avortemen

Par : Karim Boukhari

Ce n’est pas en licenciant un chirurgien courageux que le Maroc pourra régler les nombreuses questions liées à l’avortement (sexualité, grossesses non désirées, enfants abandonnés, trafic d’organes, etc).

L’information n’a pas du vous échapper cette semaine : le professeur Chafik Chraibi, qui dirige le service la maternité des Orangers à Rabat, a été démis de ses fonctions. Au Maroc, il est rare et difficile de « destituer » un chef de service, surtout dans le secteur public. La probabilité est quasi nulle. Un chef de service, c’est comme un chef de parti. Ils sont indéboulonnables.

Mais quand cela arrive, il y a toujours anguille sous roche. On sait alors que ce n’est pas une raison technique mais politique qui a provoqué la chute du « chef ». On destitue le plus souvent celui qui dérange, rarement celui qui brille par son incompétence.

De quelle faute grave s’est donc rendu coupable l’obstétricien ? Aucune. Chafik Chraibi ne mérite pas une destitution mais une médaille. Il bataille depuis de longues années pour légaliser l’avortement et venir en aide à ce qu’on peut appeler les mères involontaires. Et il monte régulièrement au créneau. Là où d’autres jouent à l’autruche et enfouissent leur tête sous le sable, lui lève la tête et se retrouve rapidement dans l’œil du cyclone. Il se bat à visage découvert, il dit ce qu’il pense, il se bat pour une cause juste mais qui dérange. Alors il prend des coups !

Chafik Chraibi a largement pris part à la réalisation d’une enquête – reportage réalisé par la télévision française sur l’avortement clandestin au Maroc. Il a parlé sans langue de bois. Et il a donné à voir la triste réalité de notre société. Des mères qui se débarrassent de leur fœtus par n’importe quel moyen et arrivent dans un état de santé mentale et physique catastrophique. D’autres qui se présentent avec de faux papiers d’identité et prennent la fuite, abandonnant leur bébé, aussitôt l’accouchement réalisé. Ou encore celles qui récupèrent leur bébé et disparaissent dans la nature (que font-elles après, qu’adviendra-t-il du bébé ? Il sera peut être tué et caché dans un sac-poubelle, ou abandonné dans la rue, ou vendu…).

En matière journalistique, le reportage de France est ce qu’on appelle un must. Un beau travail d’investigation, pris sur le vif, au-delà de toute pudeur et de toute hypocrisie. Et en matière humanitaire, ou humaniste, le travail de Chafik Chraibi, qui a rendu ce reportage possible, est à saluer et à applaudir très, très fort. Parce qu’il informe, il sensibilise et il ne se contente pas de dénoncer : il propose des solutions, des alternatives. Dont une, essentielle, et à laquelle le Maroc

devra un jour ou l’autre aboutir : il faut commencer par alléger la législation répressive en matière d’avortement pour tenter de sauver des femmes et des enfants (les fameux « Ben X », nés de père inconnu) qui se comptent par centaines tous les jours.

Après avoir regardé le reportage, le ministre de la Santé a décidé de licencier le médecin obstétricien. Il a choisi la « solution » la plus facile, en réalité la plus nulle, celle qui nous enfonce dans la politique de l’autruche. Comme si le meilleur moyen de régler était de l’ignorer et de sanctionner qui en parlent.

Finalement, j’espère que le licenciement de Chafik Chraibi produira quelque part un effet bénéfique. Celui d’interpeller. Et de lever le voile sur un problème monstrueux. L’avortement, bien sûr, mais pas seulement.

Ce sujet est un désastre à tous les étages. Au Maroc, l’avortement se pratique à une échelle très large et d’une manière clandestine, en dehors de toute légalité et de tout contrôle. A quelques exceptions près, il se transforme en boucherie et en traumatisme à vie. Et ce n’est pas seulement le problème des femmes célibataires, mais de toute la société.

L’avortement pose la question de la sexualité, y compris dans un cadre conjugal. Il pose aussi la question des grossesses non désirées, et de leur impact catastrophique aussi bien chez les parents que chez les enfants. La plupart des Marocains sont passés par cette case. Femmes et hommes, tous en ont souffert, tous en gardent à jamais une trace dans leur chair et dans leur esprit.

Le professeur Chraibi et ceux qui défendent sa cause ne sont pas majoritaires. Mais ils sont quand mêmes nombreux. Des femmes d’abord, mais aussi des hommes. Leur cause est juste. Une cause que l’on peut désigner de plusieurs manières possibles, mais que je préfère résumer ainsi : humaniser l’avortement au Maroc.

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