  XVIIIe siècle , mentionnent une cité sous le nom de « El Medina » ou « Elmedin » entre Mazagan (La forteresse portugaise) et Azemmour. El medina signifie la ville.

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  Le Manuscrit de Pacheco Pereira qui faisait partie des archives portugaises, n’est apparu qu’à la fin du XIXe siècle et il n’a été édité, sans cartes, sous le titre de « Esmeraldo de Situ Orbis »  qu’en 1896. Avant le XXe siècle, ce que savaient les historiens et les géographes européens sur la région des Doukkala ne provenait que  de trois sources: la description de l’Afrique de Hassan Ibn Ouazzane (Léon l’Africain), et celle de Marmol de Carvajal, et rarement du manuscrit de Damião de Goes « Cronica do felissimo rei D. Manuel ». Léon l’Africain qui a visité Doukkala en 1514, avant la construction du Château de Mazagan (Castello) au mois d’Août de la même année n’a pas parlé de Mazagan (port et ville) dans la description des  Doukkala, quant au chroniqueur espagnol Marmol qui a visité Mazagan en 1546 lors de son voyage vers Marrakech nous donne une description de la forteresse de Mazagan où il désigne Mazighen sous le nom d’Almedine:  « C’est une place forte que le Roi du Portugal a bâtie sur cette frontière, et qu’il a fortifié encore depuis qu’il a abandonné les villes de Safi et d’Azamor…Elle est à 3 lieues de celle-ci, dans une plaine au bord de l’océan, où était autrefois une vieille tour de l’ancien port d’Almédine,… » . Une description qui ne donne aucune idée sur la situation géographique d’Almedine.

Loin d’appuyer la thèse qui disait que « les marocains ont tourné le dos à la mer », on tiens à préciser que depuis la lumière des temps,  les êtres humains choisissent les endroits favorables pour installer leurs demeures en se basant sur trois critères fondamentaux,  à savoir, l’accessibilité,  le confort de vie et l’espace fonctionnel. Après la construction de la forteresse de Mazagan (1541-1547)  Mazighen est désignée dans les documents  portugais (opuscules, relations et lettres) sous le nom de Mazagão Velho (Mazagan l’ancienne). Dans un manuscrit de quelques pages Simaõ Correa de Mesquita  place Mazagão Velho à trois quart de lieue (≈4,5km) de la place de Mazagan. Sachant que les portugais étendaient leurs frontières à l’extérieur de la forteresse en plaçant un système de défense externe sous forme d’embuscades ou barrières, et que vers Azemmour, ces embuscades  s’étendent sur une distance de un kilomètre et demi (région connue actuellement par Deauville plage) on peut estimer une distance de 6km environ entre la forteresse et Mazagão Velho.

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Situation de Mazagan velho (Mazighane) sur la Carte de Simao Correa de Mesquita- 1752

Les seules vestiges d’une ancienne ville située dans la baie de Mazagan, qui correspondent aux coordonnées données par Duarte Pacheco Perreira et par Simaõ Correa de Mesquita (soit environ 12 km de l’embouchure de l’Oum Er-Rbia  et environ 6km de la forteresse de Mazagan) , se trouvent à l’emplacement du phare Sidi Mosbaa. Vers le XIe Siècle, la tribu Sanhajienne des Beni Battane (Bettioua) avait trouvé dans cet endroit les critères fondamentaux pour construire leur cité.

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-l’endroit est ouvert sur Marsa Mazighane par un passage court et non accidenté et se trouve sur la route qui relie  Azemmour à Tite,

– le flanc sud-est de la dune Sidi Mosbaa est plus exposé au soleil et protégé des vents violents qui soufflent du large (de la mer).

– la cité est dans une zone où la nappe phréatique n’est pas profonde, en plus elle ouverte sur des terres fertiles -fahs Zemmouriyine et l’Adir .

 Une ville détruite puis construite, 1486-1514

Dans le but de pillage et de capture d’esclaves les côtes de Doukkala ont connu pendant la première moitié des années 1480 des assauts de navires portugais et andalous. D’après Pedro de Mariz  « Chaque jour se passaient en cette province de grandes et fameuses razzias. Les habitants d’Azemmour, épouvantés, craignant la sagesse du Roi, lui firent proposer de devenir ses vassaux et de payer chaque année un tribut d’aloses. Ce fut l’an du Seigneur 1486».  En prêtant serment de vassalité au roi du Portugal, les habitants d’Azemmour et de la tribu sanhajienne Banou Hana (Hanna’iounes / Hennioua) deviennent donc sous la souveraineté du Portugal .  Les habitants de Mazighane, de la tribu Sanhajienne Banou Bettane (Bettioua) et alliés aux M’ghariyines du Ribate de Tite ont refusé de prêter serment de vassalité et payer un tribut annuel au roi du Portugal. Robert Ricard nous rapporte qu’en 1486 selon Pedro de Mariz (en 1487, Selon Ruy de Pina), le Roi du Portugal Jean II envoya sous le commandement de Diogo Fernandez de Almeida « mille fantassins avec cent cinquante cavaliers pour ramener à l’obéissance des douars qui, se fiant à leur nombre et à leur vaillance, commençaient à se soulever et à refuser le tribut et l’obéissance à quoi ils étaient engagés. Bien qu’un de ces douars, qui les Portugais attaquèrent le premier, fût très fort et bien armé… ses défenseurs furent vaincus après une grande résistance et la mort de beaucoup d’entre eux. On compta neuf cents Maures tués et quatre cents captifs. ».   Un tel nombre d’hommes de guerre ne peuvent être embarqués qu’au bord d’une dizaine de navires, et le seul lieu sûre où ils peuvent jeter l’ancre est Marsa Mazighane. D’après un mémoire adressé au  Cardinal Cisneros avant 1497, par un auteur anonyme qui participé à cette expédition parmi un certain nombre de chevaliers d’Andalousie qui ont accompagné les portugais, Jiménez de La Espada nous rapporte ; « Nous débarquâmes dit-il par stratagème, à l’aube ; nous détruisîmes et nous brûlâmes beaucoup de douars où nous prîmes huit cents âmes et où nous en tuâmes bien davantage ainsi que de nombreux bestiaux ». Dans la Bulle d’Alexandre VI datée à Rome le 17 juin 1499, la cité de Mazagão velho, malgré qu’elle est détruite, fait partie des lieux assignés pour diocèse à l’évêché de Safi. Au début du XVIe siècle, un ensemble d’agents désignés par le roi Emmanuel se trouvaient au port de Mazagan. À cette périodes les intérêts d’Emmanuel  dans la région étaient commerciaux, et ce n’est qu’en 1505 qu’il va autoriser à Jorge de Mello  à y bâtir à ses frais une forteresse après l’avoir chargé d’explorer la région. «En retournant à la baie de Mazagan avec des hommes et des matériaux, dit l’historien Luiz Maria de Couto Jorge de Mello s’est mis d’accord avec ses hommes sur la construction de la forteresse à l’emplacement de Mazagao velho, mais malgré leur résistance plusieurs mois aux attaques des habitants des douars voisins et d’Azemmour, ils étaient contraints d’abandonner leur projet et se retirer à la tour nommée  Alboreja, distante de  mazagan Velho d’une demie lieue (meio quatro leagua), et de cet endroit ils embarquaient, découragés, vers Lisbonne » . 

Le projet de la reconstruction de Mazagão velho se réalisa en 1514, après la conquête de la baie de Mazagan et la ville d’Azemmour à la fin du mois d’Août 1513. Un ensemble d’arguments confirment que les portugais étaient installés à Mazagãn velho avant la construction de la forteresse de Mazagan à l’emplacement de l’ancienne tour nommée Alboreija (petite tour).  On se limite à en citer deux :

En 1536, le capitaine de la place de Mazagan Manuel de Sande exprima, dans une lettre adressée au roi Joao III,  ses besoins  en canalisations et autres choses nécessaires pour distribuer l’eau de la citerne dans la place.  Il ne s’agit pas, bien sûr, de la grande citerne qui se trouve actuellement au centre de la forteresse de Mazagan et qui n’était construite qu’après 1542, mais d’une citerne au Mazagão velho.
Dans une lettre datée le 13 avril 1541  adressée à Luiz Loureiro capitaine de la place de Mazagan, le roi  João III dit qu’il ne sait quel ordre lui donner, « s’il convient d’abandonner la ville de Mazagan et se retirer à la citadelle (Brija), ou bien résister dans la ville de Mazagan et combattre l’ennemi … les soldats se battent mal lorsqu’ils sentent derrière eux un ouvrage où s’abriter; ils ne songent qu’à s’y réfugier le plus tôt possible; aussi faut-il craindre, au cas ou l’ennemi pénétrerait dans la ville, une retraite désordonnée sur la citadelle, qu’on défendrait fort mal dans ces conditions, etc Loureiro lui-même a dit qu’il vaudrait mieux que la ville n’existât pas et que la citadelle (Brija) sans elle serait plus forte. — D’autre part, il y a bien des inconvénients à évacuer la ville: on ne pourra si bien en démanteler les maisons qu’elles ne servent d’abri à l’ennemi et quelles ne lui fournissent des couverts pour approcher de la citadelle; cet abandon lui donnera du cœur; la citadelle est bien petite et ses murs bien peu forts; on n’y fera que difficilement des abris; l’ennemi pourra plus aisément interdire tout débarquement..»

   À partir de 1547, la ville de Mazighane (Mazagão velho) abandonnée aux Moujahidines

Pendant la période de la construction de la forteresse de Mazagan autour de l’ancienne Brija, (1541-1546) les portugais résidaient à Mazighane, les efforts qu’ils devaient fournir au travaux étaient très grands, dit Robert Ricard, les heures de travail étaient réduites puisqu’ils étaient obligés de sortir aux chantiers qu’après le lever du soleil et retourner à leurs demeures avant le coucher du soleil, par peur des attaques de l’ennemi. Vers 1545 les portugais avaient abandonné Mazighane qui sera cité sous le nom de Mazagão vello  dans leurs écrits (lettres, relations, opuscules..) comme lieu de campement des guerriers musulmans qui viennent d’Azemmour et des Doukkala pour attaquer Mazagan. Depuis 1545 la ville de Mazighane en ruine reste inhabitée et son port naturel abandonné.

Avant les transformations d’aménagement qu’à connu le lieu, Michaux Bellaire nous donne vers les années 1920 une description des ruines de cette ville qu’il désigna sous  » Ruine de Fahç Zemmouriyin dans le tome II (Azemmour et sa banlieue) de son volume XI sur la région de Doukkala – serie « Villes et Tribus du Maroc ».

  «Un phare, dit feu d’alignement, est situé à 6 km ½ à l’E.S.E de Mazagan (El Jadida), près de la quoba de Sidi Mosbah (Bousbaa), sur une colline. Au S.E. de ce phare, dans une dépression de terrain, se trouvent les ruines d’une véritable ville, qui était, parait-il, un centre de groupement des Musulmans qui attaquaient Mazagan. Les ruines d’une Qaçba et une Mosquée sont encore très visibles vers le centre de la ville. La Mosquée, appuyé contre la qasba, est rectangulaire et les piliers qui séparaient le çahn (cour) de la partie couverte subsistent intacts. Au S.E. de la Mosquée, deux ouvertures semblables à des puits communiquent par un souterrain. Etait-ce une citerne, un chemin souterrain ou un magasin ?… Ce qui subsiste des maisons d’habitation (quelques pans de murs çà et là) donne l’impression que les rues de cette ville étaient rectilignes. Des ogives ornent parfois les portes. Cependant les habitations semblent plutôt petites, seule la qasba donne donne une impression de grandeur relative.
L’entrée de la ville se trouvait au Sud : on en retrouve encore les traces au milieu du rempart sud de la ville, presque rasé en cet endroit. En dehors de cette porte se trouve un petit « kerkour » (tas de pierres) avec un drapeau appelé « alam el-Moujahidine » : l’étendard des combattants de la guerre sainte. A proximité de l’angle S.O. de la ville se trouve un large puit dit « Bir el-Qaîd ». Et les indigènes campés dans la dépression au sud des ruines, assurent que l’espace qui s’étend entre le campement et les ruines est le « mejmaa el-moujahidine » : le lieu de rassemblement des guerriers : veulent-ils dire le lieu où se rassemblaient les Musulmans combattant Mazagan… ? »

   Un aperçu sur les vestiges de Mazighane/ Mazagão Velho

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 Porte de la Mosquée et Muraille côté Sud

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Muraille en pisé (Tabia)

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Entrée Sud

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L’intérieur de la Mosquée en ruine

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Vestiges de deux époques différentes

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Construction en pierre

 De Rutubis à Lamjahdine: un voyage dans le temps

Un voyage dans le temps nous a permis de constater l’apparition de nouvelles nominations de Rutubis à lamjahdine.

A propos du toponyme  Mazighane, il me semble qu’il ne désigne pas une population ou une ethnie puisque au temps de son apparition toutes les populations de la côte atlantique marocaine étaient des Amazighes, et que l’arrivée des tribus arabes Ouled Frej et Ouled Bouaziz,  à Doukkala n’a eu lieu que vers la fin du XIIe siècle. Il me semble que Mazighane serait une transformation de Imerghane qui signifie en berbère  marais saumâtres; la région était caractérisée par ses marais saumâtres remblayés au milieu des années 1980; l’historien Ibn Abdeladim Al Azemmouri cite dans son manuscrit un village (Karia) appelé T’imerghen a mi chemin entre Azemmour et Tite. Comme il serait une transformation du nom composé Anou Merghane (puits saumâtre); dans son manuscrit Ettachaouf (1220 J.C), Ibn Zayyat Tadili dit dans la biographie du Marabout Sidi Moussa d’El Jadida qu’il est nait à Anou-merghane et en ce lieu il était enterré après sa  mort en 1217 lorsqu’il avait choisi l’isolement (khoulwa) quand il a dépassé 100ans.

Attention: le nom de Ville des Mjahdines ne doit pas nous faire oublier que nous sommes devant un amalgame historique qu’il faut étudier : Rutubis – Mazighane -Mazagão velho est un patrimoine qui est entrain de disparaitre !

 

 

adminsZoomPar: Jilali Derif        L’occupation de Mazagan (Mazighane) par des populations  successives est une réalité, les premiers indices de l’existence de campements humains dans cette baie remontent à une période qui s’étend du paléolithique moyen jusqu’à la fin du néolithique (entre 50000 et 3000 ans avant J.C); Depuis ces périodes...Source de L'information Fiable